Prosper Mérimée,
Lettres à une inconnue
(1873)
“ Êtes-vous arrivé, dans l’Odyssée, à un passage que je trouve admirable ? C’est lorsque Ulysse est chez Alcinoüs inconnu encore et qu’après dîner un poëte chante devant lui la guerre de Troie. Le peu que j’ai vu de la Grèce m’a mieux fait comprendre Homère. On voit partout dans l’Odyssée cet amour incroyable des Grecs pour leur pays. Il y a dans le grec moderne un mot charmant : c’est ξένιτεία, l’étrangeté, le voyage. Être en ξένιτεία, c’est pour un Grec le plus grand de tous les malheurs ; mais y mourir, c’est ce qu’il y a de plus effroyable pour leur imagination. ”
