“ Et Mme Rozes entamait déjà un maigre calcul, quand une inquiétude lui traversa l’esprit : le ver solitaire ! cela se communiquait-il ?... Plusieurs frissons la parcoururent, mais un coup d’œil jeté en arrière sur trente ans d’affection réciproque fit envoler cette fumée d’égoïsme. Le salon où on s’était retiré, le déjeuner fini, un salon où les visites pénétraient seules, avait un aspect aventureux, grâce à son parquet dont les lames cirées à outrance, malgré l’épaisseur des volets fermés, luisaient comme de la glace. Dans un coin, sous une housse, un piano ressemblait à un catafalque. ”
Léon Hennique
Résumé
“Deux nouvelles”, est une œuvre de Léon Hennique. Des thèmes tels que Rozes, Coquidé ou Pédoussault y sont abordés.
Citations de Deux nouvelles (Léon Hennique)
“ À six heures sonnant, Mme Rozes se leva, descendit à la cuisine, attendit Suzanne, commanda le déjeuner. À huit heures, Pédoussault était là, l’œil aimable, prétendait avoir oublié Benjamin, lui ordonnait une purgation composée d’eau de Sedlitz. Un enterrement passa sous les croisées du malade : le vicaire d’abord, en surplis, la croix entre les mains ; deux chantres bien nourris ; des enfants de chœur ; le doyen ; le bedeau, un vieux à barbe de singe dont l’échine courbée s’inclinait vers la gauche, grâce au cercueil du nouveau-né qu’il portait comme un clerc d’huissier porte sa serviette. ”
“ Le ciel avait des teintes orangées çà et là mêlées à de délicates brumes grises ; de la placidité montait du jardin, des ruelles environnantes. — Hou ! fit brusquement M. Rozes. Sa femme et Jeanne tressautèrent. Lui, éclata de rire. Le bothriocéphale, parait-il, avait changé d’humeur. Et Benjamin riait encore, la bouche large, secoué par une quinte qui froissait son gilet, quand les Perrin, mari et femme, se présentèrent à l’entrée du jardin. Maître Perrin, le gendre des époux Rozes, notaire aussi, mais de taille irrespectable, se pavanait dans un veston d’alpaga. ”
