“ En arrivant à son appartement, situé dans l’une des maisons les plus luxueuses de la rue Sherbrooke, Victor Duval s’enferma dans son cabinet de travail. Il s’installa confortablement dans un fauteuil, et, les yeux clos, savoura quelques instants, la volupté intense du triomphe. C’était l’apothéose d’une vie de labeur écoulée dans l’action, l’action violente et frénétique. Il s’était jeté dans la mêlée avec une opiniâtreté qui lui avait valu son surnom de « lutteur ». Pour lui, la lutte, c’était sa raison d’être, l’essence même de sa vie. ”
Ubald Paquin
Résumé
Ubald Paquin, dans Le lutteur, explore la tension entre ambition et vulnérabilité à travers le personnage de Victor Duval, un financier de Québec dont la vie de combat physique et sociale entre en conflit avec des émotions maîtrisées. Les thèmes de l’amour passionné, de la lutte intérieure et de la solitude traversent l’œuvre, illustrés par des rapports tendus avec Germaine et Pierrette.
Les descriptions poétiques des lèvres, des yeux et des paysages urbains reflètent un spleen moderne, tandis que les scènes de conflits intimes et sociaux soulignent la fragilité cachée derrière l’apparence de force. Publié dans un contexte québécois, le roman mêle le destin individuel à des enjeux collectifs, tels que le rôle de la ville et des classes sociales.
Citations de Le lutteur (Ubald Paquin)
“ Un désir lui vint de poser ses lèvres sur ses lèvres, dont à certaines heures il avait la hantise. Mais comme il se pencha, une image s’interposa entre Germaine et lui. Il vit l’ovale pur du visage où les yeux caressants mettaient de la tendresse ; et foudroyante, subite, le laissant interdit, il eut la révélation en lui d’un amour nouveau, d’un amour où entrait beaucoup de douceur. Et voilà que Pierrette le regardait et ses yeux étaient chargés de reproches. Germaine était remise. Elle avait l’air triste d’une biche traquée. L’orgueil de Victor Duval était satisfait. ”
“ Un cocher expliquait à deux touristes ce qu’il est nécessaire d’apprendre au touriste quand il voyage en touriste. C’était l’heure du crépuscule. L’air fraîchissait. Victor Duval s’appuya des deux mains aux remparts de pierre. Il regarda la ville où déjà dans les rues les lumières électriques s’allumaient aux poteaux. Par delà le fleuve, une traînée rouge subsistait au firmament dans la direction du lac St-Louis. On pouvait encore distinguer, bien que flous dans la pénombre qui les gagnait, les mille aspects de la ville aux « clochers dans la verdure ». Mais la verdure n’y était plus. ”
