Pierre d’Espagnat

Résumé

Pierre d’Espagnat Revue des Deux Mondes

C’est un vol de chat-huant, dans l’air mort, dans l’air étouffe d’une pesanteur de tempête, mais qui va merveilleusement s’alléger, se sublimer au jour.
L’aurore, en effet, tombe à la fois sur trois choses superbes inopinément découvertes : l’immensité verte et rose de la Cienaga où l’on vient de déboucher, le liséré délicat des forêts à l’infini, la colossale silhouette d’ombre de la Sierra-Nevada, surplombant le tout. Parmi la première allégresse muette de la matinée, sous la serre d’or posée au faite des montagnes, le spectacle est inexprimable.
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Pierre d’Espagnat Revue des Deux Mondes

Elles sont très fraîches, les nuits de Bogota, et le chaud mackintosh s’y impose. Ainsi hermétiquement clos, c’est plaisir de suivre au hasard mon obscure rue Florian, où les belles maisons d’en face sont illuminées pour quelque fête ; de s’aventurer dans l’ombre, où, de loin en loin, un arc électrique suspendu jette comme un éblouissement de lumière polaire accroché à des arêtes de glace. Bientôt la lune, indiscrète et brusque, se risque à l’angle d’un toit ; mais une lune spéciale encore, une lune qui m’a l’air extraordinairement exsangue et pâle, — encore un effet de l’altitude, sans doute.
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Tout ce qu’il y a de riche et de bon demeure aggloméré, en effet, vers cette rue Royale et ses alentours, la rue Florian, la place Bolivar, la place Santander, vaste centre de plaisance et d’affaires. Dès qu’on s’en éloigne, qu’on monte vers la ville haute ou qu’on descend vers le chemin de fer de la Savane, on pénètre dans les zones de plus en plus humbles et tristes, de cette triste et grise laideur populaire qui enveloppe toujours d’un serrement de cœur et d’un désenchantement la première arrivée dans les capitales.
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