“ Oh ! dit le comte, Senneterre est sacrifié, indignement sacrifié ; car, à part sa folle passion pour Ismaël, par esprit de contradiction, madame de Pënàfiel est capable de pleurer le mort et de détester le survivant ; ce qui le prouve du reste, c’est que maintenant Senneterre a le bon goût et le tact de soutenir qu’il ne s’est jamais occupé de madame de Pënàfiel, et qu’elle est absolument étrangère à ce défi ; oui, il répète maintenant à qui veut l’entendre qu’il n’a engagé ce malheureux pari avec Merteuil que par entraînement d’amour-propre. ”
Senneterre
Définition et enjeux
Citations sur “Senneterre”
“ Bien entendu qu’eux autres, c’est-à-dire celui qui reste, Senneterre, n’en conviendra jamais, car tantôt, en allant savoir des nouvelles de cet infortuné Merteuil qui n’a survécu que deux heures à sa chute, j’ai rencontré à sa porte M. de Senneterre la figure altérée. J’ai voulu le tâter sur madame de Pënàfiel ; eh bien, l’honorable, le digne jeune homme a eu assez d’empire sur lui-même pour avoir l’air de ne pas comprendre un mot de ce que je voulais lui dire. D’ailleurs, je le crois bien, après le sot rôle que madame de Pënàfiel leur a fait jouer à tous deux pendant cette course... ”
Valentin Conrart,
Mémoires de Valentin Conrart
“ Force gens contribuèrent à son retour ; mais le vieux Senneterre [8] est sans doute celui à qui il en a la principale obligation. Il leva tous les doutes et tous les obstacles que faisoit principalement M. le duc d’Orléans, et fit en sorte qu’il eut sujet de croire que le duc de Beaufort, le coadjuteur et M. de Broussel n’y trouvoient rien à dire. ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Le lendemain, étant plus de sang-froid, dit-il encore, ils en reconnurent le danger; mais alors ils craignirent de paraître reculer devant le péril, et par bravade maintinrent leur pari. Tout cela est bel et bon, mais outre que ce n'est pas vrai, pour moi du moins, qui ai su la véritable cause de ce défi, vous m'avouerez que ce n'est guère probable. Après tout, Senneterre, instruit des bruits fâcheux qui courent sur madame de Pënâfiel, agit en galant homme en niant tout à cette heure. ”
“ On aurait l’air en vérité de s’être inféodé à ses caprices ; on serait de véritables ilotes ! ajouta-t-il avec indignation. — Vous avez bien raison, lui dis-je, voilà de l’indépendance, un noble dédain des services reçus : rien de plus courageux ! Mais est-il bien avéré que MM. de Merteuil et de Senneterre se soient occupés de madame de Pënàfiel, et que ce motif que vous dites ait été celui de leur défi ? ”
Ivanhoë Caron, La région de l’Abitibi : terres à coloniser
“ On trouve au village de Senneterre, un moulin à scie, quatre magasins, deux hôtels, et une maison de pension. On y achève la construction d’une école et d’un presbytère-chapelle. Le premier curé, l’abbé L.-A.-O. Huart, est arrivé à Senneterre, le 9 octobre 1918. Un notaire vient de s’y établir. ”
“ En effet, à quoi que se voue l’intrépidité, elle se fait toujours admirer. Il me parut aussi qu’un homme à cheveux blancs, d’une physionomie remplie de dignité, s’approcha de M. de Merteuil, et lui fit sans doute quelques observations pressantes sur le danger de cette course. Ces observations, accueillies avec la grâce la plus parfaite, demeurèrent pourtant sans effet ; car, en présence de cette foule si attentive, MM. de Senneterre et de Merteuil, quel que fût le véritable intérêt de leur défi, ne pouvaient malheureusement paraître reculer devant le péril. ”
Émile Benoist, L’Abitibi, pays de l’or
“ Plus au sud que Louvicourt, la région n’est pas encore cartographiée par le ministère des Terres et Forêts, aucun relevé géologique n’a même été fait. Une compagnie s’est fait autoriser à construire un chemin de fer entre Senneterre et Mont-Laurier. Le projet est-il sérieux ? Rien ne l’indique encore. Les soixante et quelques milles de la route Senneterre-Rouyn, côté est, si cahoteux qu’ils soient, sont déjà soumis à un roulage intense. De chaque côté de la voie, à double rang parfois, cabanes en billes et tentes se succèdent. ”
Nicolas Goulas, Mémoires de Nicolas Goulas, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Orléans… (1879-1882)
“ Ces deux prosneurs-cy, gens de la cour, pouvoient s'estre licenciés jusques là par complaisance aux supérieurs, et Mr de Senneterre aussi pouvoit avoir donné le conseil qui étoit celuy de tout le monde, car constamment d'Hemery le proposa, et il fut appuyé de Monseigneur avec ces paroles : que le meilleur expédient à prendre étoit d'étourdir avec un horrible coup de tonnerre. ”
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné,
Lettres de Madame de Sévigné/Édition Monmerqué…
“ Je vous vois entêtée de la vertu, comme si c’étoit une chose solide, et vous méprisez le bien, comme si vous ne pouviez jamais en manquer. Ne savez-vous pas ce que disoit le vieux Senneterre [8] , homme d’une grande expérience, et du meilleur sens du monde, que les gens d’honneur n’avoient point de chausses ? Nous vous verrons un jour regretter le temps que vous aurez perdu ; nous vous verrons repentir d’avoir mal employé votre jeunesse, et d’avoir voulu avec tant de peines acquérir et conserver une réputation qu’un médisant vous peut ôter, et qui dépend plus du hasard que de votre conduite. ”
Émile Benoist, L’Abitibi, pays de l’or
“ Val d’Or est certes bien situé, au centre de la zone minière du lac de Montigny, pour profiter pleinement de l’exploitation du sous-sol abitibien. Il est moins que certain toutefois qu’il supplante et Noranda-Rouyn et Amos, qu’il éclipse complètement Senneterre. Ce qui parait plus vraisemblable, c’est que les centres qui existent déjà progresseront sans se nuire, sans nuire non plus à d’autres centres qui surgiront immanquablement dans tous les coins de ce pays. ”
Émile Benoist, L’Abitibi, pays de l’or
“ Un magma attire l’autre à ce qu’il semble. Le magma humain qui bouillonne ici, le long des deux grandes routes qui vont de Senneterre vers Rouyn et vers Mont-Laurier, le long des routes tributaires de ces deux-là, ce magma, dans lequel entrent des éléments des races de toutes les couleurs, paraît aussi inextricable que le magma géologique des âges anciens. Celui-ci a pourtant produit, en se refroidissant, des filons d’or natif dans le quartz pur. Le magma humain, comme l’autre, finira sans doute par se tasser et se refroidir. Val d’Or, la métropole de deux ans, n’est-elle pas assagie déjà ? ”
Henry Martin, Exposition de portraits peints et dessinés du XIIIe au XVIIe siècle… (1907)
“ En buste de 3/4 à gauche ; coiffée d'un béguin, les habits ne sont qu'indiqués. A la sanguine : [Mme de Chastillon.] Bouchot, Portraits, p. 158. Publié par Alph. Germain. Dessin aux crayons. 224. Jeanne de Laval-Loué, dame de Senneterre La Ferté. – Jeanne de Laval, né le 3 septembre 1549, à Maillé, fille de Gilles II de Laval et de Louise de Sainte-Maure, épousa François, seigneur et comtour de Saint-Nectaire et de la Ferté Nabert, dite depuis la Ferté S.-N ectaire, ou Senneterre, bailli des montagnes d'Auvergne et lieutenant général au gouvernement de Metz en 1556. Il mourut vers 1595. ”
Alcius Ledieu,
Esquisses militaires de la guerre de Trente Ans
(1888)
“ En apprenant que cette armée venait de traverser l'Aa, la Meilleraye quitta aussitôt le camp de Polincove, où il laissa les bagages à la garde d'une partie de ses troupes et alla rejoindre la Ferté-Senneterre. Le grand maître envoya un détachement jusqu'à la digue de Saint-Nicolas, où se tenait l'armée ennemie, avec mission de l'attaquer, puis de battre en retraite jusqu'aux régiments de cavalerie et d'infanterie placés en embuscade dans une prairie. Le comte de Fuentès donna dans le piège ; les deux armées se battirent avec fureur. ”
Valentin Conrart,
Mémoires de Valentin Conrart
“ Estrades venant en France apporta des lettres du prince d’Orange au cardinal de Richelieu et pour mieux parvenir à son dessein en parla à Chavigny [3] , qui étoit alors des plus puissans auprès de lui. Chavigny lui dit qu’il en falloit parler à Senneterre, ami intime de Bullion, et lui donner part du profit, parce qu’il étoit homme fort intéressé. Estrades lui dit franchement ce qu’il croyoit qu’il y auroit de profit ”
Henri-Charles de Senneterre, Nouveaux contes de fées (1745)
“ Ses Agneaux cependant étoient tristes & béloient comme pour l'appeller ; l'un conduit par la faim, s'avançoit vers un arbuste frais & verdoyant, mais lorsqu'il en étoit près, il n'avoit pas la force de le brouter ; tournant la tête de toutes parts, il cherchoit des yeux sa Bergere, & se plaignoit de ne point la rencontrer : une brebis que la soif avoit conduit auprès d'une Fontaine, lui répondoit par ses gémissemens. Silvandre désespéré alla s'asseoir à l'ombre d'un chêne où elle se reposoit quelquefois, dans l'espérance qu'elle pourroit y venir. ”
Henri-Charles de Senneterre, Nouveaux contes de fées (1745)
“ Là Silvandre reprit son chalumeau, & après avoir joué un air que Cephise ne manquoit pas d'applaudir, il lui mettoit son chalumeau entre les mains , & lui apprenoit la façon de souffler & de remuer les doigts pour le jouer. Cephise avoir beaucoup de plaisir à tout cela, & fur tout, parce que c'étoit le même chalumeau qui avoir touché les lèvres de Silvandre. ”
Henri-Charles de Senneterre, Nouveaux contes de fées (1745)
“ Silvandre cependant le trouvoit dans un air doux & tranquille, environné de Jardins délicieux, mais il soupiroit & cherchoit des yeux la chere Cephise ; il souhaitoit d'être avec elle pour la rechauffer entre ses bras il cherchoit à distinguer son Troupeau pour le dérober à la voracité des Loups. La Fée lui représentoit combien il étoit heureux en comparaison de ceux qu'il voyoit ; mais il s'estimoit le plus infortuné de tous les hommes étant séparé de sa Bergere, qui le rendroit heureux, même au milieu des maux cruels dont il etoit le témoin. ”
Henri-Charles de Senneterre, Nouveaux contes de fées (1745)
“ Il y avoit déjà quelque tems que le Berger étoit arrivé dans la plaine, & tandis que son Troupeau paissoit autour de lui , assis à l'ombre d'un hêtre, il jouoit fur son chalumeau quelques airs tendres. La Fée y vint en Bergere, & n'avoit rien oublié de ce qui pouvoit contribuer à sa gentillesse. Elle étoit sui vie d'un Troupeau extrêmement riche. Elle comptoit faire par là quelque impression fur Silvandre, qui n'en, avoit qu'un très-médiocre. Elle s'ap¬ procha de lui, & lui adressa la parole. ”
Gustave Derennes, Les coeurs héroïques (1887)
“ Ses rouets se vendaient dans tout le district de Fougères. Rapidement, il était devenu presque riche. Tous le savaient répu- blicain de la première heure, et comme il était serviable et bon, tous l'aimaient. Mais, ce que tous ne savaient pas, c'était un bout d'histoire ancienne, que Jean Sennerède cachait au fond de son cœur et qu'il n'oubliait point. Son père n'avait été tué par les gabelous que parce qu'il avait été trahi et livré à eux par un métayer de M. de Haute-Roche, un certain Jean-Marie Renart, qui, en apparence, faisait cause commune avec les paysans. ”
Jacques de Voragine,
La Légende dorée
(1261-1266)
“ Sénèque lui répondit : « Étant homme, je crains la mort et ne désire point mourir. » Et Néron : « Hé bien, moi aussi je te crains, comme déjà je te craignais dans mon enfance, et je ne vivrai pas tranquille tant que tu vivras ! » Alors Sénèque dit : « Si je dois mourir, accorde-moi du moins de choisir mon genre de mort ! » Et Néron : « Choisis-le à ton gré, pourvu seulement que tu meures tout de suite ! » Sur quoi Sénèque s’ouvrit les veines dans un bain, et mourut de l’écoulement de son sang, justifiant ainsi le présage de son nom ; car se necans signifie : qui se tue de sa propre main. ”
Gédéon Tallemant des Réaux,
Les Historiettes
“ On dit pourtant que quand madame de Senecterre mourut, Senecterre dit : « Bon, bon j’épouserai peut-être une princesse. » En effet, on assure qu’il l’avoit épousée et qu’il en eut une fille, qui est présentement à Faremoutier en Brie, dont une parente de Senecterre est abbesse. Elle est religieuse et a avec elle une sœur, sa cadette, qui peut avoir vingt ans et qui est une belle fille ; mais elle ne veut point prendre l’habit qu’on ne fasse donner une abbaye à sa sœur, et qu’on ne la fasse coadjutrice [3] . ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ Elle ne s’était point encore décidée, quand un ordre aussi cruel qu’imprévu força M. de Senneville à repartir pour aller servir en Amérique. Mademoiselle Dumeix s’était bien gardée de déclarer à mon père quel séjour j’habitais, de quelle profession j’y faisais l’apprentissage, et de m’apprendre quels retours heureux pour nous pouvait amener celui de M. de Senneville. Il partait ; il allait combattre, il pouvait périr. À quoi bon embarrasser mon imagination ! À quoi bon risquer de me dégoûter de mes études, de me faire regarder comme désormais au-dessous de moi de m’y appliquer ! ”
Émile Amiel, L'éloquence sous les Césars (1864)
“ Mais, quand les jours deviennent plus sombres et qu'il ne peut plus douter de la haine de Néron, Sénèque rompt avec ses allures, ses opinions, sa forme du passé : que l'on compare les Bienfaits, publiés vers les dernières années de sa vie, les Questions Naturelles, qu'il n'acheva qu'alors, et surtout les Lettres à Lucilius avec les opuscules de sa jeunesse ou de son âge mur ; la métamorphose est complète : Sénèque a dépouillé le vieil homme ; ce n'est plus un rhéteur, un fanfaron de sagesse ; c'est un sage véritable, qui parle avec le cœur, non plus avec l'esprit ”
Gustave Derennes, Les coeurs héroïques (1887)
“ Soudain l'un d'eux avisa Jean Sennerède, qui achevait tranquillement son morceau de galette. — Eh! l'homme, d'où es-tu? dit-il en lui touchant l'épaule. — De Fougères. — Où vas-tu? — A Ernée, pour acheter des pièces de bois. — Reste avec nous. — Je ne peux pas, j'ai femme et enfant. Tout semblait terminé; mais un réfractaire, plus échauffé que les autres, reprit : — Es-tu chouan ou pataud? Sennerède tressaillit, mais il se remit vite : — Je ne suis qu'un pauvre homme, et je ne fais point de politique. Dans un coin, le père Palicot feignait de dormir. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Philosophe
“ « Je n’ai pas l’esprit enclin à la flatterie, et Néron le sait mieux que personne : il a plus souvent trouvé en moi un homme libre qu’un esclave. » Et ces autres mots : « Que restait-il à l’assassin de sa mère et de son frère que d’être aussi le bourreau du maître qui éleva son enfance ? » Et quand Tacite eût négligé ici de rappeler la fameuse lettre au sénat, Sénèque, en face de la mort, eût-il pu refouler ce souvenir accablant et osé parler de la sorte, avec cette fière sérénité ? ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ L’avez-vous connue, Senneville, cette divine Charlotte ? — Non, mon ami. — Votre... ami !... Non, Senneville... je n’ai point d’honnêtes gens pour amis... L’abbé de Saint-Lubin était... mon... ami... Voilà... les amis... dignes de moi !... — Ne vous agitez pas, sir Georges. » Et puis nous étions quelques minutes à ne nous rien dire ; alors il recommençait... « Voilà donc le fruit des conseils... de... Saint-Lubin... et... des bons offices de... Brigitte... Ils ont bien fait... de m’échapper ! » ”
André-Robert Andréa de Nerciat,
Monrose ou le Libertin par fatalité
(1792)
“ L’honnête mais dissimulé personnage dont il s’agit, ne connaît pas la douceur des épanchements. Je sais seulement que, vaincu dans une première action, il a de cette disgrâce la rage dans le cœur : il veut s’en venger ou périr. — Quittons-nous donc : il est malheureux pour moi que Senneville se trouve aussi être l’ami de sir Georges Brown. ”
F. Fouqué, Revue des Deux Mondes
“ Sénarmont examine les cristaux; il y aperçoit un octaèdre. Le doute n’était plus possible, la nature était prise sur le fait : « Vous aviez raison, dit-il à Sainte-Claire Deville; mes facettes provenaient du groupement de plusieurs cristaux; j’aurais dû le deviner; je suis bien aise que vous m’ayez, cité, j’ai ce que je mérite; cela fait mon compte. — Vous reconnaissez donc, lui dit Deville, que loyalement je devais publier l’observation des facettes sous votre nom. — Eh bien! oui, répond Sénarmont, vous êtes un brave homme... et moi aussi. »Et ils s’embrassèrent. ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 30 septembre 1865
“ Sénèque a souvent défini le rôle qu’il assigne à la philosophie, et ce rôle est tout à fait celui que nous attribuons à la religion. « Tu es appelé, dit-il à son sage, auprès des malheureux ; tu dois secourir des misérables, des naufragés, des gens qui ont la tête sous la hache qui va les frapper. » Aussi toutes les âmes souffrantes, et le nombre en était grand alors, avaient-elles recours pour se guérir à la philosophie. Nous avons conservé la lettre qu’un jeune homme de grand avenir, un des officiers de la garde de Néron, Annæus Serenus, écrit à Sénèque pour lui dévoiler l’état de son âme. ”
