Résumé

Lucien Louis-Lande Impressions et souvenirs d’un jeune invalide

Un groupe d’ombres, des torches à la main, allait de l’un à l’autre : c’étaient nos officiers cherchant à reconnaître leurs hommes ; ils se baissaient pour regarder les visages, et la résine dégouttait le long de leurs doigts. La nuit était toujours sans étoiles, et le brouillard du matin, tombant sur la plaine, enveloppait la flamme des torches d’un nuage épais qui de loin lui prêtait une teinte sanglante. Avec les officiers marchait un jeune homme, un étudiant en médecine, élève des hôpitaux de Paris, alors de séjour à Critot.
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Lucien Louis-Lande Impressions et souvenirs d’un jeune invalide

Je passais là de longues heures, couché dans mon fauteuil, regardant l’horizon par la fenêtre ouverte. L’hiver allait finir, le soleil se montrait déjà plus fréquent et plus chaud ; dans l’avenue, les bourgeons des arbres, gonflés de sève, faisaient craquer leur brune enveloppe. En face de l’hospice, par-delà le boulevard, se dressait une haute colline, âpre et rocailleuse, où d’énormes cailloux, de leur dos rond et luisant, perçaient le sol grisâtre.
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Lucien Louis-Lande Impressions et souvenirs d’un jeune invalide

À peine pansé, je fus installé sur un brancard pliant, et porté à la garé pour attendre le train qui nous conduirait à Rouen. Le bruit de notre accident s’était déjà répandu par tout le pays, et avait attiré la foule, qui s’apitoyait sur nous au passage. La salle d’attente où l’on me déposa contenait déjà quatre ou cinq blessés. Je reconnus l’un d’eux, Coulmy, un ancien soldat de Crimée et d’Italie, à la poitrine constellée de médailles : il s’était engagé pour gagner la croix ; le pauvre diable avait la jambe gauche littéralement broyée.
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