“ Julia dit : — Ah ! pourquoi êtes-vous si méchant ?... Et pourquoi êtes-vous si beau, aujourd’hui, car vous êtes plus beau qu’à l’ordinaire... Je m’assis, près d’elle, sur une chaise basse, dans un coin sombre, et toute ma raideur, toute ma dignité s’évanouirent et je soupirai en pressant la main de mon amie, le cœur plein de repentir et de tendre pitié. — Ah ! Julia !... Julia !... J’accentuai la caresse et promenai nos deux mains unies, sur elle et sur moi. Julia ne se défendit pas. Elle dit seulement : — Soyez sage... Il faut être sage... ”
Octave Mirbeau
Résumé
Dans le ciel d'Octave Mirbeau, publié en feuilleton entre 1892 et 1893 et en volume en 1989, aborde les thèmes de l'absurde existentiel, de la déshumanisation sociale et de la tragédie artistique. Ce roman en abyme, traversé par des narrateurs imbriqués, suit le destin de Lucien, un peintre inspiré de Van Gogh, dont la recherche d'idéal se termine par un suicide.
À travers ses personnages (Georges, Julia), Mirbeau dénonce une société bourgeoise aliénante et exprime un pessimisme nihiliste, marqué par l'impuissance créatrice et la lutte désespérée de l'artiste contre un monde inhospitalier. L'œuvre, inachevée dans sa structure, reflète les crises personnelles et intellectuelles de son auteur.
Citations de Dans le ciel (Octave Mirbeau)
“ Julia eut une expression de joie qui illumina tout son visage... — Oh ! oui ! des livres d’amour !... des livres comme on m’en prêtait à l’atelier ! Un sang plus chaud coulait dans mes veines ; je sentais mes muscles plus forts et capables d’une étreinte virile. — Je vais vous chercher des livres ! dis-je d’une voix résolue et brave. Je partis, comme un héros qui va conquérir un monde nouveau. Quand je revins, chargé de volumes, la mère était dans la loge, je n’osai pas y entrer et je remontai dans l’atelier de Lucien. ”
“ La nature, on peut encore la concevoir vaguement, avec son cerveau, peut-être, mais l’exprimer avec cet outil gauche, lourd et infidèle qu’est la main, voilà qui est, je crois, au-dessus des forces humaines. Et puis, pourquoi faire ? qu’importe à la si misérable humanité que je peigne des peupliers, en rouge, en jaune, en bleu ou en vert, et que je distribue tranquillement des violets et des orangés, pour simuler l’eau d’un fleuve, et l’impondérable éther d’un ciel, alors que, dans la vie, à chaque pas, on se heurte à de monstrueuses iniquités, à d’inacceptables douleurs. ”
