Résumé

E. Beulé Études et portraits du siècle d’Auguste…

Titus avait pour lui la faiblesse qu’on a pour un frère de douze ans plus jeune et surtout pour le seul héritier d’un empire chèrement conquis. Fonder une dynastie avait été la chimère de Titus : or il n’avait point d’enfans, et Domitien était tout son espoir. Établi fortement sur le trône, assuré d’un pouvoir auquel il avait été associé depuis neuf ans et qu’il avait lui-même préparé, adoré d’un peuple auquel il avait ménagé un de ces coups de théâtre dont l’humanité est volontiers la dupe, Titus pouvait tout pardonner à Domitien. Les efforts du jeune ambitieux n’étaient que risibles
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E. Beulé Études et portraits du siècle d’Auguste…

Dès lors Domitien fut perdu. La honte, la rage, un désespoir incurable, l’envahirent à jamais. Il sentait peser sur lui l’indignation muette de ses sujets et le mépris de l’univers. L’orgueil était la seule force d’une âme profondément corrompue : quel orgueil avait été plus ouvertement confondu et soumis à des souffrances plus aiguës ? L’âcreté native du tempérament, le désordre des passions, le désir de se venger, la méchanceté, prirent un essor fatal. Tout homme devint un ennemi, parce qu’il était un juge. Tout regard parut une attaque, tout sourire une insulte.
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E. Beulé Études et portraits du siècle d’Auguste…

Déjà les délateurs reparaissaient, déjà ils se faisaient écouter, déjà la nièce de l’empereur, Julie, avait dû sauver de la mort le consul Ursus, qui n’avait pas craint de blâmer son maître. Domitien glissait sur la pente fatale qui avait conduit ses prédécesseurs à l’assassinat et à la scélératesse. La fortune vint à son secours en faisant éclater une guerre sérieuse ; il put quitter Rome, secouer le vertige qui le gagnait, courir à des victoires qui laveraient ses mensonges et satisfaire enfin l’ambition de toute sa vie, jusque-là déçue.
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