René Bazin

René Bazin

Résumé

Portrait de René Bazin René Bazin La Barrière

N’en dis pas plus !
Marie, je ne puis prier que toi : je ne crois plus.
Et ils se regardèrent, les yeux dans les yeux, tout près, les âmes se voyant. Il vit la douleur, il vit aussi l’abîme, il vit la vierge forte, la foi vivante qui disait non.
Brusquement, il se détourna, il traversa le salon, il ouvrit la porte de l’appartement, et descendit, tandis que madame Limerel, accourue, soutenait sur son épaule la tête de sa fille, qui pleurait à chaudes larmes, et qui répétait, entre ses sanglots :
— C’est affreux, maman ! c’est affreux ! Ne lui ai-je pas demandé trop ?
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Portrait de René Bazin René Bazin La Barrière

Tu t’y cherches. Je te connais, va, je connais le pauvre cœur qui se trompe lui-même si souvent. Il y a de l’orgueil dans ta peine.
— Il y a bien de la pitié, je vous assure !
— Eh bien ! garde la pitié, mais devant Dieu seulement : elle est juste. Et chasse le reste : tout le bourdonnement de ce qui aurait pu être, tout ce qui a pu te faire hésiter, tout ce qui est toi-même, tout ce qu’a repoussé déjà, dans une heure de souffrance et de salut, ta chère âme victorieuse... Sacrifie l’histoire de ton amour, Marie, puisque l’amour, tu l’as condamné...
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Portrait de René Bazin René Bazin La Barrière

Une pitié grandissait en elle.
— Mon pauvre Félicien, comme je te fais du mal !
— Non, pas toi, Marie, pas toi ! Tu n’es pas coupable. Tu es celle pour qui je souffre, mais tu ne fais que me montrer quelle distance il y a entre nous... La faute est à ceux qui ne te valent pas... Je me défends parce que je t’aime... Au fond, les paroles que tu dis, je les sens justes... Tu dois avoir raison... Moi, je ne sais plus. C’est la chose la plus dure que j’aie à t’avouer... Je ne songe pas souvent à ce qui me reste de foi, parce que j’ai peur de trouver qu’il n’en reste plus.
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