Jacques Estarvielle

Résumé

Jacques Estarvielle Heures bordelaises : Contes (1914)

Florence ne se rassasie pas de sentir, sur la bouche de l'ami, l'odeur sucrée de l'absinthe. Parce qu'il est émoustillé lui- même, il la laisse faire ou la sermonne paternellement.
Soudain, elle se met à rire. C'est d'abord un murmure, une malice fine et aiguë comme un dard, puis une cascade, un torrent, un fleuve inextinguible et convulsif, une clameur d'insulte pour la rivale abattue. La nuit en résonne, telle un gong, et les gens se retournent.
— Dis donc, Alcide !... non, c'est trop drôle !... Sais-tu ce qu'elle fait, la Berthe, maintenant ?
Source : Gallica

Jacques Estarvielle Heures bordelaises : Contes (1914)

Une violente dispute commence ; les ordures s'échangent comme des balles et les badauds accourent, tandis que l'agent, blasé, -garde le bout de la rue. Les coups suivraient certainement si Berthe était moins poltronne. Car Florence la défie, la menace, surexcitée par sa haine amoureuse, par l'auditoire bienveillant, par l'orgueil tout neuf éclos en elle, par l'air froid qui pince les nerfs. Tant qu'à la fin, l'autre, à sec de ripostes, fond en larmes et, le poing tendu, crie :
— N'aie pas peur ! Je t'en ferai fiche, des beignes, par Alcide ! Laisse-moi le voir ! Tu parles d'une tournée !
Source : Gallica

Jacques Estarvielle Heures bordelaises : Contes (1914)

Je préférerais perdre cent paniers d'oranges ! s'exclame Berthe avec un retroussis dégoûté de sa bouche, longue et plate comme toute la personne.
— Un flic, c'est pas un homme. A part ça, il y en a qui sont vraiment bien, énonce Julia la Taupe.
— Vraiment bien ? Qu'avez-vous donc aux yeux, vous autres ? Mettez-moi cette sale poire du rouquin à côté de mon Alcide et vous verrez ce que doit être un homme !
Quel air de possession triomphante ! La petite Florence en ressent comme une claque. Or, l'heure des claques est passée pour elle et son âme se cabre contre l'odieuse rivale.
Source : Gallica

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