“ « Émilien ! » son nom se change dans mon gosier en un long sanglot ; il y répond en s’élançant vers moi les bras ouverts... non, un seul bras ! Il me serre contre sa poitrine avec un seul bras ! l’autre, le droit, est amputé jusqu’au coude, voilà ce qu’on voulait me cacher dans le premier moment. À l’idée de ce qu’il avait dû souffrir, de ce qu’il souffrait peut-être encore, j’eus un violent chagrin, comme si on me l’eût rendu à moitié mort. Je n’avais plus aucun souci de pudeur, je le couvrais de caresses et de larmes, je criais comme une folle : — Assez de cette guerre, assez de malheurs ! ”
George Sand
Résumé
Nanon, roman de George Sand publié en 1872, explore la Révolution française à travers le destin de Nanon, une paysanne honnête, et Émilien de Franqueville, un jeune homme issu d’une famille émigrée. L’œuvre mêle histoire et émotion, décrivant leur tendre idylle, les épreuves de la Révolution, et la recherche de justice.
Sand réinterprète les révolutions du XIXe siècle en mettant en lumière une héroïne paysanne, contraste avec les romans de formation bourgeois et masculins. La fiction s’articule autour des thèmes de la foi, de la solidarité et de la transformation sociale, illustrés par les relations entre Nanon et des figures comme le prieur ou Costejoux.
Citations de Nanon (George Sand)
“ « Ce n’est pas sa faute, elle a trop souffert, cela passera ! » Tu empêchais Émilien de me gronder, et tu voulais persuader à ce pauvre prieur que mes malices devaient l’amuser. Elles ne l’amusaient pas, elles le rendaient plus malade. Je rendais tout le monde malheureux, et, si mes autres souvenirs d’enfance sont des cauchemars, mes souvenirs du moutier sont tous des remords. — Ne parlez pas comme cela, lui dis-je, vous me faites du chagrin ; j’aurais voulu souffrir pour vous davantage ; on ne regrette pas sa peine quand on aime. — Je sais cela ; aimer est ta religion. ”
“ Quand on s'éveille tous les matins avec l'idée fixe d'une espérance aussitôt déçue, chaque jour décuple l'impatience. Je m'efforçais en vain de me distraire par le travail. Je sentais que, si je perdais le but de ma vie, je n'aimerais plus ni le travail ni la vie, et je m'en allais rêver sur la tombe que j'avais fait élever au prieur. Je parlais dans mon esprit à cette bonne âme qui avait voulu me laisser heureuse. Je lui disais tout bas: «Mon bon cher prieur, si Émilien n'est plus, je n'aurai plus besoin que d'aller au plus tôt vous rejoindre.» ”
