“ Rien de ce qu’il connaissait de Freda ne lui permettait d’imaginer que cette femme eût été plus forte que lui, qu’elle eût réussi là où il avait échoué, lui qui avait une âme souvent tendue vers le sublime. ”
Freda
Définition et enjeux
Le thème de “Freda” a été abordé par des auteurs tels que Jack London, Gaston Leroux ou Georges Rectenwald. Il est souvent associé à des termes comme Frida, Fred, l'amour, Céline ou Madame.
Citations sur “Freda”
“ Freda se la représentait comme une jeune fille timide et affectueuse, avec une bouche sans énergie, des lèvres gentiment boudeuses, une chevelure ébouriffée, baignée de soleil, et des yeux remplis des grands bonheurs et des petites joies de la vie. Mais parfois aussi elle se la figurait le visage masqué jusqu’au nez, aveuglée par la neige, se traînant péniblement derrière les chiens... Voilà pourquoi, un soir, au bal, elle sourit à Floyd Vanderlip. Peu d’hommes pouvaient échapper à la séduction du sourire de Freda ; et Floyd Vanderlip ne fit pas exception à la règle. ”
“ Jusqu’à quel point Freda avait-elle servi les desseins de l’ennemi en encourageant Raucoux-Desmares dans sa campagne pacifique ? car elle l’avait encouragé ! Il avait trouvé cela tout naturel et cela aurait pu, en effet, être tout naturel et il espérait bien que cela avait été, en effet, tout naturel de la part de Freda... mais Freda avait dû être certainement poussée à le faire dans le sens convenable à certains desseins redoutables, sans qu’elle s’en fût même douté ! ”
“ MÉPRIS DE FEMMES I Ce fut une très regrettable méprise qui dressa, l’une contre l’autre, Freda et Mrs Eppingwell. Bien que la cause même de leur désaccord ne fût connue que de quelques hommes, l’aventure, malgré le nombre des années écoulées depuis, n’est oubliée de personne, et elle restera probablement encore longtemps gravée dans le souvenir. Freda, danseuse de profession, était Grecque d’origine. C’est du moins ce que l’on disait : mais la violente énergie de ses traits et la lueur infernale de son regard pouvaient bien en faire douter. ”
“ Quand on s’aime comme nous nous aimons, il y a des choses qu’on ne peut pas se cacher et la douleur est la première de celles-là. Freda n’a pas souffert, mais Freda n’a pas été sublime ! Freda m’a consolé avec amour et a recueilli nos victoires sans inquiétude !... Freda n’a jamais été inquiète !... Même pendant l’avance française, Freda n’a jamais douté de la victoire allemande !... « Et voilà tout le secret de la supériorité morale de ma femme... » conclut Raucoux-Desmares. ”
“ Mrs Eppingwell s’efforça de soustraire notre homme aux câlineries de Freda jusqu’à ce que Flossie pût arriver. Celle-ci gagnait chaque jour quelques milles sur la piste mélancolique ; Freda, pour déjouer le plan de l’intrigante Lisznayi, concentrait ses batteries en rusant de son mieux pour remporter la victoire. Quant à l’homme, balancé par toutes ces intrigues comme une navette, il était de plus en plus fier et se croyait un autre Don Juan. ”
“ Il n’en était pas moins vrai qu’il y avait là un bon ami qui allait mourir et qui avait été frappé par les Français. Aussi, après avoir laissé couler ses larmes sur les papiers de famille qu’il lui tendait et s’être sincèrement apitoyée sur la photographie de Mme la doctoresse de la Bibliothèque, qui allait faire une charmante veuve dans cinq minutes, Freda avait, sans l’interrompre, écouté le blessé qui exhalait jusque sur le seuil de l’éternité, son âme de haine contre la France, et contre tout ce qui était français. ”
“ Infidèle à Flossie, pourquoi pas à Loraine ? Tant de femmes le persécutaient à la fois, qu’il n’aurait eu aucune excuse de se décider maintenant à la légère. Il possédait de l’argent à ne savoir qu’en faire ! Nulle autre que Freda ne saurait mieux embellir sa vie si rude jusqu’ici. Tous les hommes lui envieraient une telle épouse. ”
“ Décidée à rencontrer Freda, rien ne pouvait la détourner de sa démarche. Par un froid de soixante degrés, debout dans la neige, elle dut parlementer durant cinq longues minutes avec une camériste. On ne la reçut pas ; et sous cet affront, elle remonta la colline, le cœur ulcéré du traitement qu’on venait de lui infliger. « Qu’était-ce donc, après tout, que cette femme pour refuser de la recevoir ? se demandait-elle. N’était-ce pas plutôt elle, femme d’un capitaine, qui pouvait éconduire une danseuse ? » ”
Georges Rectenwald, Traité élémentaire de législation algérienne… (1923)
“ Or, dans l'état d'indivision, d'enchevêtrement de la propriété arabe, il est rare qu'un litige ne soulève pas quelque question de succession, pour la solution de laquelle le juge de paix renverra devant le cadi, aux fins d'établissement d'une fréda. — Puis, dans une affaire immobilière un peu complexe, il est indispensable qu'un magistrat ou un expert se rende sur les lieux, vérifie les indications des titres, entende les témoins. Le juge de paix, très occupé, ne peut se transporter lui-même ; un expert français serait extrêmement coûteux. ”
Paul Perret,
Madame Valence
(1878)
“ N'y a-t-il pas une grande et juste nouveauté à introduire dans nos moeurs et dans nos codes ? – Là, là, dit Fredda, je vous attendais. Le divorce ? – Je sais qu'il n'a été admis qu'un moment en France, et dans une époque mauvaise. Mais il y a des moyens d'éluder ces interdictions. – Barbares ! – On a vu telle femme séparée passer dans d'autres pays avec celui qu'elle se croyait le droit d'aimer. Là, on peut obtenir, par une prompte naturalisation, le bénéfice de l'exil. Fredda écoutait de toute son âme : Voilà donc le roman qu'il a rêvé, se disait-elle, et il me le raconte ! ”
Paul Perret,
Madame Valence
(1878)
“ Fredda se leva : – Pauvre ami, dit-elle, je vous ai déjà fait observer que vous devriez me connaître. Je suis de celles qui ne se donnent point. Quelquefois elles se croient obligées de souffrir qu'on les lie. Encore faudrait-il que la chaîne fût bien légère. Mais nous en étions au passé ; nous ne pouvons nous en défaire. Je vous dis et je vous redis que madame de Fresne n'est pas le seul ennemi que nous ayons à craindre. Nous serons quatre bientôt dans ce duel : vous et moi d'un côté, de l'autre votre femme et Christian Artus. ”
“ Ce que j'ai, Frida? J'ai que je commence à devenir roi, et cela est terrible... Ah! Frida, si vous saviez! Je suis bien sûr pourtant que ce que je veux est juste. Même je me suis mis tout de suite à ma tâche et j'ai fait tantôt, devant Moellnitz, les gestes de la confiance... Mais déjà je ne suis plus tranquille, et j'ai déjà l'angoisse de ma responsabilité... Oh! n'être pas obligé de découvrir et d'inventer son devoir! n'être qu'une tête dans la foule! ou n'avoir qu'une consigne très claire et très étroite, comme le garde-chasse de notre petite maison d'Orsova! Songez donc! ”
“ Désormais Frida devint l’unique fée honorée dans mon sanctuaire, et l’encens ramassé sur les épicéas du jardin ne brûla plus que pour elle. Par les vitres brouillées, je contemplais les profils aigus des maisons de la ville haute ; je me disais que, par delà ces toitures, tout là-bas, près de la lisière des bois, s’élevait la demeure de Frida, et des soupirs gonflaient ma poitrine à la crainte de ne plus la revoir. Je me la représentais comme une princesse enchantée en son château et je ne pouvais me résigner à languir loin de la dame de mes pensées. ”
Paul Perret,
Madame Valence
(1878)
“ Il protesta, il jura que l'exilée du Plessis était loyale et qu'elle tiendrait sa parole, à moins que la persécution de ceux qui la haïssaient – il était de ceux-là, il l'avait bien montré depuis cinq ans ! – ne lui donnât le droit de s'en croire dégagée. Fredda se tut un moment. – Il n'y a point que notre haine qui la délierait à ses yeux, reprit-elle, d'un air pensif ; il y a aussi l'amour, si l'amour lui venait. Jean de Fresne se leva brusquement : – Que voulez-vous dire ? s'écria-t-il. Séparée ou non, voilà ce que je ne souffrirais pas. Certes elle ne peut l'ignorer ! ”
Paul Perret,
Madame Valence
(1878)
“ Plus que jamais il devenait nécessaire qu'elle ne soupçonnât pas le mal qu'on lui faisait : quand elle le découvrirait, il serait trop tard. Mais quel mal enlin ? Quelle trame si sûre Fredda tissait-elle donc ? Elle s'abîma dans de grandes pensées, les yeux perdus dans l'espace, un cruel sourire aux lèvres. Si elle souriait à son oeuvre, il fallait bien que l'oeuvre fût profonde ! Et puis elle se rapprocha de la croisée. La voile rouge accourait du sud. Pourquoi avait-elle voulu voir Christian Artus ? Il avait bien fallu mettre Jean de Fresne dans la confidence. ”
“ Ne serait-ce pas original, mon cher seigneur, de faire ce que nul prince n’a osé jusqu’à présent et, d’aller jusqu’au bout de votre charité ? — Et de me supprimer moi-même ? fit Hermann en souriant. — Oh ! non, pas tout de suite, répondit Frida avec ingénuité. Et, redevenue songeuse et comme attentive à une vision intérieure : — Après... je ne sais pas... — Cela vous est donc, tout à fait égal que je sois prince, Frida ? — Non, mon ami. Je suis heureuse, au contraire, que vous soyez puissant, que vous occupiez sur terre la place que les hommes envient et honorent le plus. ”
“ Où prenez-vous Frida ? — C’est le nom d’une fée, répliquai-je. — Taisez-vous, vous êtes un sot ! M. Berloquin prononçait « sott »... Me voyant ainsi rabroué, j’allais protester avec indignation, quand mon professeur reprit, en jetant un coup d’œil sur ma page : — Corrigeons la dictée... Elle est bien mal écrite... Voyons, voyons... hein ! qu’est-ce que cela signifie ? « Elle se promenait souvent seule sous les platanes et au fond de la serre ; mais ces beaux lieux ne faisaient que lui rappeler le souvenir de Frida... » Encore cette Frida !... Rêvez-vous ou vous moquez-vous de moi ?... ”
“ C’est l’époque dont Frida se souvenait avec le plus d’amertume. Elle avait alors seize ans. La comtesse se mit à la montrer, n’ayant plus de ressource que dans le mariage de sa fille. Promenée dans cette société de joie où se mêlent les mondains, les hommes d’argent, les aventuriers et les femmes déclassées, Frida vit de plus près et détesta la sottise et la dureté des gens de plaisir. Elle crut de bonne foi que ce qu’on appelle « le monde », c’était cela. Puis, comme elle était belle et qu’on la soupçonnait pauvre, elle eut à subir des hommages dont elle ne devina pas tout de suite la nature ”
“ Je lui pris la main et je la pressai, comme dans la romance de Mlle Gertrude du Kœler, « avec tant et tant de tendresse » que la chaleur de mon étreinte devint communicative. Transies tout à l’heure par la bise, nos deux mains brûlaient. Nous demeurâmes un bon moment en face l’un de l’autre, silencieux et souriants. Puis les doigts de Frida serrèrent plus étroitement les miens : — Vite, dit-elle en m’entraînant, sauvons-nous !... ”
“ Et pourquoi ? — D’abord, je ne croyais pas Sturner si généreux. — Ce n’est pas de la générosité, répondit Fredo, mais de l’intelligence. Bien récompenser et bien punir. Tel est son principe, dont j’ai fait le mien. — Et puis, reprit Miss Ligget, suivant son idée, et puis, je me figurais que vous travailliez en dilettante, pour l’amour de l’art, si je puis dire. Fredo hocha la tête. Et, de ce ton particulier qui faisait qu’on se demandait toujours s’il parlait sérieusement ou non : — Il y a de cela. Mais enfin il faut vivre, et penser à l’avenir. ”
“ Et tout d’un coup, à l’une des croisées du rez-de-chaussée, un rideau se souleva, et je crus entrevoir la fine silhouette de Frida. À peine avais-je eu le temps de l’apercevoir, que le rideau fut rabaissé violemment par une main sèche, qui devait être celle de Fraulein, et la croisée voilée ne refléta plus que les rougeurs du couchant. Je ne sais si M. du Kœler se douta de quelque chose, mais il me ressaisit la main et m’entraîna vivement vers la grille. — Tu as bien vu cette allée et cette porte ? dit-il avec sa froideur narquoise. ”
“ Frida, criait-elle, voilà un quart d’heure que je vous cherche !... Que faites-vous ici ?... Vous savez bien que c’est défendu... D’ailleurs, ce petit garçon n’est pas une société pour vous, et vous avez encore toutes vos leçons à apprendre ! Elle s’était rapprochée, et Frida, tout en rechignant, était sortie de sa niche. Fraulein la fit passer devant, sortit de la serre, et je les suivis piteusement. Dans le trajet, je fus fort étonné de voir que le jour baissait déjà. Comme le temps avait rapidement marché !... Dans le vestibule, je trouvai sur une banquette Céline qui m’attendait. ”
“ Mes yeux se fixaient sur la délicate figure de Frida et ne pouvaient s’en détacher. Un mélange d’adoration et de tendresse inclina ma tête alourdie et je la posai dévotement sur les genoux de la mignonne princesse, en bégayant : — Frida, je vous aime... Je vous aimerai toujours !... Voulez-vous ? Sa main effleura mes cheveux, et elle répondit gravement : — Je veux bien... Vous serez mon bon ami, comme Justin est le Schatz de votre Céline... ”
“ « guten Abend ! (Bonsoir) , » tout cela me semblait tenir du sortilège. Je comprenais maintenant que Frida, vivant dans l’entourage de ces hétéroclites demoiselles, ne fût pas éloignée de croire, elle aussi, à l’existence des fées. Mais elle était elle-même, à mes yeux, la plus adorable et la plus gentille fée qu’on pût rêver. Dans le sombre et singulier décor de cette haute salle à peine éclairée, sa blanche petite personne apparaissait argentée et vaporeuse comme un rayon de lune. ”
Paul Perret,
Madame Valence
(1878)
“ Là, disait Fredda, apaisez-vous, je vous en prie. Ainsi vous avez suivi votre rival dans un labyrinthe de rues obscures. Je dis à dessein ; votre rival !. Et vous l'avez assailli ?. Décidément vous aimez votre femme. Malheureusement, vous n'avez pas été le plus fort. Mais vous vous en étiez pris à un homme généreux qui n'abuse point de ses victoires. Sans quoi il conduirait déjà madame de Fresne sur la route de Suisse. ”
“ C’est à ce moment que « la duchesse » fit proposer à Frida une place de demoiselle de compagnie chez la comtesse de Winden, dont le mari était conseiller à l’ambassade d’Alfanie. Frida refusa d’abord, malgré les supplications de sa mère. Madame de Thalberg n’avait point désapprouvé les idées nouvelles de Frida. Passive et molle, la bonne dame était devenue elle-même vaguement révolutionnaire, en haine de sa pauvreté, tout comme elle fût demeurée conservatrice, chrétienne orthodoxe, et fidèle au tsar si elle eût continué à couler ses jours vides dans son domaine de Courlande. ”
“ Je m’inquiétais beaucoup moins du texte de Télémaque que du charme à la fois doux et amer de mes souvenirs, et lorsque M. Berloquin proclama de sa voix de chantre : « Un point c’est tout, » j’en étais encore pour mon compte à me remémorer la niche où Frida, blottie dans la verdure, avait écouté ma déclaration d’amour. ”
“ Leur frère, le grand-père de Frida, avait jadis occupé dans notre ville une haute position administrative et elles étaient venues se fixer près de lui. Après sa mort, elles avaient continué d’habiter avec leur neveu la maison de Salvanches, où elles avaient importé les habitudes et les façons de vivre de leur province. Frida, élevée par elles, partageait naturellement leurs goûts et s’étonnait de me voir si médiocrement alléché par la cuisine de ses tantes. — Vous n’avez donc pas faim ? me disait-elle ; ne faites pas la petite bouche... C’est très bon, ce qu’on nous sert ! ”
“ Je sentais comme une sève plus chaude circuler dans mes veines, et l’espérance de revoir bientôt Frida germait plus vertement dans mon cœur. Par ce temps clair et souriant, elle n’hésiterait pas à sortir et à se rendre au rond-point des platanes. L’espoir qui, le matin encore, m’avait paru chimérique prenait maintenant la solidité d’une certitude, et je marchais d’un pas plus ferme vers le sentier des vignes. Brusquement, à un détour du chemin, je vis s’ouvrir devant moi la brèche pratiquée dans le mur et à demi dissimulée par des buissons de coudriers. Mon cœur se mit à battre ”
