“ Hobbart était mort ! Ils ne l’avaient pas tué ! Et, comme l’a dit un jour le bosseman, « mieux vaut manger un mort qu’un vivant ! » Qui sait, maintenant, si cette scène n’est pas le prologue de quelque drame abominable qui va ensanglanter le radeau ! J’ai fait toutes ces observations à André Letourneur, mais je n’ai pu dissiper l’horreur qui chez lui est portée à son comble ! Cependant, que l’on songe à ceci : nous mourons de faim, et huit de nos compagnons vont peut-être échapper à cette mort affreuse ! Hobbart, grâce aux provisions qu’il avait cachées, était le plus valide de nous. ”
Jules Verne
Résumé
Le Chancellor, roman de Jules Verne publié en 1875, narre le naufrage du navire anglais Chancellor et l’odyssée de ses naufragés à travers un journal intime. Inspiré par le Radeau de la Méduse, l’œuvre examine la survie, la barbarie et la dégradation humaine dans des conditions extrêmes.
Les thèmes de la faim, du cannibalisme et de la lutte pour rester en vie dominent, tandis que la structure narrative originale, en présent continu, plonge le lecteur dans l’horreur du récit. Malgré un contexte historique sombre, le roman demeure une œuvre majeure de la littérature de voyage et de l’aventure maritime.
Citations de Le Chancellor (Jules Verne)
“ Les Indiens sortirent et se dispersèrent. Le Sambo demeura seul avec Manangani, qui lui demanda : « Le Sambo sait-il quel sentiment conduisait, ce soir-là, son fils au quartier de San-Lazaro ? Le Sambo est-il sûr de son fils ? » Un éclair jaillit des yeux de l’Indien. Manangani recula. Mais l’Indien se contint et dit : « Si Martin Paz trahissait ses frères, je tuerais d’abord tous ceux auxquels il a donné son amitié, toutes celles auxquelles il a donné son amour. Puis, je le tuerais lui-même, et je me tuerais ensuite, pour ne rien laisser sous le soleil d’une race déshonorée ! » ”
“ Nous joignons nos prières à celles de miss Herbey. Falsten parle dans le même sens. Nous supplions nos compagnons, le bosseman, Daoulas, les autres... Les matelots s’arrêtent et ne font pas entendre un seul murmure. Le bosseman jette alors sa hache ; puis, d’une voix sourde : « À demain, au lever du jour ! » dit-il. Ce mot dit tout. Si, demain, ni terre ni navire ne sont en vue, l’horrible sacrifice s’accomplira. Chacun, maintenant, retourne à sa place et par un reste d’effort comprime ses douleurs. Les matelots se cachent sous les voiles. Ils ne cherchent même plus à observer la mer. ”
