Jules Barbey d’Aurevilly

Jules Barbey d’Aurevilly

Résumé

Portrait de Jules Barbey d’Aurevilly Jules Barbey d’Aurevilly Une vieille maîtresse (1851)

Ah ! chère mère, notre intimité est finie ! Le mariage n’a plus entre nous de signification divine ! Il n’est plus cette union profonde de deux cœurs transfondus, comme il l’a été pendant six mois ! Rien n’est changé, à ce qu’il semble, entre elle et moi, et cependant tout est changé ! Nous nous aimons toujours, mais dans cette vie que mes torts et ses sentiments outragés nous ont faite, l’amour n’est qu’un malheur de plus. Qu’est devenu ce vieux manoir de Carteret, ce nid d’Alcyon, que vous aviez placé dans la dot de votre fille pour en abriter le bonheur ?
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Portrait de Jules Barbey d’Aurevilly Jules Barbey d’Aurevilly Une vieille maîtresse (1851)

Ryno, à son : j’ai cru vous voir, — parole qui tomba doucement de ses lèvres, comme une goutte de sang d’une plaie qui commence à saigner, — Ryno comprit qu’elle l’avait vu, et si elle l’avait vu, elle avait vu Vellini. Il resta muet, comme un homme pris entre deux dangers. Mentir eût été inutile. Dire vrai, dire tout, c’eût été jeter dans l’âme d’Hermangarde des appréhensions bien plus cruelles, bien plus redoutables que celles qui y germaient déjà. D’ailleurs, il est, dans le passé des hommes, de ces confidences qu’un mari qui a l’âme élevée ne peut jamais faire à sa femme.
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Portrait de Jules Barbey d’Aurevilly Jules Barbey d’Aurevilly Une vieille maîtresse (1851)

Avec quelle ardeur je le cherchai dans ses regards et sur ses lèvres ! Si elle priait, elle n’avait donc pas l’âme inerte, répulsive, inaccessible ! Un jour elle pourrait m’aimer !... Mais elle ne priait pas. Sa lèvre rouge et presque féroce était immobile. Son œil, qu’aucune sensation n’animait, noir et épais comme du bitume, était fixé, dans une espèce de stupeur qui était, à elle, sa rêverie, sur les cierges qui brûlaient et se fondaient vite à la chaleur de leur propre flamme et à celle d’un soleil d’été qui avait longtemps frappé la fenêtre incendiée de cette chapelle, placée au couchant.
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