Marc Monnier,
Gian et Hans : le dossier de Raimbaud
(1882)
“ L'Arve est hideuse, elle désole ses bords, on dirait qu'elle les mâche. Le plateau s'émiette en grains de sable ; on voit partout d'énormes entamures rondes qui semblent faites à coups de dent. Le Salève est une lourde masse qui obstrue l'horizon ; la ligne du Jura paraît dessinée sans art, d'une main tremblante et maladroite. J'ai parcouru l'avenue ; il n'y a plus d'illusions, il n'y a plus que des désenchantements. Comme tout change ! Ce matin le peintre est venu de Glion pour me voir ; je ne l'ai pas trouvé aussi gai qu'autrefois ; il avait un rire forcé, presque triste. ”
