“ Me rappelant alors les réticences de madame de Pënâfiel et mille incidents qui, jusqu’il ce moment, ne m’avaient pas frappé ; pensant que ce chagrin sans nom, ce dégoût de tout et de tous, cet ennui du monde, dont elle se plaignait si amèrement, ressemblait fort à la désespérante réaction d’un amour malheureux ; je crus que madame de Pënâfiel aimait avec passion, que ses sentiments étaient méconnus ou dédaignés, et que je lui paraissais assez sans conséquence pour devenir le discret confident de sa peine et de son délaissement. ”
Madame de Pënâfiel
Définition et enjeux
Le thème de “madame de Pënâfiel” a été abordé par des auteurs tels que Eugène Sue, Paul Féval, Fanny Burney, Madame de La Fayette ou Charles Perrault. Il est souvent associé à des termes comme Penhoël, l'amour, la coquetterie, la femme ou la calomnie.
Citations sur “madame de Pënâfiel”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Me sentant aimer madame de Pënâfiel ainsi que je l'aimais, devais-je essayer de lui offrir de tendres consolations? Pouvais-je espérer d'affaiblir un jour dans son cœur le souvenir déchirant de cette affection : réussirais-je! l'oserais-je!—Torturée par des regrets désespérés, cette âme aussi noble que délicate devait être d'une susceptibilité de douleur si ombrageuse, si farouche, que, de crainte de la blesser à jamais, je ne pouvais sans les ménagements les plus extrêmes lui parler d'un meilleur avenir. ”
“ Vous n’y êtes pas le moins du monde ; madame de Pënàfiel est Française, de Paris, et Parisienne au delà de toute expression ; de plus, très-grande dame et alliée aux meilleures maisons de France ; elle est veuve, et son mari, le marquis de Pënàfiel, était Espagnol. — Allons, dis-Je au comte en riant à mon tour, il est bien à vous de jeter un intérêt aussi romanesque, aussi fantastique sur une course dont vous êtes juge ; il y aurait de quoi y faire courir tout Paris... ”
Eugène Sue,
Arthur
(1845)
“ Par suite de son esprit fantasque, me dis-je, madame de Pënâfiel est peut-être piquée de ce que je ne parais pas m'occuper d'elle, non que mon hommage soit le moins du monde à désirer, mais ses projets en sont peut-être dérangés. La voyant très-assidûment depuis trois mois, je ne lui ai pas même adressé un mot de galanterie, — elle ne paraît avoir aucune affection évidente ; selon le monde, cela ne peut être vertu, c'est donc mystère. ”
“ Encore une fois, tout ce que je savais de madame de Pënâfiel : ses bizarreries impérieuses, sa coquetterie si artistement et si continûment étudiée, disait-on, que de chacune de ses poses elle savait toujours faire le plus charmant tableau en se posant sans cesse « en délicieux portrait ; » son humeur fantasque, ses connaissances scientifiques, prétentions toujours malséantes pour la femme qui les affiche ; tout cela était loin de m’imposer. Les femmes dont on parle beaucoup et très-différemment ont rarement ce pouvoir ; elles recherchent trop les spectateurs pour ne les pas craindre ”
“ Si j’aimais madame de Pënâfiel, ce n’était donc pas de cet amour pur, jeune et passionné dont j’avais aimé Hélène ; c’était d’un sentiment ou il entrait au moins autant d’affection que de curiosité, et, le dirai-je, de méfiance ; car si je blâmais les absurdes et calomnieuses visions du monde, je n’étais souvent pas beaucoup plus juste ni beaucoup moins sot. ”
“ En un mot, il est bien évident pour tous les gens sensés que, si madame de Pënâfiel n’avait qu’une seule et honorable affection, elle ne la cacherait pas ; tandis qu’au contraire, à l’abri de ces mille bruits contradictoires qui promènent de l’un à l’autre les soupçons du monde, il est hors de doute qu’elle se livre sourdement à toutes ses fantaisies. Et puis enfin pourquoi est-elle si coquette ? pourquoi chercher autant à plaire ? Si vous allez chez elle, vous le verrez. Or, quand on a un tel besoin, une telle rage de paraître charmante, on ne se contente pas d’admirations désintéressées. ”
“ C’est pourtant pour gueuser des diners à l’hôtel de Pënàfiel qu’il va faire mille platitudes au près d’une femme dont il dit pis que pendre. — Il est de ses amis ? demandai-je à M. de Cernay. — Il est de ses dîners... voilà tout ; car c’est bien la plus mauvaise langue qui existe au monde, perfide comme un serpent, ne ménageant personne. Mais quel dommage, n’est-ce pas, reprit le comte, que madame de Pënàfiel, avec tant de charmes, une si jolie figure, beaucoup d’esprit, trop d’esprit, une fortune énorme, se fasse aussi généralement détester ?... Mais avouez que quand on ose tout... ”
“ Cette dernière hypothèse, en éveillant dans mon cœur la plus âpre, la plus mortelle jalousie, me révéla toute l’étendue de mon amour pour madame de Pënâfiel, et aussi tout le ridicule du nouveau rôle que je jouerais auprès d’elle, si ce soupçon était fondé. J’allais lui répondre lorsqu’elle fit un mouvement qui, dérangeant les plis de sa robe, découvrit, à ses pieds, sur le tapis, un médaillon tombé probablement de l’armoire de Boule qu’elle avait si brusquement fermée à mon arrivée, pour cacher le crucifix et sans doute ce médaillon. C’était un portrait d’homme ”
“ Cette singulière persistance de madame de Pënâfiel à me vouloir faire avouer des chagrins ridicules, pour s’en moquer sans doute, m’étonna moins encore qu’elle ne m’irrita ; pourtant, je me contins. — Mais encore une fois, madame, pourquoi vous opiniâtrer ainsi à me voir, ou plutôt à me croire si malheureux ? — Pourquoi ?... pourquoi ?... — me dit-elle avec une sorte d’impatience douloureuse, — parce qu’il est certaines confidences que l’on ne fait jamais aux gens heureux ”
“ Cinq ou six jours après cette soirée où j’avais vu madame de Pënâfiel à l’Opéra, M. de Cernay entra chez moi un matin de l’air du monde le plus rayonnant. — Eh bien, — me dit-il, — elle est partie ! Elle a quitté Paris hier ! au cœur de l’hiver : cela vous parait singulier, n’est-ce pas ? Mais il n’en pouvait être autrement ; le scandale avait aussi semblé trop prodigieux. Le monde a des lois qu’on ne brave pas impunément. — Comment cela ? — lui dis-je. — Pourquoi madame de Pënâfiel a-t-elle ainsi quitté Paris ? ”
“ Souvent aussi, par une contradiction bizarre, pensant que je pouvais m’abuser complètement en croyant madame de Pënâfiel sous l’influence d’un amour dédaigné, mes premiers soupçons me revenaient à l’esprit ; je me demandais alors ce qui avait pu les détruire. Ce portrait même ne pouvait-il pas être un des accessoires de cette comédie que je l’accusais de jouer ? ”
“ Madame de Pënàfiel, quant à cela, d’une sincérité charmante, avouait qu’elle avait un plaisir extrême à s’habiller avec le goût le plus parfait, afin de se trouver jolie ; qu’elle aimait beaucoup à voir son attitude gracieuse réfléchie dans une glace ; elle ne comprenait pas enfin qu’on rougit davantage de cultiver et d’orner sa beauté que son esprit ; qu’on ne s’étudiât pas autant à toujours prendre une pose élégante et choisie, qu’à ne jamais parler sans finesse et sans atticisme. ”
“ Madame de Pënâfiel me regarda stupéfaite ; ses jeux étaient fixes ; ses mains retombèrent sur ses genoux ; elle ne trouva pas une parole. — Je continuai. — Mais il ne s’agit pas encore de cela ; je vais vous dire d’abord... en ami, les diverses convictions qui, grâce à la connaissance que je crois avoir de la franchise de votre caractère, se sont succédé dans mon esprit, depuis votre délicieuse prosternation au pied du crucifix. Quant à cette charmante pantomime, je dois dire que vous avez posé à ravir et tout à fait en artiste... ”
“ Pourquoi ne voudrait-elle pas à la fois et m’utiliser et se venger de mon indifférence affectée, en me faisant servir de manteau pour mieux cacher encore un autre amour... et dérouter ainsi les soupçons du monde ? La route est simple, trouvant madame de Pënàfiel ainsi abattue, je ne puis m’empêcher de m’informer de la cause de ses chagrins, de lui offrir des consolations et de risquer peut-être un aveu qui lui servirait à un dessein dont je serai le jouet. ”
“ Madame de Pënâfiel attacha quelques moments sur moi ses grands yeux étonnés, et me dit ensuite d’un ton très-ferme et très-décidé : — Cela n’est pas... vous n’êtes pas heureux... il est impossible que vous soyez heureux ! ”
“ Oui, je vous avais entendu, dit madame de Pënàfiel en remarquant mon étonnement ; c’est ce qui vous fera comprendre pourquoi j’ai paru aller au-devant de votre admission chez moi, et la réserve que vous avez mise à répondre à cette prévenance m’a donné une haute idée de la dignité de votre caractère ; aussi ai-je besoin d’y croire... ai-je besoin de voir en vous un ami sincère ; car enfin il faut bien que je dise à quelqu’un... reprit-elle avec un accent déchirant... que je vous dise à vous... oh oui, à vous... pourquoi je suis la plus malheureuse des femmes ! ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Si vous allez chez les autres, dès que vous touchez votre seuil, vous dites encore. Enfin ! ! ! — Dieu merci, madame, - répondis- je, sans vouloir comprendre madame de Pënâfiel, qui commençait à être surprise de ma subite conversion aux bonheurs du monde;— je ne dis pas, je vous le jure, enfin! d'un air aussi désespéré, ni vous non plus, permettez - moi de le croire. ”
“ Il y avait, je le répète, dans tout ce que me disait M. de Cernay, un si singulier mélange de vraisemblance et d’étrangeté que je ne pouvais me résoudre à le croire ou à ne pas le croire. — Il faut, lui dis-je, que vous m’affirmiez aussi sérieusement tout ce que vous venez de me dire là pour que je regarde madame de Pënàfiel comme étant du monde... mais qui voit-elle donc ? — La meilleure et la plus haute compagnie en hommes et en femmes, car elle a une des plus excellentes maisons de Paris, une fortune énorme, et elle reçoit d’une façon vraiment royale ”
“ S’il vous calomnie aujourd’hui, qu’importe ! demain un autre bruit fera oublier sa médisance de la veille. Et d’ailleurs, voyez s’il croit lui-même aux calomnies qu’il répand ? Vous est-il moins soumis ? est-il moins à vos pieds ? non. Alors pourquoi donc attacher à ses folles paroles plus d’importance qu’il n’en attache lui-même ? Jouir et laisser jouir, c’est sa devise ; elle est assez commode je pense : que lui vouloir de plus ? Madame de Pënâfiel continuait à me regarder avec un profond étonnement. ”
“ Mais il faut une certaine élévation d’esprit, un certain instinct d’idéalité peut-être exagéré, pour se vouer à cette espèce de culte domestique, et y chercher des jouissances méditatives de chaque minute, qui échappent ou semblent incompréhensibles à beaucoup de gens. Si j’insiste sur cette particularité, c’est que cette espèce de sympathie entre ce goût de madame de Pënàfiel et le mien me frappa, et qu’il faisait encore valoir sa coquetterie de manières que j’aimais à l’adoration. ”
“ Une fois dans ma loge, et caché par son rideau, je cherchai dans la salle madame de Pënàfiel ; je la vis bientôt dans une loge des premières, tendue en soie bleue ; elle était assise dans un fauteuil de bois doré, et avait encore sur ses épaules un long mantelet d’hermine. Une autre jeune femme était près d’elle, et l’homme âgé qui m’avait parlé se tenait au fond de la loge. Bientôt madame de Pënàfiel donna son mantelet à ce dernier ; elle était vêtue d’une robe de crêpe paille, fort simple, avec un gros bouquet de violettes de Parme au corsage ”
“ Bien entendu qu’eux autres, c’est-à-dire celui qui reste, Senneterre, n’en conviendra jamais, car tantôt, en allant savoir des nouvelles de cet infortuné Merteuil qui n’a survécu que deux heures à sa chute, j’ai rencontré à sa porte M. de Senneterre la figure altérée. J’ai voulu le tâter sur madame de Pënàfiel ; eh bien, l’honorable, le digne jeune homme a eu assez d’empire sur lui-même pour avoir l’air de ne pas comprendre un mot de ce que je voulais lui dire. D’ailleurs, je le crois bien, après le sot rôle que madame de Pënàfiel leur a fait jouer à tous deux pendant cette course... ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ J'oubliais de dire que parmi les plus violents détracteurs de madame de Pënâfiel, étaient plusieurs jeunes chrétiens de ses amis. Puisque ces mots sont venus à ma pensée , ils exigent quelques développements ; car le jeune chrétien de salon, type à la fois prétentieux et grotesque, devant bientôt faire place à d'autres ridicules, mérite d'être assez longuement décrit, afin que son souvenir exhilarant ne soit pas à tout jamais perdu. ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Mes scrupules étaient peut-être exagérés; mais je sentais ainsi, et j'étais absolument résolu de ne faire aucune démarche pour être admis chez madame de Pënâfiel. Seulement je pensais que si elle savait que je l'avais défendue; avec le tact d'une femme de bonne compagnie, elle pourrait apprécier ma réserve; et que devant me rencontrer très souvent dans le monde, elle trouverait ”
“ C’était vers la fin du deuxième acte de Guillaume Tell, au moment du magnifique trio des trois Suisses ; jamais ce morceau, d’une puissance si magique, n’avait peut-être été exécuté avec plus d’ensemble, et ne causa plus d’enivrement ; la jeune fille, assise à côté de madame de Pënàfiel, la tête avidement penchée vers la scène, semblait en extase, puis son front, jusque-là baissé, se redressa tout à coup fier et résolu, comme si cette âme douce et timide eût éprouvé involontairement la réaction entraînante de cet air d’une bravoure si sublime. ”
“ La compagne de madame de Pënàfiel formait avec elle un contraste frappant ; elle semblait avoir dix-huit ans au plus, et la première fleur de la jeunesse s’épanouissait sur son visage frais, régulier et candide ; elle était vêtue de blanc, et ses cheveux, noirs comme l’aile d’un corbeau, se collaient sur ses tempes ; ses sourcils d’ébène se courbaient bien arqués, et ses yeux bleus, un peu étonnés, révélaient cette sorte de joie enfantine d’une jeune fille qui jouit avec une curiosité avide et heureuse de toutes les pompes du spectacle et des délices de l’harmonie. ”
“ Mais sérieusement, si je crois qu’une femme ne puisse empêcher, après tout, deux fous de faire d’aussi dangereuses folies, je ne concevrai jamais qu’une femme du monde aille assister à un pareil défi, lorsqu’elle sait en être l’objet : c’est s’exposer au blâme, au mépris général. -D’abord, madame de Pënâfiel s’inquiète souvent fort peu du Qu’en dira-t-on, et puis elle seule sait être la cause de cette espèce de duel. ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Rien de plus triste à observer que les effets contradictoires de ce dénigrement acharné; car si cette femme contre laquelle on s'élève avec une haine si unanime, a une maison hautement recherchée, on s'y presse, aucune avance ne coûte pour y être admis; lui reproche-t-on des légèretés? qu'importe, toutes les femmes la reçoivent et lui amènent leurs filles, sans doute pour leur enseigner de bonne heure cet édifiant oubli des outrages. qu'on a prodigués, et des calomnies. qu'on a répandues soimême. Ces réflexions me viennent à propos de madame de Pënâfiel ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Encore une fois, rien de plus complè- tement absurde que ces craintes, que ces ar- rière-pensées. Maintenant que j'y songe de sang-froid, je me demande comment je n'avais pas seulement réfléchi qu'il fallait que madame de Pënafiel fût assurée de ma visite ce jour-là, et de l'heure où je me présenterais chez elle, pour arranger cette scène; que me prendre pour manteau d'une autre affection, la compromettrait tout aussi gravement aux yeux du monde, que si elle affichait la liaison que, selon moi, elle voulait cacher ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Lorsquej'entrai chezmadame de Pënâfiel, une chose me frappa du plus profond étonnement : ce fut de la retrouver presque dans la même attitude où je l'avais laissée. Son visage était d'une pâleur mate et unie, effrayante à voir ”
