Résumé

Portrait de F. de Lagenevais F. de Lagenevais Revue musicale - l’Hamlet de M. Ambroise Thomas

Dans Hamlet, la plus grave de ses erreurs, œuvre de confusion qui voudrait être une œuvre de fusion, toutes les tendances du moment se croisent et font la navette. Vous voyez un esprit honnête, généreux, aux prises avec la plus impossible des lâches ; il s’y acharne, s’y consume, va du rêve à l’illusion, sincèrement convaincu qu’il traduit Shakspeare, et trouve le mot du siècle en réconciliant dans sa mélopée Richard Wagner avec l’opéra-comique.
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Musicalement, le rôle est nul et répugne à ce tempérament vocal tout en dehors, qui veut se donner carrière ; on ne mène pas ainsi à l’enterrement pendant cinq actes une voix dont le secret est de charmer, de séduire, d’enlever une salle, et qui, pour plaire, a besoin de s’enrouler, de s’épanouir dans les délicatesses exquises ou les fanfares du style de Mozart, de Meyerbeer, de Rossini. Don Juan, Nevers, Guillaume Tell, à la bonne heure ; mais ce prince lamentable en baryton pleurard, ce sombre sur du sombre est ce qu’on pouvait imaginer de plus affligeant et pour l’artiste et pour le public.
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Dans un opéra de Rossini, de Meyerbeer, de Verdi même, il y a de la place pour tout le monde. Hamlet, sans Mlle Nilsson, n’eût pas mené longue carrière ; il réussit par elle, c’est un coup de fortune. Elle a, comme on dit, tiré son épingle du jeu ; mais nous aimons assez son talent et sa gloire, nous aimons surtout assez ce beau théâtre, qui l’a si opportunément mise en toute lumière, pour souhaiter maintenant de la voir sortir de son paysage et figurer dans un tableau de maître, en pleine troupe et non isolément.
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