“ D’un autre côté, si le marin a certes besoin de connaître le vent, les courans, combien plus que lui l’aviateur qui, avec sa machine, n’est guère qu’un fétu que le moindre vent peut balayer ! Or l’homme qui monte le ballon libre n’a pas d’autre moteur que le vent : il est donc obligé de l’étudier dans ses causes et dans ses effets. Sans doute le vent demeurera toujours une boîte à surprises. Mais dans le ballon libre, on a tout le loisir de regarder ce qu’il y a au fond de cette boîte, tandis qu’eu aéroplane, le temps manque absolument pour discuter avec le vent et avec soi-même. ”
P. Banet-Rivet
Résumé
“À tire-d’aile”, est une œuvre de P. Banet-Rivet. Des thèmes tels que l'aviateur, l'atterrissage ou le vent y sont abordés.
Citations de À tire-d’aile (P. Banet-Rivet)
“ Et, en effet, une des plus graves difficultés auxquelles se heurte l’aviateur en plein vol, c’est l’orientation. Or, le voyage en ballon libre, c’est la leçon de géographie sur un plan en relief, non plus le plan de carton gaufré du collège, mais la terre elle-même, avec ses fleuves, ses forêts, ses vallées, ses villes. La lecture de cette sorte de carte vivante est, pour un aviateur, quelque chose comme l’anatomie pour un médecin. ”
“ Mais comme, en définitive, une panne de moteur, pour une raison ou une autre, est toujours à craindre, l’aviateur doit absolument apprendre à descendre en vol plané, de n’importe quelle hauteur, et, s’il est avisé, de n’importe quelle façon. Seulement, ce mode d’atterrissage, sous ses deux formes, doit, bien entendu, être étudié lentement, prudemment, progressivement, sur le champ d’entraînement lui-même et pour chaque type d’appareil. ”
“ La vitesse propre d’un aéroplane constitue, on le sait, sa caractéristique la plus importante : pas de vitesse, pas de vol ; faible vitesse, équilibre difficile ; grande vitesse, équilibre facile, vol aisé, l’appareil devenant mieux maniable ; un aérobus, c’est-à-dire un aéroplane faisant 150, 200 mètres à la seconde, serait, à un certain point de vue, l’idéal, car tout organe de stabilisation lui serait inutile. ”
“ L’action d’une large et profonde masse d’air, animée tout entière du même mouvement de translation, produit, en effet, le plus souvent, une dérive latérale qui, si l’on veut aller en ligne droite d’un point à un autre, force l’aviateur à orienter l’aéroplane de façon que celui-ci fasse avec la route à parcourir, dans un sens opposé à celui du vent, un certain angle, dit angle de dérive, bien connu de tous ceux qui ont navigué. L’évaluation de cet angle, évaluation facile quand on connaît, au moment du départ, la direction et la vitesse du vent, est toujours très utile. ”
“ L’Alpe, défiée si l’on veut, mais, en tout cas, vaincue, tel est l’événement, la prouesse qui restera toujours le titre de gloire de l’année qui vient de finir, et, satisfaits d’avoir pu le mettre en lumière, à sa vraie place, nous arrêterions ici ce sommaire exposé des grandes étapes de l’Aviation, si le souci de la vérité ne nous faisait un devoir de rappeler à tous ce que la nouvelle science doit à l’accueil enthousiaste qu’elle a trouvé chez toutes les femmes, les femmes de France, particulièrement. ”
“ Ce qui n’est malheureusement que trop certain, c’est que la descente en vol plané et, plus généralement, l’atterrissage, opéré de quelque façon que ce soit, dans des conditions de sécurité convenables, est, à l’heure actuelle, pour tous ceux qui s’intéressent à l’Aviation, un problème des plus obsédans, des plus ardus, qui domine la nouvelle science et dont la solution est digne de tenter tous les chercheurs. ”
“ Il faut avoir pris d’avance l’habitude de se résoudre. Il faut s’être débarrassé une fois pour toutes de la crainte. Si, par exemple, on est roulé dans un remous, il faut savoir que ce n’est qu’un remous et qu’on en sortira sûrement si l’appareil est robuste et la vitesse suffisante. Il faut avoir appris, et s’en souvenir à propos, que selon l’altitude le vent varie de vitesse et de direction et que, par conséquent, on doit le « tâter » avant de se dépiter ou de décider qu’on a contre soi la mauvaise chance. ”
“ Des vitesses propres de 25 à 26 mètres sont regardées, aujourd’hui, comme des vitesses courantes. On est même en droit, désormais, de les exiger de n’importe quel aéroplane, monoplan ou biplan, puisque des biplans répondant à ces conditions, le L. Bréguet, par exemple, existent déjà. Mais la vitesse n’est pas tout : l’endurance, la robustesse d’un moteur, d’une hélice, sont des caractéristiques presque aussi importantes que leur légèreté. ”
“ Le ruban, lui, ne changerait momentanément de direction que si le vent sautait, si l’on abordait un virage. Quant à la boussole, dont l’utilité est incontestable, la dérive, non plus, ne saurait l’affecter. Le seul moyen de se rendre compte de la dérive, quand on vole au-dessus du sol, est de regarder au-dessous de soi. Si on voit le sol fuir parallèlement à l’axe de l’aéroplane, c’est que la marche de celui-ci est parallèle à la direction du vent. ”
“ Nous attendrons donc pour en parler le jour, prochain, espérons-le, où la stabilité vraiment automatique des aéroplanes sera une réalité, le jour où les organes qui concourent à l’atterrissage, les procédés employés pour opérer cette manœuvre dernière donneront toutes les garanties désirables ; le jour, en un mot, où la locomotion aérienne par le plus lourd que l’air pourra se faire dans des conditions convenables, nous ne dirons pas de durée, c’est fait, mais de sécurité. ”
“ Le débutant doit toujours avoir sous les yeux cette faveur qui, avec le vent debout, se déploie parallèlement à l’axe longitudinal de sa machine, mais qu’il voit dévier à gauche, si le vent qui frappe l’aéroplane vient à tourner à droite, dévier à droite, si le vent vient à tourner à gauche. Il devra se rappeler que le ruban ne donne jamais, bien entendu, que la direction du vent relatif qui frappe l’appareil, vent qui, en direction et en vitesse, est la résultante du vent réel et de celui qu’engendre la marche de l’aéroplane. ”
“ Ces temps de réaction, chez les animaux supérieurs, chez l’homme, peuvent être raccourcis par une éducation prolongée, sans cependant pouvoir jamais être moindres qu’un dixième de seconde. Or, si le vol en aéroplane ne saurait être comparé à l’acte de la marche, par exemple, qui, après un apprentissage assez court, finit par devenir automatique ; si, très souvent, ce vol exige de ceux qui s’y livrent beaucoup de discernement et de décision, on ne saurait nier que la rapidité dans l’exécution ne doive être considérée comme une qualité physique des plus précieuses. ”
“ Il faut savoir démonter, réparer, régler aussi bien la partie planeur que la partie moteur ; il faut savoir faire tout par soi-même. L’aviateur doit arriver à ce qu’à l’œil et à l’oreille, il puisse se rendre compte par lui-même de la condition générale de sa monture et, on pourrait presque dire, de la disposition particulière où elle se trouve le jour où on veut lui demander un effort suprême. ”
“ Les personnes à réactions rapides sont donc les plus indiquées pour se livrer à l’Aviation, surtout si elles sont appelées à monter des appareils à période maniable très courte, susceptibles, par conséquent, de prendre rapidement, en deux ou trois dixièmes de seconde, des inclinaisons dangereuses sous les coups du vent. Sauf quelques rares exceptions, ceux-là seuls qui, de bonne heure, ont appris à dominer et à perfectionner leur système nervo-musculaire, des hommes de sport, des marins, sont donc aptes à se risquer dans les airs. ”
“ Dans l’un ou l’autre cas, dès qu’on a la sensation que l’appareil, complètement allégé, va perdre contact avec la terre, un coup d’équilibreur, en le relevant, lui permet de s’enlever ; mais il va de soi qu’à ce moment le moteur doit pouvoir fournir le surcroît de force nécessaire pour vaincre la résistance qu’oppose la pesanteur au mouvement d’ascension de la machine. ”
“ L’aviateur, pris sous le moteur, grièvement blessé aux jambes, succombait quelques jours après. Ce qui s’est passé à ce moment tragique, il est facile de le concevoir : en cabrant son appareil, G. Chavez a freiné trop brusquement, et les ailes, que les vols d’essais des journées précédentes avaient dû fatiguer, ont cédé à la pression de l’air. L’aviateur, au moment d’aborder, a donc, il semble, manqué de doigté ; mais l’accident, en lui-même, est banal, il eût pu se produire aussi bien à Issy-les-Moulineaux qu’à Domo d’Ossola : la montagne n’y est pour rien. ”
“ Si les accidens des terrains avoisinant le champ d’entraînement peuvent gêner l’aviateur, il sera prudent de s’élever tout de suite, par des spires savamment décrites, à 300 mètres au moins au-dessus du sol (on a dit pourquoi tout à l’heure) . L’atterrissage est la manœuvre périlleuse par excellence, l’appareil étant un peu, à cet instant suprême, dans la situation d’un navire qui, lancé à toute vapeur avec une vitesse de 80 à 100 kilomètres à l’heure contre une côte rocheuse, aurait pour mission de l’aborder et de s’y amarrer. ”
“ Le sol fuit-il à gauche de l’aviateur ? c’est que l’aéroplane est en dérive à droite ; fuit-il à droite ? c’est qu’il y a dérive à gauche. Pourvu donc que rien ne gêne ou n’intercepte la vue, le pilote est toujours à même de corriger sa route et de prendre, un peu avant l’arrivée, toutes les mesures nécessaires pour bien atterrir. ”
“ Cependant, comme cette façon de manœuvrer pour rétablir l’équilibre présente le défaut de « sacrifier la route, » le futur aviateur, dès qu’il se sentira parfaitement maître de la manœuvre du gouvernail de direction, devra chercher à rétablir l’équilibre (cette autre façon de procéder est la meilleure en cas de remous brusques) par le seul moyen des ailerons ou du gauchissement des surfaces, exercice auquel il devra se livrer sans relâche jusqu’à ce qu’il lui soit complètement familier. ”
“ La veille de cette inoubliable traversée, le 22 septembre, on désespérait de la réussite ; ceux qui, lit-on dans le Figaro, connaissent le chaos monstrueux des Alpes et leurs effroyables abîmes entre Brieg et Domo d’Ossola, ne pouvaient croire que l’homme ait déjà des ailes assez puissantes pour dominer leurs cimes, assez sûres pour planer au-dessus de leurs précipices, ni un cœur assez vaillant pour ne pas reculer devant tant de périls accumulés ”
“ Il est vrai que l’aviateur a la ressource d’arriver juste au-dessus du point fixé et de descendre alors, en décrivant de larges spires, procédé applicable, d’ailleurs, aux modes d’atterrissage précédens. Mais si, moteur arrêté, on opère ainsi, les caprices de l’air n’en sont peut-être que plus à craindre, que plus difficiles à déjouer. ”
“ Pour cet objet, le ruban ne peut être d’aucune utilité, car lorsqu’un aéroplane se meut à la hauteur indiquée tout à l’heure, au sein d’une immense masse d’air dont le mouvement d’ensemble est à peu près régulier, il a constamment vent debout et, par suite, le ruban reste sans cesse parallèle à l’axe de la machine qui, sous l’action de la masse d’air qui la noie, peut très bien dériver sans que l’aviateur puisse le soupçonner. ”
“ Comme la chute dans le cône est toujours très dangereuse, le débutant ne saurait trop veiller à l’éviter. Mieux vaut pour lui, lors des premiers virages, manœuvrer de façon à « dévirer » légèrement, c’est-à-dire de façon que l’aéroplane ait une tendance accentuée à glisser en dehors de la courbe décrite. Peu à peu cependant, en modérant de plus en plus le dévirage, il arrivera à effectuer des virages corrects, ce dont il s’apercevra à ce que le ruban fera, pendant toute la durée du virage, un angle constant avec l’axe de l’appareil. ”
“ Dans le second, la pente que l’on descend est plus faible, la descente plus longue, mais on a plus de temps et d’espace devant soi, ce qui permet, si besoin est, de choisir plus facilement le point d’atterrissage. En même temps, on a l’avantage, en cas d’une traîtrise quelconque du vent, de pouvoir redonner aisément toute sa puissance au moteur, et, alors, on atterrit comme dans le premier cas. ”
“ Quoiqu’il soit presque aussi dangereux de tomber de 40 mètres que de 1 000, encore vaut-il mieux tomber de 4 ou 5 mètres que de 40. Par conséquent, à l’origine, ces vols devront avoir lieu, en temps calme d’abord, à très faible hauteur, quitte à s’élever à 8 ou 10 mètres au moment de virer, tout virage provoquant un mouvement de descente qu’on peut, il est vrai, enrayer avec l’équilibreur. On devra, dans ces vols, éviter de se faire prendre dans le sillage d’un appareil voisin et en profiter : 1° pour apprendre à maintenir son altitude aussi constante que possible ”
“ Toutefois, pour assurer le succès et pour une raison majeure qui sera donnée tout à l’heure, il est absolument indispensable que l’aviateur, une fois en plein vol, puisse, à chaque instant, savoir s’il a vent debout, vent arrière ou vent de côté. ”
“ Le départ, si l’on prend soin de se placer de façon à avoir vent debout, ce qui permet à l’aéroplane de s’enlever pour une vitesse de roulement égale à la différence entre sa vitesse en vol normal et celle du vent, est une opération assez facile. Vent arrière, l’opération est plus difficile, dangereuse même, car la vitesse de l’appareil roulant sur le sol doit être égale à la somme de sa vitesse en vol normal et de celle du vent. ”
“ De plus, on accordera qu’être forcé d’atterrir sous un angle de 8 degrés en moyenne quand on se trouve, par exemple, à 300 mètres au-dessus du sol, c’est, véritablement, fixer le contact avec la terre un peu trop loin, 2 200 mètres environ, c’est, en quelque sorte, obliger l’aviateur à faire un « saut dans l’inconnu, » lui interdire presque, en tout cas, d’atterrir en un point fixé à l’avance. ”
“ Seulement, afin d’échapper aux courans ascendans ou descendans, aux remous, tourbillons, etc. qu’engendrent les inégalités du sol, il sera prudent de se maintenir toujours à une grande hauteur au-dessus de la terre ferme : 500 mètres environ, 300 mètres au minimum. En cas d’alerte, on ne devra pas hésiter, si le moteur le permet, à monter plus haut. Autant que possible, les grands vols devront être soigneusement préparés à l’avance. ”
“ Des écoles de pilotes se sont ouvertes un peu partout, les concours se sont multipliés, des fabriques d’aéroplanes ont surgi de toutes parts et nombre de nations étrangères n’ont pas tardé à nous imiter, impatientes de nous égaler et de nous surpasser. ”
“ La même méthode d’entraînement, méthode que la présence d’un maître ne peut que rendre plus rapidement efficace, devra être suivie pour les premières envolées, qu’on aura soin de faire brèves, mais fréquentes. ”
“ La carte sera toujours d’une grande utilité ; elle est indispensable si l’on n’a pu jalonner la route à l’avance. Dans ce cas, les clochers, les gares, les croisemens de voies ferrées, les rivières, les points culminans, etc., seront pour l’aviateur autant de points de repère ou de buts temporaires qui faciliteront le voyage. ”
“ Dans le premier cas, c’est-à-dire l’aéroplane volant en ligne droite, le débutant ne tardera pas à s’apercevoir que si l’appareil, par suite d’un mouvement de conversion du vent, vient à s’incliner latéralement, le ruban, après un certain laps de temps, se dirige vers l’aile la plus haute, en raison de ce fait que tout aéroplane qui s’incline tend forcément à glisser du côté où il penche. ”
“ Puis l’appareil doit être à empennages, un appareil qui en est dépourvu, comme l’ancien Wright, manquant de stabilité, qualité indispensable, on l’avouera, surtout pour un débutant. Enfin comme un biplan est plus robuste qu’un monoplan, qu’il est, moins que celui-ci, sensible aux attaques du vent, qu’il présente, par conséquent, de plus sérieuses garanties au point de vue sécurité, c’est un biplan du type classique (G. Voisin, H. Farman, Sommer, Calderara-Goupy, etc.) , et un grand biplan, qui doit être choisi. ”
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