“ « Il faut s’éloigner... nom de Dieu !... ne pas être entraîné quand le bateau coulera... s’éloigner... au plus tôt... Mes souliers me gênent... ; tout à l’heure... Mais s’éloigner d’abord,... loin,... plus loin. » Il tourna la tête pour mesurer la distance. Le vide noir, visqueux ; sauf, tout là-bas, la silhouette de deux navires qui dans la nuit empoisonnée fuyaient, se faisaient de plus en plus petits comme on se pelotonne sous le danger. Et plus près, entre la terre et le nageur, des taches noires mobiles qui semblaient des rochers mais qui étaient des chaloupes. ”
Philippe Panneton
Résumé
L’héritage, de Philippe Panneton, explore des thèmes de révolte sociale, de solitude et de quête identitaire à travers des personnages comme Toupaha, Lémann ou Albert, plongés dans des univers contrastés, des îles polynésiennes aux rues industrielles de Montréal.
L’auteur mêle récits de voyage, dialogues percutants et descriptions poétiques, comme le maraé abandonné ou l’Hôtel du Nord, pour dépeindre des conflits intérieurs et des relations tendues. Le texte, publié en 1968, s’inscrit dans une veine réaliste et symboliste, marquée par des réflexions sur la condition humaine, le destin et l’aliénation.
Citations de L’héritage (Philippe Panneton)
“ « Je suis allé le chercher dans le maraé, le vieil autel abandonné, dont les ruines se trouvent de l’autre côté, vis-à-vis Motou-Omé. Pour mon expédition j’avais pris un type d’ici, assez dégourdi. Il se croyait fort « désauvagé » depuis qu’il avait joué dans le film de Murnau, TAPOU, qui fut tourné justement à Vavaou qu’on appelle aussi Bora-Bora. Il se nomme Hopai. » Dans son coin, Toupaha répéta comme un écho, d’une voix huileuse d’ivrogne, mais où il y avait quelque chose d’autre, indéfinissable : — Hopai... ah oui !... Hopai... il est parti. Faré oé, Hopai,... adieu,... faré oé ! ”
“ Puis les Vaillancourt, ils m’ont dit que j’avais pas d’affaire à venir icitte. Par la porte entrait le chœur triomphal et terrifiant des cigales annonçant une autre journée de chaleur, une autre journée de défaite. — Ça a pourtant pas grand bon sens, reprit Albert. Puis il rit mais d’un rire de surface, comme une risée sur un lac insondable : Je sais bien que j’ai jamais été chanceux. Mais tu ne trouves pas, Marie, que ça n’a pas grand bon sens ? La Poune hésita ; elle s’affaira à ranger son torchon pour ne le point regarder en face : — Je sais pas, moi... Je sais pas... ”
