Eugène Pellissier

Résumé

Eugène Pellissier Les barbares (1915)

L'Allemagne fête Sedan A grand renfort d'énormes chopes.
L'orgueil luit dans tous les regards, Sur chaque bouche erre un sourire : On bénit le dieu des hasards Grâce auquel fut fondé l'empire.
Partout on fait des embarras En l'honneur de l'anniversaire, Et partout ce sont des hourras, Des « hoch ! hoch ! hoch ! », des chants de guerre.
Il faut qu'ils soient tous à lier Si, par ces ébats frénétiques, Ils se flattent d'humilier La plus fière des républiques ;
Car leur délire exorbitant Est, pour tout témoin perspicace, L'hommage le plus éclatant Qu'ils puissent rendre à notre race.
Source : Gallica

Eugène Pellissier Les barbares (1915)

Nous avons soif — à n'y pas croire — De pays froids, de pays chauds.
Tandis que sans cesse recule La natalité des Français, Chez nous la marmaille pullule, Nous multiplions à l'excès.
Dans les villes, à la campagne, Il naît tant de petits Teutons Que dans notre étroite Allemagne, Faute d'air, tous nous haletons.
De l'air ! de l'air et de l'espace !
Il nous faut des terres, des mers : Pour caser toute notre race, Ce n'est pas trop de l'univers.
Nous sommes les Pangermanistes: Poudre sèche et glaive aiguisé, Nous voulons, bonnes gens simplistes, Le monde entier germanisé.
Source : Gallica

Eugène Pellissier Les barbares (1915)

Et, quand éclate la torpille, Quand, hors des canots fracassés, La grappe humaine s'éparpille Au milieu des flots courroucés,
C'est un universel délire : A cet exploit de vrais Germains, Toutes les classes de l'empire, A l'unisson battant des mains,
Dans un transport de joie intense Se dressent et chantent, debout, L'hymne où s'étale leur jactance : « L'Allemagne au-dessus de tout ! »
Voilà donc — la pente est fatale — Dans quelle dégradation L'orgueil de la force brutale Fait tomber une nation !
Source : Gallica

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