“ Mais, encore une fois, il y a, dans les Martyrs, le combat des Francs, et il y a Velléda. Il y a Chateaubriand lui-même et la plus rare fleur de son sang. Chactas, René, Eudore, c'est lui; Atala, Amélie, Velléda, c'est elle. Il ne s'intéresse violemment,—et assez pour leur donner la vie par des mots,—qu'aux images de son propre cœur, ou des cœurs qu'il a troublés. Velléda vit, parce qu'elle est sa grande aventure passionnelle; Cymodocée vit, parce qu'elle est son paganisme habillé en vierge. ”
Velléda
Définition et enjeux
Citations sur “Velléda”
Marie-Joseph Dourlens, M. de Châteaubriand et extraits de ses oeuvres… (1884)
“ Comme une moissonneuse qui a fini son ouvrage, et qui s'endort fatiguée au bout du sillon, Velléda s'affaisse sur le char ; la faucille d'or échappe à sa main défaillante, et sa tête se penche doucement sur son épaule. ”
Marc Trapadoux,
L'Oeuvre de M. Cordier, galerie anthropologique et ethnographique pour servir à l'histoire des races…
(1860)
“ C'est ainsi que l'on aime à se représenter l'antique Velléda, l'œil inspiré, le front puissant, la bouche volontaire, les lèvres frémissantes. Quand l'on contemple ces traits à la fois purs, fins et hardis, cette physionomie, mélange adorable de raison, de grâce et de passion, l'on comprend l'esprit et les vertus de nos ancêtres. ”
“ Il les épie, assiste à la scène du complot dans la forêt, exige que Velléda et son père Ségenax lui soient livrés comme otages. Or, la belle captive aime son maître, qui finit par céder à ce hardi et frémissant amour. « Je tombe, dit Eudore, aux pieds de Velléda... L’enfer donne le signal de cet hymen funeste ; les esprits des ténèbres hurlent dans l’abîme, les chastes épouses des patriarches détournent la tête, et mon ange protecteur, se voilant de ses ailes, remonte vers les cieux. » ”
Maxime Du Camp,
Les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1855…
(1855)
“ Velléda est debout, appuyant sur sa main sa tête couronnée de fougère; à son côté pend la faucille sacrée. Mordue au cœur par un amour indomptable, la prêtresse semble absorbée dans des rêveries profondes comme l'infini; elle pense à cet Eudore qu'elle aime et qui la dédaigne. « Je n'ai jamais aperçu au coin d'un bois la hutte roulante d'un berger, sans songer qu'elle me suffirait avec toi. Plus heureux que ces Scythes dont les druides m'ont conté l'histoire, nous promènerions aujourd'hui notre cabane de solitude en solitude, et notre demeure ne tiendrait pas plus à la terre que notre vie. » ”
Georges Laisney, Du raz Blanchard aux vaux de Vire (1937)
“ Velléda, frémissante de désespoir et de mépris, se réfugia dans sa grotte au milieu des rochers. Ceux qui avaient cru en elle la raillaient de n'avoir pas su les mener à la victoire et lui reprochaient leur propre faiblesse ; elle vécut dans la détresse et l'abandon. On vit encore, parfois, sa robe blanche passer dans les clairières, sa silhouette frêle se dresser au sommet des rocs... ”
Th. Loriot, Sainte Soline ou Les premiers martyrs de l'église de Chartres (1884)
“ Velléda était venue dans l'antique cité, sanctuaire du Druidisme. En proie à l'agitation, elle voulait recueillir les oracles des dieux sur les destinées de son pays, enflammer des feux brûlants de sa parole des courages attiédis par des revers encore récents. Dans un immense cri de guerre contre Rome, elle voulait envelopper à la fois le Germain et le Gaulois, allumer l'incendie de la rébellion depuis les pays du Batave 1 ou l'astre géant se lève dans les frimas, jusqu'aux rivages de l'Arverne2 et aux flots de l'Océan, où son disque rayonnant disparaît dans les ondes mugissantes. ”
Louise Alquié de Rieupeyroux, Anthologie féminine
“ Elle aborde enfin le poème épique et nous laisse Siruensée, Velléda, poèmes divisés en douze chants. Ses poésies sont semées de pensées heureuses. L’autan, qui détruit tout quand il s’élève et gronde, À l’arbre de l’amour ne prend pas une fleur. ”
“ Eudore, c'est Chateaubriand lui-même: «... Mon âme était encore tout affaiblie par ma première insouciance et mes criminelles habitudes; je trouvais même dans les anciens doutes de mon esprit et la mollesse de mes sentiments un certain charme qui m'arrêtait: mes passions étaient comme des femmes séduisantes qui m'enchaînaient par leurs caresses.»Velléda est orgueilleuse, passionnée, possédée, mystérieuse, héroïque et faible. ”
Philibert Audebrand,
Le Drame de la Sauvagère, par Philibert Audebrand
(1874)
“ Clémence croyait très sincèrement qu'une femme ne vient au monde que pour aimer et pour être aimée. La tête couronnée de ses magnifiques cheveux d'un blond qui tirait légèrement sur le roux, la figure illuminée de deux grands yeux fendus en amande, une bouche d'un rose de grenade qui ne souriait que lorsqu'il y avait quelque point d'arrêt dans l'essor de sa rêverie, elle aurait pu rappeler Velléda, mais Velléda sans emportements mystiques. Si bien formée qu'elle fût pour vivre d'idées et de rêves, elle tenait cependant à appliquer l'attache de sa pensée à des tendresses terrestres. ”
George Sand,
Œuvres illustrées de George Sand…
“ La véritable beauté est toujours chaste et inspire un respect involontaire. L’Anglais n’était pas d’humeur à s’en départir, et ses deux étourdis compagnons en subirent l’ascendant irrésistible. — Ma foi, ce n’est pas Lisette, c’est Velléda, dit Marsillat en baissant la voix par un sentiment instinctif. — Et pourquoi Lisette ne serait-il pas beau comme Velléda, demanda sir Arthur. — Va pour Velléda, va pour Lisette ! répondit Marsillat ; si j’étais peintre, je voudrais croquer cette divine créature... ”
André Beaunier,
Revue littéraire - Un grand initié
“ C’est bien tentant ; car Velléda aime Celtil. Mais la dernière prophétesse de la Gaule ne peut renoncer à sa mission ; par ses baisers coupables se romprait « le lien fragile qui joint le ciel à la terre. » Enfin : « Je t’aime, mais je ne puis te suivre, Celtil ! » Celtil est un garçon fougueux, et qui se fâche, et qui se vante sans délicatesse de l’intérêt qu’il a su inspirer à Hédonia Tarquinia. Velléda le repousse. Il part pour le royaume de la nuit : « Orgueilleuse druidesse, adieu ! » ”
Eugène de Margerie,
Scènes de la vie chrétienne. Série 1
(1859-1860)
“ On y sent cependant une plume qui est plus familiarisée avec le génie qu'avec l'esprit du christianisme; — et l'épisode de Velléda demeure comme une pierre d'achoppement, comme un détail qui, au point de vue de l'effet moral de l'œuvre, gâte tout l'ensemble. On dirait une de ces galeries dont presque toutes les toiles, dues au pinceau des grands maîtres chrétiens, doivent non-seulement enchanter nos yeux, mais parler à notre âme le langage de la foi. ”
Armand Praviel,
Le Roman conjugal de Monsieur Valmore
(1936)
“ Quand je pense que j’ai mis en rivalité avec cet Eden, découvert par Chateaubriand et plus poétique que Velléda et René, un pays d’ornières raboteuses, où ne peuvent être en paix ni les rêveries ni les bottes, où chacune de vos semelles déplace un arpent du terrain d’autrui ! Évidemment, il n’était pas homme à vivre en province. ”
Lucie Félix-Faure-Goyau,
La vie et la mort des fées
“ Velléda ne gardera pas longtemps ses cheveux noués à la grecque. « Dans ce moment, un char paraît à l’extrémité de la plaine ; penchée sur les coursiers, une femme échevelée excite leur ardeur et semble vouloir leur donner des ailes... » La muse romantique est échevelée. Velléda est une sœur de Morgane, et Chateaubriand appartient à la race de Merlin, car il sait user comme lui des prestiges. Sa nature de Celte a dû l’attirer toujours vers les fées, et n’en était-ce point une que la sylphide des bois de Combourg, voisins de la forêt de Brocéliande ? ”
Juliette Adam,
Mes premières armes littéraires et politiques
“ « Elle me ferait oublier ma Selika ! Je suis trop vieux pour devenir amoureux d’une figure nouvelle, même en art. Je ne veux plus voir cette femme. » — Retrouvons-le, dis-je, il faut qu’il ressuscite Velléda. » Meyerbeer avait disparu. Durant des mois, tous les matins, je reçus un petit bouquet de violettes, le premier accompagné de ces simples mots : « Souvenir ému à Velléda. — Meyerbeer. » Plus tard il m’envoya une loge pour la première représentation du Pardon de Ploërmel, mais je ne le revis jamais. ”
Maxime Du Camp,
Les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1855…
(1855)
“ Il y a seize ans déjà on était si las de ces vieilleries sans cesse rapetassées, qu'on accueillit avec joie, comme un gage pour l'avenir, la Vellèda de M. Maindron. En effet, par ses allures indépendantes, cette statue sortait du cercle étroit de la sculpture officielle patronée par l'Institut. L'attitude méditative, le visage si tristement pensif, l'expression, en un mot, de la druidesse était chose nouvelle et prouvait qu'entre les mains d'un homme intelligent la statuaire pouvait facilement arriver à traduire un sentiment humain, au lieu de ne représenter que des gestes. ”
Auguste Bertout, Fleurs cueillies sur l'éternel chemin… (1898)
“ Il est si doux de voir égorger son semblable ! On passe du taureau mort à coups d'espada, A l'autre boucherie un peu plus agréable Pour tuer sur l'autel nous prendrons Velléda. Ces plaisirs raffinés vont bien aux belles âmes ; On ne peut trop louer la grande nation Où nobles et vilains, demoiselles et dames Etalent au grand jour si fière passion ! Tout peuple en vieillissant tombe à la décadence. Pauvre France ! ton tour est, aujourd'hui, venu, Tes vices pèsent trop dans la juste balance Et le Ciel te prépare un destin inconnu. ”
Charles Le Goffic,
L’Âme bretonne
“ Chateaubriand en avait fait une Armoricaine ; M. Schuré en fait une Irlandaise. La véritable Velléda, qui ne nous est connue que par un texte de Tacite, était une Germaine, et nous ne sommes même pas sûrs que Velléda fût son nom. Le mot uedela, d’où l’on a tiré Velléda et qui signifie sublimité, a toutes les apparences d’un attribut. ”
Th. Loriot, Sainte Soline ou Les premiers martyrs de l'église de Chartres (1884)
“ Velléda de la douce lumière de la vérité, et » répandre ses bienfaisants rayons sur la belle » Germanie tout entière ! » A ces mots, la jeune vierge quitta la tente de la grande prêtresse. Velléda, rendue à ellemême et à ses pensées, ne savait ce qu'elle devait le plus admirer de la vivacité des convictions de l'ardente chrétienne ou de la sérénité limpide de son regard. Puis, retombant de tout le poids de son trouble dans l'abîme de ses perplexités, elle se prenait à réfléchir sur cette doctrine étrange et sur ses partisans. « Qui peut leur inspirer une vie si pure? se » disait-elle. ”
Eugène Chapus,
Le sport à Paris : ouvrage contenant le turf…
(1854)
“ Avant l'Eva brillait la Velléda, qui est à Neuilly : ce sont aujourd'hui les deux reines de la Seine. Cette dernière appartient à une société de jeunes gens qui attestent par leur habileté à quel point, ainsi que nous le disions tout à l'heure, l'aptitude du Parisien est instinctivement portée vers les exercices nautiques : il ne lui faut que les encouragements de l'opinion pour prendre son essor. Cet équipage célèbre de la Velléda se compose de MM. Bardon, Bernardelle, Young frères et Armet, célèbre par des exploits nombreux dans les courses. ”
Marcel Jouhandeau,
La Nouvelle Revue Française
“ Dès qu’il sent la voie s’étrécir, il recule, il revient à son thème premier. L’amante-mère se transforme en éternelle Hélène, la jeune épouse en éternelle Velléda. Quant à l’ephèbe blessé, il redevient l’homme. ”
Jules Claretie,
Histoires cousues de fil blanc
(1866)
“ Presque toujours les femmes affectent des poses sculpturales, se croient transformées en Jeanne Darc, en héroïnes, et, les yeux en extase, les cheveux épars, elles regardent le ciel. L'une se croit Velléda, l'autre Cléopâtre ; elles ont des attitudes de prophétesses et restent là, immobiles. Une grande dame garde encore l'instinct d'approcher des chaises quand on entre dans sa cellule, comme au temps où elle recevait des visites. Les femmes, à Charenton, sont moins nombreuses que les hommes. ”
Henri de Régnier,
Escales en Méditerranée
“ Maintenant, ô Magicien, l’instant est venu de renoncer à la fiction véridique par laquelle j’ai revécu simultanément tant de belles heures juxtaposées. Celle du retour approche. Le yacht imaginaire qui m’a porté en cette croisière du souvenir est à l’ancre, et ton geste, ô Magicien, va dissiper son blanc fantôme, mais à sa place voici que s’offrent à moi le blanc Velleda et le blanc Nirvana. ”
Bibliothèque nationale, Chateaubriand le voyageur et l'homme politique… (1969)
“ LES MARTYRS 85 représentant la prêtresse « suspendant ses accords pour écouter si celui qu'elle aime ne vient pas » (n° 821) , et Buffet une autre (n° 150) , représentant Eudore saisissant Velléda quand elle va se précipiter dans les flots. Une Velléda sur son bateau par Lafond figure au Salon de 1814 (repr. dans les Annales du Musée, 1814, p. 28, pl. 16) . Une prêtresse druide improvisant au son de sa harpe, par Horace Vernet, avait figuré au Salon de 1819 (n° 1163) . 263. Le Pape saint Marcellin excommunie Eudore, par François-Marius Granet. ”
Paul Verlaine,
Poèmes saturniens
(1866)
“ Ayant poussé la porte étroite qui chancelle , Je me suis promené dans le petit jardin Qu' éclairait doucement le soleil du matin , Pailletant chaque fleur d' une humide étincelle . Rien n' a changé . J' ai tout revu : l' humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin ... Le jet d' eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle . Les roses comme avant palpitent ; comme avant , Les grands lys orgueilleux se balancent au vent . Chaque alouette qui va et vient m' est connue . Même j' ai retrouvé debout la Velléda Dont le plâtre s' écaille au bout de l' avenue , – ”
L'album de l'exposition illustrée… (1867)
“ Ils la traitent avec un grand respect, lui reconnaissant je ne sais quoi de saint et de prophétique, -sanctmn aliquid el providum.—Ils aiment à écouter ses conseils, et, sous Vespasien, nous avons vu Velléda honorée comme une divinité. Ils sont monogames, et l'adultère est un crime très rare dans une nation si nombreuse. ”
Charles Du Boishamon, Chateaubriand : souvenirs intimes (1875)
“ « A l'extrémité d'une côte dangereuse, sur une » grève où croissent à peine quelques herbes dans » un sable stérile, s'élève une longue suite de pierres » druidiques, semblables à ce tombeau où j'avais » jadis rencontré Velléda. ”
Karl Théodore Hanotaux, Garçons & filles, leur éducation physique… (1885)
“ Quelques-unes de celles-ci peuvent être douées exceptionnellement, et se senti r la force de servir leur pays à la façon des hommes. Mais nous les renvoyons à l'école de la nature, les suppliant de considérer que les exceptions n'ont jamais été la règle, que les Vellédas ont été rares partout, même dans l'antique Germanie ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Une vieille maîtresse
(1851)
“ Le passé, ce dieu de ma vie, m’a pris à poignées les entrailles de mon être et ne les lâche plus ! Voilà pourquoi je suis venu, Vellini. J’ai ouï dire que, dans les batailles, quand les chevaux de noble race sont légèrement blessés au poitrail par les baïonnettes, un incompréhensible attrait de douleur les pousse à se précipiter plus avant sur les dards coupants où leur sang coule, et à s’enferrer jusqu’au cœur. Un mouvement pareil me pousse à toi, Vellini, depuis le jour où je t’ai revue. Tous nos souvenirs dormaient en moi sous les souffles placides et tout-puissants d’Hermangarde. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Une vieille maîtresse
(1851)
“ Eh bien, si tu m’as jamais aimé, Vellini, tu ne veux pas que Ryno de Marigny se méprise, et il se mépriserait s’il pouvait cesser un instant d’être le mari fidèle d’Hermangarde. Ta venue dans ce pays ; cette nuit, ces cris ; cette confiance aveugle qu’il y a un lien entre nous que rien ne peut rompre, qui n’est pas l’amour, quand l’amour existe dans mon cœur pour une autre femme que toi, Vellini, ce sont des folies, de grandes et vaines folies dont il ne m’est plus permis de partager le délire. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Une vieille maîtresse
(1851)
“ Va ! ta Vellini n’est point méchante. Elle ne veut point t’arracher l’amour d’Hermangarde. Elle ne veut que toi, par moments, toi ici, dans l’obscurité, sans qu’aucun être vivant le sache, ni Hermangarde, ni le monde, ni personne ! Que ta femme, Ryno, puisqu’elle est ta femme, ait ton amour et garde son bonheur, mais moi, que je t’aie ! que le passé revienne se poser entre nous, chaque nuit ou chaque jour, pour une heure ! Cela sera assez pour Vellini. ”
Jules Barbey d’Aurevilly,
Une vieille maîtresse
(1851)
“ Vellini, terrible enfant, — dit-il, en les lui abandonnant d’abord et en les lui retirant, quand elle les eut passés autour de son cou, — tu as ta magie, mais moi, j’ai mon amour ! — Tu as de mon sang dans le tien ! — lui répondit-elle, revenante l’idée fixe qui régnait sur sa tête, incoercible à la raison, — voilà ma magie ! Voilà ce que tu ne pourras jamais ôter de tes veines, quand tu les verserais, quand tu les épuiserais dans le cœur de ton Hermangarde ! Ah ! Ryno, que me fait ton amour ? Nous sommes unis, nous, comme l’enfant l’est à la mère pour avoir partagé le sang de ses entrailles. ”
