Rachilde

Rachilde

Résumé

Portrait de Rachilde Rachilde La tour d'amour (1923)

Je vole, je saute et je roule... Je suis secoué comme par la poigne d’un géant. Je ne peux plus rien distinguer. Ou je suis plus saoul que jamais, ou le bateau et le phare tournent autour de moi ; tantôt celui-là est gros comme une noix, tantôt celui-ci s’allonge comme un cierge d’église.
— Jean Maleux, tu es foutu, rugit la sirène au loin.
Je redescends...
Je sens mes jambes toutes froides. Je suis au beau milieu de l’eau. Ça m’entre maintenant dans la bouche. Allons, c’est fini de Jean Maleux. Pas la peine de nager, car je vais être brisé contre le roc...
Source : Gutenberg

Portrait de Rachilde Rachilde La tour d'amour (1923)

Sur mer, la nuit ne vient jamais d’en haut, elle monte des vagues, et on dirait que l’eau devient les nuages, un ciel renversé.
J’étais donc tout chaviré dans l’amertume, et je me sentais très seul, malgré la présence du vieux.
Nous dînions au milieu de la salle à manger du phare d’Ar-Men, une petite pièce basse, ronde, éclairée, le jour par sa porte voûtée donnant sur l’esplanade, et le soir d’une lampe à pétrole pendue au plafond, un lumignon en chapeau de zinc qui fumait si dru qu’on y voyait juste ses bouchées.
Source : Gutenberg

Portrait de Rachilde Rachilde La tour d'amour (1923)

En débarquant sur l’esplanade du phare d’Ar-Men, je m’imaginais revenir d’un long voyage, et je n’étais resté que trois jours absent de ma triste maison.
Je revenais d’un long voyage, car j’avais touché l’espoir. Je ne rentrais pas seul, je ramenais une femme au fond de mes yeux, mes lèvres conservaient encore le goût de son premier baiser.
Oui, je voulais être un homme, je voulais être heureux. Je donnai du bonheur à pleines poignées de mains, dès ma rentrée en prison, au jeune gardien qui s’en allait pendu par le palan, au vieux qui m’examinait, l’air d’une bête défiante.
Source : Gutenberg

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