“ Dis à cette vieille Nikonova, la troisième izba du bout, près du puits neuf... dis-lui que, Aliocha... c’est-à-dire son fils... musicien !... joue ! cria-t-il. — Et il se remit à danser en marmonnant, et jeta à terre la bouteille qui contenait un reste d’eau-de-vie. Ignate monta dans la charrette et voulut s’éloigner. — Adieu ! que Dieu t’aide ! — prononça la vieille en s’enveloppant de sa pelisse. Aliocha s’arrêta tout à coup. — Allez au diable ! et ta mère aussi ! cria-t-il, les menaçant des poings fermés. — Oh mon Dieu ! prononça la mère d’Iluchka en se signant. ”
Citations sur “Alyosha”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
“ Le même soir, il se grisa et accabla d’injures les moines devant Alioscha. La religion, comme on dit, ne l’étouffait pas. Peu de temps après, Alioscha déclara à son père qu’il avait l’intention d’entrer au monastère ; que les moines l’avaient accepté et qu’il n’attendait plus que l’autorisation paternelle. Le vieux savait déjà que le starets Zossima avait produit sur le « doux garçon » une profonde impression. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Plus tard, Aliocha se rappela, parmi les religieux qui se pressaient autour du starets et de sa cellule, la fréquente apparition de cet hôte curieux qui se faufilait partout, prêtant l’oreille et interrogeant tout le monde. Il n’y fit guère attention sur le moment, car il avait autre chose en tête. Le starets, qui s’était recouché, éprouvant de la lassitude, se souvint de lui à son réveil et réclama sa présence. Aliocha accourut. Autour du mourant, il n’y avait alors que le Père Païsius, le Père Joseph et le novice Porphyre. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
“ Pourtant, ce salut inquiétait Alioscha, il y soupçonnait quelque sens mystérieux, — mystérieux et peut-être terrible. En dépassant l’enceinte de l’ascétère et tout en se hâtant pour arriver à temps chez le Père supérieur, Alioscha sentit son cœur se serrer. Il s’arrêta. Il entendit de nouveau vibrer dans sa mémoire les paroles du starets relatives à sa fin prochaine. Une telle prédiction, si précise, devait se réaliser à coup sûr, Alioscha y croyait aveuglément. Mais que deviendrait-il alors ? Vivre sans le voir, sans l’entendre ? Et où aller ? Il me défend de pleurer ! ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ « Peut-être ne verrai-je pas la fin de ce jour », dit-il à Aliocha. Il voulut aussitôt se confesser et communier ; son directeur habituel était le Père Païsius. Puis on lui administra l’extrême-onction. Les religieux se réunirent, la cellule, peu à peu, se remplit ; le jour était venu ; il en vint aussi du monastère. Après l’office, le starets voulut faire ses adieux à tout le monde, et les embrassa tous. Vu l’exiguïté de la cellule, les premiers arrivés cédaient la place aux autres. Aliocha se tenait auprès du starets, de nouveau assis dans son fauteuil. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ « si le péché, le mensonge, la tentation sont notre partage, il y a pourtant quelque part au monde un être saint et sublime ; il possède la vérité, il la connaît ; donc, elle descendra un jour jusqu’à nous et régnera sur la terre entière, comme il a été promis. » Aliocha savait que le peuple sent et même raisonne ainsi et que le starets fût précisément ce saint, ce dépositaire de la vérité divine aux yeux du peuple, il en était persuadé autant que ces paysans et ces femmes malades qui lui tendaient leurs enfants. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Il n’était nullement troublé en voyant dans le starets un individu isolé : « Peu importe ; il a dans son cœur le mystère de la rénovation pour tous, cette puissance qui instaurera enfin la justice sur la terre ; alors tous seront saints, tous s’aimeront les uns les autres ; il n’y aura plus ni riches, ni pauvres, ni élevés, ni humiliés ; tous seront comme les enfants de Dieu et ce sera l’avènement du règne du Christ. » Voilà ce dont rêvait le cœur d’Aliocha. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1880)
“ Si les démons s’agitent, prie ; et sache, mon fils (le starets aimait à donner ce titre à Alioscha) , que ton avenir n’est pas ici. Rappelle-toi cela, jeune homme. Aussitôt que Dieu m’aura rappelé à lui, quitte le monastère, quitte-le. Alioscha tressaillit. — Qu’as-tu ? Pour le moment, te dis-je, ta place n’est pas ici. Il te faut la grande épreuve du monde, ton pèlerinage est encore long. Il faudra te marier, il le faudra. Il faudra que tu aies supporté bien des choses avant de revenir ici. D’ailleurs, je ne doute pas de toi, et c’est précisément pourquoi je t’envoie au-devant des dangers. ”
“ Après ma longue solitude, je dépensais naturellement mon épargne de « socialité » en faveur des premiers humains rencontrés sur ma route. Mais si j’aimais bien Oumar, si la présence d’Abd-Allah m’agréait assez, qu’était-ce, au prix de l’exaltation où me jetait le voisinage d’Aïcha ? Je ne la connaissais même pas, dira-t-on, je n’avais pas vu son visage, car ce n’est pas voir un visage que d’en voir un fragment. Eh bien, si ! je la connaissais. Dans cette vie au désert, l’être se révèle vite. Chaque acte d’Aïcha marquait une nature fidèle. ”
Fédor Dostoïevski,
Humiliés et offensés
“ Aliocha ! et à quel propos ? — Je voulais seulement faire remarquer sa délicatesse. Et comme il a fait ton éloge ! Je te l’avais bien dit ! Il est capable de tout comprendre et de tout sentir ! Quant à moi, il m’a un peu traité en petit garçon ; ils me regardent tous comme un enfant. Bah ! je le suis en effet ! — Tu es un enfant ; mais tu as plus de sagacité que nous tous, mon bon, mon cher Aliocha ! — Il a aussi dit que ma bonté de cœur ne peut que me nuire. Comment cela ? Je ne comprends pas. Mais, dis-moi, Natacha, ne ferai-je peut-être pas bien d’aller vite le rejoindre ? ”
Fédor Dostoïevski,
Humiliés et offensés
“ Si je ne me trompe pas, ne vaut-il pas mieux que chacun de nous dise ce qu’il pense ? Que de mal on peut éviter par la franchise ! — Parle, Aliocha ! dit le prince : ce que tu proposes est très-sensé ; c’est peut-être par là que nous aurions dû commencer, ajouta-t-il en regardant Natacha. — Tu me demandes d’être franc, répondit Aliocha, je le serai ; mais ne te formalise pas de ma franchise. Tu m’as donné ton consentement pour épouser Natacha, tu nous as donné le bonheur, et notre bonheur a exigé que tu te fisses violence à toi-même ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Beaucoup, parmi la communauté, répugnaient à aller chez le starets et s’y rendaient malgré eux, afin de ne point passer pour fiers et révoltés en esprit. On racontait que certains moines s’entendaient entre eux à l’avance : « Je dirai que je me suis fâché contre toi ce matin, tu le confirmeras », cela afin d’avoir quelque chose à dire et de se tirer d’affaire. Aliocha savait que parfois les choses se passaient ainsi. ”
“ Voici ce que la tradition rapporte d’après le témoignage d’Aiescha : « Lorsque le prophète, dit-elle, vint chez moi, je me plaignais d’un violent mal de tête, et il me dit : Aïescha, c’est moi bien plutôt qui pourrais me plaindre du mal de tête ; puis il ajouta : Il ne devrait pas t’être pénible de mourir avant moi, car je serais là tout prêt pour t’envelopper d’un linceul, prier sur toi et te déposer dans la tombe. — Sans doute, répondis-je, mais je crois déjà te voir, après l’avoir fait, revenir chez moi, et prendre tes ébats avec quelque autre de tes femmes. » Le prophète se mit à rire. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Aliocha savait que son père le laisserait sûrement retourner au monastère, peut-être dès le jour même. De plus, il était convaincu que le bonhomme ne voudrait jamais l’offenser, que jamais personne au monde, non seulement ne le voudrait, mais ne le pourrait. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Cher Aliocha, je vous aime, je vous aime depuis mon enfance, depuis Moscou, alors que vous étiez bien différent d’à présent. Je vous ai élu dans mon cœur pour m’unir à vous et achever nos jours ensemble. Bien entendu, c’est à condition que vous quittiez le monastère. Quant à notre âge, nous attendrons autant que la loi l’exige. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
“ Ton danger, Alioscha, était que le malheur te manquât ; la vie se levait pour toi fraîche et douce, et parmi nous, au monastère, elle eût continué de même, indifférente à la réelle vie, laquelle est toute faite d’épreuve. C’est pourquoi je t’ai dit qu’il te fallait connaître le siècle, et je t’ai envoyé dans le monde pour t’apprendre à goûter le vrai bonheur des moines. ”
Elissa Rhaïs,
Revue des Deux Mondes
“ En même temps, Messaouda passe et repasse sa langue sept fois d’une tempe à l’autre sur toute la longueur du front brûlant de la malade. — Allah, mon enfant, ne frappe pas avec deux bâtons... Il aura pitié de la jeunesse et de ta solitude... Tu grandiras, tu deviendras une femme... Un fils de gens t’épousera... Nous te ferons une belle noce et tu crèveras les yeux à tous ceux qui ne nous aiment pas... À ce mot de noce, Aïcha porte ses deux index à ses oreilles, et se met à pousser les ululements de la mort : — Bou ! Bou ! Bou ! Sur ma tête ! Messaouda l’écoute, le cœur plein d’épouvante. ”
Fédor Dostoïevski,
Humiliés et offensés
“ Aliocha, naturellement. Il pleurait en me la racontant. Il vous aime beaucoup. La seconde raison de ma franchise, c’est que vous êtes un homme de bon conseil et que vous pouvez me guider. Occupons-nous donc d’abord du plus important. Je suis la rivale de Natacha, je le sais, je le sens, que me conseillez-vous de faire ? C’est pour cette raison que je vous ai demandé si vous pensiez qu’ils seraient heureux ensemble ; cette pensée me tourmente. La position de Natacha est affreuse ! Il est évident qu’Aliocha a complètement cessé de l’aimer et qu’il m’aime toujours de plus en plus. ”
Eugène Scribe,
Piquillo Alliaga
“ Serait-ce quelques nouveaux tourments ? dit Aïxa ; ne crains rien, je suis forte ! ma vie, à moi, c’est la souffrance, et je dois vivre encore, et beaucoup, je le sens ! Parle, mon frère, nous t’écoutons, Yézid et moi, et puis maintenant, il n’y a pas de malheurs qui puissent nous vaincre, nous sommes trois ! Alliaga raconta alors les desseins qu’il avait formés de faire révoquer l’édit de bannissement et de rendre aux Maures d’Espagne leurs biens, leurs familles et leur patrie. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ C’est avec une sorte d’ivresse qu’Aliocha prononça ces mots : « Alors il acceptera ! » Lise battit des mains. « Ah ! c’est vrai, j’ai compris tout d’un coup ! Aliocha, comment savez-vous tout cela ? Si jeune, et déjà connaisseur du cœur humain. Je ne l’aurais jamais cru... — Il importe de le convaincre qu’il est avec nous tous sur un pied d’égalité, bien qu’il accepte de l’argent, poursuivit Aliocha avec exaltation. Et non seulement sur un pied d’égalité, mais même de supériorité... — « Un pied de supériorité ! » C’est charmant, Alexéi Fiodorovitch, mais parlez, parlez ! ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
“ Alioscha s’étendit à la place qu’avait occupée Mitia. VI Il s’endormit presque aussitôt. Son esprit était si tranquille, sa conscience si pure ! Et il eut un rêve. Celui qu’il appelait son père, son maître et son grand ami, le starets Zossima parut devant lui. Il s’approcha d’Alioscha, lui imposa les mains sur le front, le baisa sur les lèvres, et ce baiser rafraîchit étrangement le cœur du jeune homme. — Bien, fils, dit le vieillard. Ta vie commence aujourd’hui, et elle commence bien. Je t’ai toujours beaucoup aimé, Alexey ”
Christine Trivulce de Belgiojoso, Le Pacha de l’ancien régime, scènes turco-asiatiques
“ AIXA. En ce cas, Zulma a perdu l’esprit, ou votre excellence chérit son erreur et ne veut pas être désabusée. ERJEB-PACHA. Quelle idée, Aïxa ! Je veux au contraire connaître la vérité; mais dites-moi à votre tour ce que vous savez d’Ansha. AIXA. Zulma ne vous a-t-elle pas dit que nous avions assisté à un tendre entretien d’Ansha et de son amant, que cet amant n’est autre qu’Adilé? ERJEB-PACHA. Elle m’en a bien dit quelque chose, mais je ne puis croire à cette double perfidie. Une assertion n’est pas une preuve. AIXA, à part. Ah! nous y voilà! J’ai été plus fine que toi, Zulma. (Haut.) ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Ce sont peut-être les adieux avec Aliocha, après notre entretien. Je me suis tu si longtemps, sans daigner parler, et voilà que j’accumule tant d’absurdités. » En réalité, ce pouvait être le dépit de l’inexpérience et de la vanité juvéniles, dépit de n’avoir pas révélé sa pensée, surtout avec un être tel qu’Aliocha, dont il attendait certainement beaucoup dans son for intérieur. Sans doute, ce dépit existait, c’était fatal, mais il y avait autre chose. « Être anxieux jusqu’à la nausée et ne pouvoir préciser ce que je veux. Ne pas penser, peut-être... » ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
“ C’est possible et c’est nécessaire, dit Alioscha d’un ton ferme. Il a plus que jamais besoin de vous. Je ne vous aurais pas parlé de cela, je ne vous aurais pas causé cette souffrance sans nécessité. Il est malade, il est comme fou, il vous demande. Ce n’est pas une réconciliation qu’il veut : montrez-vous seulement sur le seuil de sa cellule. Il comprend combien il est coupable envers vous. ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
“ Alioscha lut cette lettre deux fois avec étonnement. Il resta songeur , puis sourit de plaisir, doucement, puis tressaillit; ce sourire lui avait paru coupable. Il remit la lettre dans l'enveloppe sans se hâter, fit un signe de croix �� � et se coucha. Tout son trouble intérieur était dissipé. « Seigneur ! garde-les tous ; protège les malheureux et les révoltés, conduis-les, rectifie leurs voies. Tu es l’amour, tu peux à tous dispenser la joie ! » murmura-t-il en faisant des signes de croix ; puis il s’endormit du sommeil des innocents. ”
Eugène Scribe,
Piquillo Alliaga
“ Alliaga lui montra du doigt Aïxa, et lui dit : — En voici une, monseigneur, que l’édit ne peut plus atteindre ! Fille de l’Alhambra, elle est morte dans le palais de ses pères. Elle est chez elle. Cette terre lui appartient : elle y reposera. Il se fit alors connaître et parla au nom du roi. — Quant à ceux-ci, dit-il en montrant Yézid, Pedralvi et ses compagnons, ce sont mes amis et mes serviteurs. Ne vous en inquiétez pas, c’est moi qui en réponds. ”
Christine Trivulce de Belgiojoso, Le Pacha de l’ancien régime, scènes turco-asiatiques
“ LINDARAXA. Hélas! mon frère, faut-il vous le dire? On cherche partout la Circassienne Adilé et votre femme Ansha. Si quelques soupçons échangés entre Zulma et Aïxa sont fondés, il y a une affreuse trahison à craindre. On a trouvé dans la chambre d’Adilé un habit complet d’Albanais, et il paraît trop certain qu’Adilé a réussi à s’évader du harem avec Ansha... ERJEB-PACHA. S’évader! A quoi servent donc mes esclaves? (A ses esclaves.) Qu’on se hâte, que l’on parcoure toute la ville, que l’on affiche le signalement des fugitifs. (Quelques esclaves sortent.) Ah! ma sœur, quel désastre! ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Pour qu’il ne reste rien nulle part. Ah ! comme ce serait bien ! Savez-vous, Aliocha, je pense parfois à faire beaucoup de mal, de vilaines choses, pendant longtemps, en cachette... Et tout à coup tous l’apprendront, m’entoureront, me montreront du doigt ; et moi je les regarderai. C’est très agréable. Pourquoi est-ce si agréable, Aliocha ? ”
Fédor Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
(1923)
“ Et où irait-il ? On lui ordonnait de ne pas pleurer et de quitter le monastère. Seigneur ! Depuis longtemps Aliocha n’avait ressenti une pareille angoisse. Il traversa rapidement le bois qui séparait l’ermitage du monastère et, incapable de supporter les pensées qui l’accablaient, il se mit à contempler les pins séculaires qui bordaient le sentier. Le trajet n’était pas long, cinq cents pas au plus ; on ne pouvait rencontrer personne à cette heure, mais au premier tournant il aperçut Rakitine. ”
“ Aïcha soulève son voile Aïcha parut plus obscure encore les jours qui suivirent. Elle ne se mêlait plus à nos palabres, elle se tenait à distance aux campements ; elle s’éloignait, furtive, lorsque j’approchais d’elle. Nous traversâmes un désert, puis nous revîmes des terres fraîches. La difficulté d’éviter le contact des hommes s’accrut ; deux ou trois fois, nous aperçûmes des nègres. Ils n’osèrent toutefois pas nous attaquer, mis en fuite par la présence inconcevable de Saïd. ”
