Henri Beauclair

Henri Beauclair

Résumé

Portrait de Henri Beauclair Henri Beauclair La Ferme à Goron

Tenant à la main sa casquette de soie noire et un panier d’osier, dont s’allongeaient les anses, le fermier s’avança vers Cyrille, qui le reçut avec un bon sourire d’homme content :
— Vous n’avez pas eu peur de vous enrhumer avec ce sacré brouillard ! Tout de même c’est un fichu temps !
— Ne m’en parlez pas, répondit le fermier, nous en sommes désolés. Hier, il faisait beau, j’ai fait faucher ; à la tombée de la nuit, c’était quasiment sec et ce brouillard-là va nous retarder !... Sans compter que le foin pourrait bien être perdu si d’ici tantôt le soleil ne se montre point !
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Portrait de Henri Beauclair Henri Beauclair La Ferme à Goron

À la maison, la vie devenait monotone. À chaque repas, Mme Goron parlait de sa ferme, toujours et à propos de tout. C’étaient de longues inquiétudes pour l’état maladif d’un des bœufs, pour la chute d’un pommier abattu par un coup de vent. Et, comme il ne fallait pas songer à contracter un nouvel emprunt sur hypothèque, on vivait sur les huit cents francs qu’avait rapportés la vente des pommes. Cette somme touchant à sa fin, Mme Goron se privait des petites douceurs qu’elle aimait autrefois à se payer.
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Portrait de Henri Beauclair Henri Beauclair La Ferme à Goron

Une chose encore qu’il ne souffrirait pas, c’était l’élevage des bœufs.
Il le défendrait à son fermier, formellement. Ça tue la terre. Ils rongent l’herbe et leur fumier ne vaut rien. Ce n’est bon qu’à faire en grand, dans les herbages des vallées, mais dans les cours, sous les pommiers, c’était de la folie. Et maintenant qu’on voit arriver tant de viandes d’Amérique ! N’était-ce pas là ce qui avait ruiné les Goron ? Il ne voulait pas les blaguer, ces pauvres gens, mais vraiment ils étaient trop bêtes. Et ce Cyrille, pourquoi donc s’était-il laissé mener comme ça par sa femme !
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