Edmond Bonnaffé

Résumé

Edmond Bonnaffé Revue des Deux Mondes

Personne, en Espagne, ni en Italie, ne savait mieux que lui porter le brodequin, lequel était alors très à la mode parmi les courtisans... Lorsqu’il se rendait à la cour, parfumé, peigné et brossé, sur sa mule, la houssine blanche à la main, et les patenôtres de pâte odoriférante au cou, tout le monde l’admirait et le regardait comme le plus brave, gentil et gracieux courtisan de toute l’Italie. Quant à sa propreté, je n’en dirai qu’un mot : pendant les douze ans que je suis resté avec lui, je ne l’ai pas vu une seule fois manger la salade sans gants, pour ne pas se souiller les doigts.
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Mais n’allez pas croire qu’il se serve de la pointe du couteau ou de la fourchette à la vénitienne ; il ne travaille qu’avec ses doigts et les manœuvre plus prestement que le meilleur joueur de luth de toute l’Italie, fût-il Giovan Maria Guido. S’il mange bien, par la grâce de Dieu, il boit encore mieux ; et s’il mange comme un paladin, il boit comme un géant.
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Ses voyages en Angleterre, en Allemagne, en France et en Italie l’avaient mêlé à une société encore incertaine, à peine affranchie de l’indépendance un peu rude et sans gêne du moyen âge ; pour faire son éducation et lui apprendre la politesse, il fallait autre chose que les notions sommaires qui couraient les écoles. Érasme le comprit : à l’âge de soixante-trois ans, retiré à Bâle, il recueillit le peu que l’on avait dit avant lui sur la matière, ce qu’il en avait dit lui-même, le compléta par ses observations personnelles et composa son traité de la civilité.
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