Résumé

Pierre de Barneville Le Rythme dans La Poésie Française

Musique et poésie sont en effet deux muses jumelles, encore qu’elles gardent, nous l’avons vu, chacune son individualité distincte. Où est le poète qui se voit longtemps soutenu par la seule force de ses conceptions ? Corneille lui-même à cette lutte s’est épuisé. Le poète doit avoir des idées ; cela est même essentiel pour lui ; mais il doit bien se garder de nous les présenter toutes nues ; il faut, non pas qu’il les expose, mais qu’il les chante. Ce qui nous séduit en poésie, c’est, outre l’éclat des images, le mouvement. C’est là ce qui explique la magique puissance du rythme.
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Pierre de Barneville Le Rythme dans La Poésie Française

Rien qu’en parlant sa belle langue, il avait appris que les voyelles y sont plus sonores que les consonnes, d’où il résulte qu’une voyelle et une consonne prononcées presque simultanément ne produisent pas un égal effet acoustique ; la consonne se perd ; l’ouïe ne saisit guère que la voyelle. Ce qui fait la rime en français, c’est donc surtout la voyelle, et rimer richement, comme le veut Banville, revient dès lors, plus ou moins, à rimer pour l’œil au loin de l’oreille. Or, comment méconnaître à ce point l’essence même de toute poésie ? L’art du poète est surtout vocal.
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Pierre de Barneville Le Rythme dans La Poésie Française

Ne devance-t-il pas Lamartine dans la molle cadence de cette strophe :
Quel charme vainqueur du monde
Vers Dieu m’élève aujourd’hui ?
Malheureux l’homme qui fonde
Sur les hommes son appui !
Leur gloire fuit et s’efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers,
Ou de la flèche rapide,
Qui, loin de l’œil qui la guide,
Cherche l’oiseau dans les airs ?
Où trouver adaptation plus parfaite de la forme au fond que dans les stances suivantes :
Le soleil perce l’ombre obscure,
Et les traits éclatants qu’il lance dans les airs.
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