“ Tes yeux allumeront des torches de phosphore À travers la pénombre où ne rit point l’aurore. Je suis l’être qu’hier ton sein nu vint charmer, Qui ne sut point assez te haïr ni t’aimer, Que tu mangeas, ainsi que mange ton escorte, Les crabes dont la faim se repaît de chair morte. Tu l’enserras, avec de visqueuses douceurs, Du même enlacement que les pieuvres, tes sœurs... Viens, je t’accorderai le remords qui m’accable, Sans la paix du pardon profonde et délectable. Viens, je t’entraînerai jusqu’au lit du flot clair Et j’aimerai ta mort dans la nuit de la mer. ”
Renée Vivien
Résumé
Évocations, recueil de poèmes de Renée Vivien, explore des thèmes de mort, d’amour et de nature à travers des images oniriques et métaphoriques. Les vers évoquent le reflet de l’automne, les algues, la brume et le parfum, mêlant sensualité et mélancolie.
Des citations comme « Viens, je t’entraînerai jusqu’au lit du flot clair » ou « J’ai brûlé de baisers les pieds blancs de la Mort » révèlent une fascination pour l’occulte et l’union avec l’infini. Publié en 1901, ce recueil marque l’originalité poétique de Vivien, oscillant entre mysticisme et sensualité.
Citations de Évocations (Renée Vivien)
“ La langueur que verse le soir... Pour toi je mêle, ô ma Maîtresse, La rose rose à l’iris noir. Tes yeux ont des lueurs mystiques Comme la lune sur les flots... Que nous importent les musiques Où ne vibrent point les sanglots ? L’ardeur de vivre m’abandonne Vers la nuit... mais je garde encor Le reflet du soleil d’automne Sur tes cheveux de pourpre et d’or. CORINNE TRIOMPHANTE Ivre du vin des chants ainsi qu’une Bacchante, Elle a loué la terre et les Dieux tour à tour, La femme aux yeux d’amant, Corinne triomphante. ”
“ Des montagnes, les fjords aux eaux froides, l’hiver, Les roches et la brume où flottent les fantômes... Le Vent du Nord s’éveille au profond de l’éther : L’odeur de l’Océan est son baiser amer. Voici que s’affranchit et roule dans l’espace Le Vent du Nord, l’Esprit glorieux de l’Hiver... Et, magnifiquement ivres de l’Air qui passe, Affermissant leur vol pour la lutte et l’effort, Les mouettes s’en vont vers la mer, vers le Nord... CHANSON Du ciel poli comme un miroir Pleuvent les langueurs enflammées, Et nous suivons, au cœur du soir, L’irréel essor des fumées. ”
