Henry Céard

Henry Céard

Résumé

Portrait de Henry Céard Henry Céard Une Belle journée (1881)

Là-haut, chez Trudon, le piano s'était tu. On n'entendait plus les bottines. M. Duhamain, toujours impassible, replia méthodiquement le XIXe Siècle et le déposa sur la table de nuit en forme de chiffonnier. Puis, après avoir éteint la lampe : — Bah, dit-il, que veux-tu, ma fille, les affaires sont les affaires.
Et le ménage sans caresses, le ménage sans désirs s'assoupit doucement, mêlant ses souffles, tandis que le balancier de la pendule avec son va et vient raccourci, emplissait l'ombre de la chambre du battement continu des heures monotones.
Source : Gallica

Portrait de Henry Céard Henry Céard Une Belle journée (1881)

« Va, ma belle ! va, ma belle ! » Parfois, pour les pousser, il soufflait dessus, par habitude de la plaisanterie. Trudon et Mme Duhamain le préoccupaient, néanmoins. Il se souvenait : de pareilles aventures n'étaient pas rares. Ce n'était pas la première fois que la pluie enfermait deux amoureux, toute la journée, dans son établissement. Intérieurement, il s'en réjouissait. Après les avoir exploités comme commerçant, l'addition assurée, il les réprouvait, étant, au fond, un homme moral qui voit dans tout malheur l'évidente manifestation de la Providence.
Source : Gallica

Portrait de Henry Céard Henry Céard Une Belle journée (1881)

A la longue, il s'exalta. Bien qu'il n'espérât plus rien de Mme Duhamain, il se montrait néanmoins désireux de la convaincre, et l'intonation forte qu'il prenait pour dominer le tapage donnait tant d'autorité à ses déclarations, que lui-même, ébranlé par ses preuves, finissait par croire à ses mensonges.
Elle, l'écoutait, chatouillée dans sa vanité, caressée dans sa chair. Elle jouissait éperdûment des hommages que Trudon, employant les mêmes expressions dont il s'était servi, le soir du bal, croyait devoir rendre, encore, aux provoquantes incorrections de son corps de femme.
Source : Gallica

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