“ Suzanne ne lui accorda pas plus d’attention que s’il n’avait pas été là. À la dérobée, il l’examina et crut remarquer qu’elle était distraite, rêveuse. Sa pensée était ailleurs. Où ? Il ne le savait que trop. Elle accompagnait, l’autre ; elle le suivait à Montréal. N’avait-il pas vu, lui aussi, dans le journal, le résultat des élections universitaires, et aperçu dans le coin de l’actualité le portrait de Fabien Picard. Comme un ver s’attaque au cœur d’un fruit, la jalousie s’implantait en lui, et cruellement d’une morsure lente et tenace lui rongeait son propre cœur. ”
Ubald Paquin
Résumé
"Le mirage" d'Ubald Paquin explore les tensions émotionnelles et les conflits familiaux à travers les destins de personnages comme Fabien, Suzanne et Lucille. Roman introspectif, il mêle amour, jalousie et quête d'identité, illustré par des dialogues percutants et des descriptions poétiques.
Les thèmes de la nature humaine, des liens familiaux fragiles et des aspirations contradictoires traversent l'œuvre, reflétant un Québec rural en pleine transformation. La structure narrative, oscillant entre intimité et réalisme, souligne la complexité des relations humaines.
Citations de Le mirage (Ubald Paquin)
“ Le rêve caressé depuis tant d’années s’écroulait, lamentablement. Il se vit seul sur la terre abandonnée, son fils aîné établi à Jeanville et l’autre... l’autre... Quel plaisir aura-t-il à vivre désormais ! L’ivresse ne reviendra plus du travail dur accompli dans la joie parce que la pensée le soutenait de l’œuvre édifié d’un patrimoine prospère, repris et continué, augmenté et enrichi par son fils le plus aimé. Une tristesse lourde l’envahissait, chassant la colère. Elle lui noyait le cœur... Il se reprochait de n’avoir pas fait à Fabien la vie aussi large que possible. ”
“ Dans le canot, Lucille s’était assise au milieu, face à Fabien qui se tenait à l’arrière. Le lac était calme, pailleté de lames d’argent que les avirons déchiraient, quand ils plongeaient dans l’eau. La plage disparaissait encombrée de baigneurs, et, de loin, ces silhouettes noires, bleues, rouges ou vertes, selon la nuance du costume de bain et qui se détachaient sur le jaune du sable ou le gris brillant de l’eau, formaient une immense palette où les couleurs se déplaçaient d’elles-mêmes pour se mêler et se fondre en se perdant. Fabien ne parlait pas. ”
