“ Mais, en dépit de tout, le nombre des petits capitalistes, des commis, des artisans et des gens d’affaires de toute espèce, qui sont allés à Manitoba, est considérable, et la plupart ont prospéré, soit à Winnipeg, qui se peuple avec une rapidité merveilleuse, ou soit à Saint-Boniface, à Emerson, à Selkirk, à Sainte-Anne, à la Baie-Saint-Paul, à Saint-Jean-Baptiste, à Saint-Norbert, à Saint-François-Xavier, au Portage-la-Prairie, etc., etc. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même absolument. De grandes entreprises publiques se poursuivent et donnent de l’emploi à une foule de personnes. ”
Élie Tassé
Résumé
“Le Nord-Ouest”, est une œuvre de Élie Tassé. Des thèmes tels que Manitoba, Nord-Ouest ou acre y sont abordés.
Citations de Le Nord-Ouest (Élie Tassé)
“ Demandez-leur, enfin, s’ils n’aiment pas mieux retirer du sol le pain qui nourrit leur famille, dont la santé se ranime au souffle vivifiant de la prairie et loin de l’atmosphère empestée de la fabrique. Presque tous vous répondront que la vie dont ils jouissent à Manitoba est mille fois préférable à l’existence, si souvent pénible, qu’ils traînaient à l’étranger. Nous disons presque tous ; car il n’est pas possible d’imaginer un coin du globe — fût-il le plus beau, le plus fertile, le plus largement doué par la nature — qui convienne à tout le monde indistinctement. ”
“ En songeant à ce qui s’est accompli dans la courte période écoulée depuis l’entrée du Nord-Ouest dans la confédération, il y a dix ans, l’on s’étonne d’un isolement qui paraissait défier la civilisation. Nous ne voulons pas nous attarder ici à rechercher les causes diverses qui ont empêché l’industrie humaine de pénétrer dans ces solitudes et d’y exercer plus tôt son activité. ”
“ À ceux qui repartent d’ici et qui méprisent Manitoba, nous n’avons qu’une réponse à faire. La terre promise valait sans doute mieux que l’esclavage dur et pénible que les Égyptiens faisaient peser sur les Israélites. Combien, cependant, de ces derniers regrettaient l’Égypte à cause du voyage à travers le désert ! De même ces Canadiens se laissent décourager à raison du travail quelque peu pénible de quelques années avant de devenir, comme nous le sommes, maîtres et indépendants, pouvant, avec un travail aisé, vivre dans l’abondance de toutes les choses nécessaires. ”
“ La province de Manitoba est située entre les 49ème et 50.2ème parallèles de latitude septentrionale, et les 96ème et 99ème de longitude occidentale ; c’est-à dire à peu près au centre de l’Amérique Britannique du Nord et à mi-chemin entre les deux océans. Comparé à l’immense étendue du territoire du Nord-Ouest, Manitoba n’est, on le voit, qu’un carré de terre fort rétréci. De fait, sa superficie n’est que d’un peu plus de 9 millions d’acres, et la distance, du nord au sud et de l’est à l’ouest, est de cent et quelques milles. ”
“ D’abord, l’accès des terres, dans les territoires du Nord-Ouest, a été virtuellement interdit aux personnes qui se proposent de s’établir comme colons. Sur une distance de plusieurs milles, de chaque côté de la ligne du chemin du Pacifique, le prix de l’acre est fixé au chiffre élevé de six dollars. Plus en arrière de ce seul débouché, elles coûtent cinq, quatre et trois dollars l’acre. À moins de se rendre dans la solitude la plus éloignée, à cent dix milles de toute issue et de toute ligne de transport, le colon ne peut se procurer des terres qu’en les payant le double de leur valeur. ”
“ Encore une fois, c’est le travail qui, à Manitoba comme ailleurs, conquiert la fortune. Les richesses naturelles du sol rendent plus féconde, il est vrai, l’application de la loi universelle, qui condamne l’homme à gagner son pain à la sueur de son front, mais le principe reste au fond le même. Qu’on ne l’oublie pas. Bien que l’on ne puisse avoir raison de suspecter notre franchise et notre véracité, nous avons cru devoir publier deux lettres que nous ont adressées plusieurs de nos compatriotes de Saint-Boniface, de Saint Jean-Baptiste, de Saint-Joseph et de Saint-Pie. ”
“ Il n’en est pas de plus fertile et de plus favorable. Le maïs croit partout ; on le plante vers le 1er juin, et il est mûr à la fin d’août ; j’en dirai de même du blé, qu’on récolte trois mois après l’avoir semé ; un foin d’une qualité supérieure couvre des milliers d’hectares ; les plantes potagères, en usage au Canada, se développent avec une vigueur peu commune sur les bords de la rivière-Rouge et de l’Assiniboine. Tout est réuni pour faire de la colonie un centre de production sans égal. ”
“ Le gouvernement afferme des terres à foin de 40 acres, ainsi que des pâturages, pour faciliter, sans doute, l’élève des animaux — exploitation qui deviendra, bientôt, l’une des plus importantes. Qui a foin a pain, dit le proverbe, et c’est vrai, puisque, dit-on, le foin des prairies naturelles et artificielles, ce n’est pas seulement du pain, mais aussi de la viande, du lait, de la laine et du travail. Le rendement du foin est de 3, 4 et 5 tonnes l’acre. ”
“ Au Nord-Ouest, l’on entasse généralement en meules, dans la prairie ou près des habitations, le foin et le grain. Or, à l’automne, il y a presque toujours des feux de prairies, et le colon ne saurait, en conséquence, prendre trop de précautions pour soustraire sa récolte aux atteintes de l’élément destructeur. Les lois locales sont fort sévères sur ce point ; elles punissent celui qui met le feu, de même qu’elles obligent le citoyen à prendre certaines mesures pour protéger sa propriété. ”
“ À l’appui de ces observations qui s’appliquent au Nord-Ouest canadien avec plus de force, croyons-nous, qu’aux autres pays, il serait facile de citer une foule d’exemples. Nombre de nos nationaux qui n’avaient, de fait, rien ou presque rien à leur arrivée à Manitoba, ont déjà acquis une honnête aisance. La plupart sont aujourd’hui les propriétaires de belles et grandes fermes, dans les townships qui leur furent réservés, ou dans les paroisses situées le long des rivières, et les autres exercent leur industrie dans les villages et les villes — à Winnipeg, à Saint-Boniface et ailleurs. ”
“ Mais il faut observer que 80 acres ici produisent autant que 120 acres là-bas ; que la culture d’un acre coûte $8, d’après M. Dalrymple, qui emploie tous les instruments les plus perfectionnés ; et qu’ayant 40 acres de moins à cultiver, le cultivateur du Manitoba économisera trois cent vingt dollars par année. Ainsi donc, le colon de Manitoba qui prend une terre, en conformité aux règlements du gouvernement actuel, se trouve infiniment mieux que le colon qui prend une concession ou achète un droit de préemption d’après les lois du Dakota. ”
“ « Je ne soutiens pas obstinément l’exactitude d’une délimitation faite à la hâte des bornes de cette région fertile, au sud et au nord. J’y renoncerais volontiers si j’étais sûr, à mon tour, que la conclusion suivante du Pioneer Press est exacte : « Dans le territoire de la Baie-d’Hudson, en dehors des anciennes provinces, 200,000,000 d’acres de terre sont propres à la culture du blé. » Pareille admission justifie pleinement la construction d’un chemin de fer sur lequel, dans dix ans, la locomotive franchirait 1200 milles de plus à partir de son point d’arrêt actuel sur la rivière-Rouge. ”
“ On ne parle, dans la presse et ailleurs, que de l’incomparable fertilité de son sol, de ses ressources inépuisables et de l’avenir qui lui est réservé. Après un séjour de cinq années à Manitoba, il nous sera sans doute bien permis de dire que l’on n’a rien exagéré, à notre avis du moins. L’avenir est au Nord-Ouest ! ”
“ Il est évidemment bien mieux de prendre un homestead dans un pays aussi riche et aussi productif, que d’acheter des terres des compagnies de chemins de fer dans le Dakota, le Nebraska ou le Kansas, à raison de $3.00 à $10.00 l’acre. Je ne connais pas de pays qui offre autant d’avantages au pauvre homme, de même qu’aux capitalistes et aux manufacturiers. ”
“ Supposant que le colon puisse obtenir une terre, au Minnesota et au Dakota, à environ 25 milles du chemin de fer — ce qui, me dit-on, est la distance la plus rapprochée à laquelle on puisse obtenir des concessions — et qu’il paie $6 l’acre, à 5 milles du chemin de fer, ici, dans deux ans, il récoltera une moyenne de 18 minots par acre de plus qu’au Minnesota ou au Dakota, ce qui paiera sa terre, et au delà, et lui assurera une bonne propriété. ”
“ Dans cette propagande dont il faut se méfier, la fin justifie les moyens. Pourvu que l’exploitation rapporte des bénéfices, tout est bien ; et nous pourrions ajouter : tout est là. Les grands spéculateurs, les compagnies de chemins de fer qui possèdent d’immenses étendues de terres aux États-Unis, ont à leur service de ces colporteurs de mensonges qui ne craignent pas de ruiner l’avenir d’une famille pour gagner leur salaire et enrichir le patron. Comme il est facile de les reconnaître, nos nationaux, qui sont avertis, devront traiter leurs avances comme elles le méritent. ”
“ Au Canada, il suffit, on le sait, d’être âgé de 18 ans et d’occuper et de cultiver sa terre durant trois ans, pour avoir droit à une patente. Où se trouve, ici, la supériorité des avantages ? Chez nos voisins — dans le Minnesota, le Dakota, etc. — il n’y a que deux prix pour les terres appartenant au gouvernement, c’est-à-dire $2.50 l’acre pour celles qui se trouvent dans les limites des réserves affectées aux chemins de fer, et $1.25 l’acre pour les lots ordinaires. Il faut payer, en outre, dans un espace de temps beaucoup plus restreint qu’à Manitoba. ”
“ Imaginons, pour un instant, ces immenses territoires habités par des millions de producteurs et de consommateurs ; de florissantes villes s’élevant çà et là, dans la plaine traversée par des chemins de fer, le long des cours d’eau ou des lacs reliés ensemble par des canaux ; le commerce et l’industrie activés et soutenus par une production agricole énorme ”
“ Il est bon de rappeler ici que la latitude de Toronto est de 44 degrés ; celle de Saint-Paul, 45 ; de Winnipeg, 49 ; de Battleford, 53. Cette dernière localité est située sur la rivière Saskatchewan, au confluent de la rivière Bataille, et c’est la capitale des Territoires du Nord-Ouest du Canada ; c’est ainsi qu’on désigne, géographiquement et politiquement, le vaste territoire qui s’étend de l’ouest de Manitoba (longitude de 99 degrés) aux Montagnes Rocheuses. ”
“ La masse des émigrants appartient à la classe agricole. On comprend que, dans un pays neuf comme Manitoba, le travail — excepté celui de la ferme — ne saurait occuper une multitude de bras. En 1876, tout était encore à créer, pour ainsi dire, dans le domaine de l’industrie, et cette organisation du capital et du travail ne s’opère ni en un jour ni en une année. ”
“ Nous trouvons ainsi que le cultivateur de Manitoba a un avantage de 71⁄2 centins sur le colon du Dakota, qui, en prenant 25 minots pour moyenne de production, donne un profit annuel de $1.88 sur le produit exporté de chaque arpent de terre. En dix ans, la période qu’il lui faut pour payer sa terre, il gagne, à Manitoba, $18.80 de plus que le cultivateur du Dakota sur le fret seulement, ce qui équivaut au produit de neuf minots de plus par acre. On dira que les cultivateurs du Dakota profiteront du bas prix de notre transport et enverront leur blé par notre ligne. ”
“ Que nos compatriotes ne prêtent pas l’oreille aux exagérations ou aux mensonges qu’on voudra leur débiter ; qu’ils poursuivent leur chemin sans se préoccuper du mal que l’on pourra dire de nos territoires. Personne, à coup sûr, n’est assez naïf pour penser qu’un homme qui vous guette ainsi au passage n’a d’autre motif que celui de se rendre utile ou agréable. ”
“ « Comme la valeur des terres dépend de celle de leurs produits, nous ne pouvons arriver à une juste évaluation et donner une idée exacte de la valeur des terres qu’en les comparant aux terres avoisinantes du Minnesota et du Dakota. MM Howard, White, Crowell et Cie., éditeurs du Daily Commercial Bulletin, de Chicago, en évaluant la récolte des États-Unis, s’expriment ainsi : « Le rendement moyen de la récolte, dans le nord est des États-Unis, est estimé à 12.92 minots par acre, contre 11.42 minots l’année dernière. » ”
“ En d’autres termes, l’exportation des céréales par la voie du Pacifique, qui sera bientôt en opération entre la Baie-du-Tonnerre et la Rivière-Rouge, coûterait $1.88 par acre — le rendement d’un acre étant de 25 minots en moyenne — et par la voie des États-Unis, $4.38 de plus par acre, annuellement. Cette différence considérable en faveur du Canada représente une valeur annuelle qui, virtuellement, réduit d’autant le prix de vente de la terre et permettrait au cultivateur d’acquérir ses titres de propriété, en bien peu d’années, avec le produit seul de ces épargnes. ”
“ La ligne des températures moyennes, surtout pendant la saison de la végétation, de mars à octobre, au lieu de suivre les cercles de latitude, se courbe, à partir de la vallée du Mississipi, jusqu’à une grande distance au nord et transporte ainsi la zone fertile du Minnesota jusqu’au 60ème parallèle, dans la vallée de la rivière la Paix, où se reproduisent les chaleurs de New-Jersey, de la Pennsylvanie, du Minnesota et du Dakota, et celles de la Pennsylvanie du nord et de l’Ohio dans la vallée de la Saskatchewan... ”
“ Pour donner une preuve non équivoque du dévouement qui distingue nos compatriotes de Manitoba, il suffira de dire que plusieurs citoyens de Saint-Boniface ont érigé à leurs frais, et sans rien recevoir du gouvernement, un spacieux édifice qui a servi, jusqu’ici, à recevoir les émigrés canadiens. ”
“ Les vallées des rivières Assiniboine, Saskatchewan et de la Paix sont fort belles et capables de nourrir des millions d’habitants. Seul, le bassin fertile de la Saskatchewan, qui prend sa source à quelque distance des Montagnes Rocheuses, et qui coule sur un parcours d’à peu près 1,500 milles, arrose une vaste contrée, renfermant, dit-on, 90,000,000 d’acres de terre. ”
“ Il est impossible de calculer la moyenne de notre récolte de blé, cette année, parce qu’on en a encore battu trop peu. Mais d’après des conversations avec des personnes venant de diverses parties du pays, et avec d’autres personnes qui s’attachent à calculer cette moyenne, elle est, au moins, de vingt-cinq minots par acre, bien que la saison ait été fort humide et que la récolte des terres basses ait été plus ou moins endommagée. ”
“ Si l’on compare cette immensité de terrain à l’exiguïté de celui qu’occupent quelques-unes des plus puissantes nations du monde, on est frappé du contraste, et l’on se demande tout naturellement si ces vastes solitudes doivent toujours rester dans l’état où la providence les a tenues jusqu’à ce jour. Isolé dans ces déserts sans bornes, on se prend souvent à écouter si le bruit et l’agitation du monde d’outre-mer, si l’agitation plus fébrile, si l’ambition plus hardie de la grande république voisine, si la création de la Puissance du Canada ne produiront pas ici un écho puissant. ”
“ On ne doit pas oublier que la mission des commissaires Read et Pell, sur ce continent, était de constater les probabilités et incidents de la production des denrées alimentaires, surtout les céréales, pour répondre à la demande en Angleterre. Partant de ce point, le Free Press, de Winnipeg, donne une définition négative de la zone propre à la culture du blé et propose d’exclure les États et provinces dont le produit est moindre que la demande de la population locale. ”
“ En dedans des lignes isothermes qui entourent la zone fertile à l’ouest et au nord ouest du Minnesota, il y a une vaste région de terres fertiles où l’on pourrait aisément tailler douze États de l’étendue de l’État de New-York. ”
“ Puis, en voyant la fertilité du sol, la facilité de se procurer des terres, soit en obtenant des homesteads du gouvernement, soit en les achetant des gens du pays, il nous a fallu peu de temps pour nous convaincre qu’avec du labeur et de l’énergie, tout homme de bonne volonté pouvait, à moins d’être visité par le malheur, vivre sans misère, devenir propriétaire d’une belle ferme et assurer un patrimoine à ses enfants. ”
“ C’est la base des richesses agricoles, la première, la plus précieuse des céréales, et le territoire capable de la produire en abondance ne peut manquer de jouer un rôle important sur les marchés de l’univers. Or, tout le monde admet aujourd’hui que le Nord Ouest canadien — y compris Manitoba — est spécialement adapté à cette culture. ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
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