“ N’est-ce pas que le grand, le bon, le divin, l’adorable Scott est bien le contre-poison de Byron ? Aussi, lorsque, l’âme toute meurtrie, vous fuyez avec désespoir le terrible château de Manfred, avec quelle reconnaissance vous vous trouvez dans la demeure riante et paisible de Scott, de ce vieillard si doux, si grave et si serein ! Comme il vous accueille avec tendresse ! comme sa pitié est touchante ! comme il vous apaise, comme il vous console ! comme il montre le monde sous un jour pur et radieux en exaltant tout ce qu’il y a de noble, de bon, de généreux dans le cœur humain ! ”
Résumé
Arthur, roman d'Eugène Sue, dévoile les souffrances de l'amour et les dilemmes moraux à travers les parcours de personnages tels que Hélène, Falmouth ou Marguerite. Publié au XIXe siècle, l'œuvre allie passion, déception et réflexion sur les rapports sociaux, illustrés par des thèmes comme la solitude, la calomnie et le sacrifice.
Les citations mettent en évidence une sensibilité à la fois poétique et critique, soulignant les tensions entre idéalisme et réalité. L'œuvre, marquée par des récits de douleur et de réconciliation, incarne une profonde émotion et les enjeux humains.
Citations de Arthur (Eugène Sue)
“ Je quittai donc Catherine, ivre d’un espoir aussi impatient qu’aux premiers temps de notre tendresse. Il me semblait l’aimer encore plus ce jour-là qu’un autre jour ; j’avais fait mille rêves d’or sur cette entrevue, mon cœur débordait d’amour et d’espoir. Ce soir-là, elle m’avait paru encore plus belle, encore plus spirituelle, encore plus écoutée, encore plus admirée que d’habitude ; et, il faut le dire à notre bonté, c’est presque toujours l’éloge ou le blâme des indifférents ou des envieux qui font les alternatives d’ardeur ou de refroidissement que subit l’amour. ”
“ Aussi chaque jour je me réjouis de ma détermination ; la plénitude du bonheur me déborde, mes souvenirs les plus cruels s’effacent, mon âme est engourdie dans une félicité si enivrante, que le passé même, autrefois si désolant, me devient indifférent. Hélène, Marguerite, Falmouth... votre souvenir ne m’apparaît plus que pâle, lointain... voilé. Je me demande comment j’ai pu tant souffrir pour vous et par vous. Mais qu’entends-je sous mes fenêtres ?... C’est le son de la lyre albanaise de Daphné qui invite Noémi et Anathasia à danser la romaïque... ”
“ Être obligée de cacher ma douleur, mes regrets désespérés, comme j’avais caché mon bonheur ! Car, à qui aurais-je pu dire : Je souffre ? qui m’aurait crue ? qui m’aurait plainte ? qui m’aurait consolée ?... Le monde a quelquefois pitié d’un sentiment coupable,... mais pour un chagrin sacré comme le mien, il n’a que des railleries ! car à ses yeux c’est un ridicule ou un mensonge... Pleurer son mari ! le regretter avec amertume, vivre de souvenirs poignants, n’exister que par la pensée d’un être qui vous fut cher... qui croirait cela ?... Et puis pourquoi le dire ? ”
“ Je voulais secouer ce chagrin, me livrer à toutes les dissipations de la vie, chercher d’amoureuses distractions dans une autre liaison ; mais il faut bien du temps, bien de la volonté, pour qu’un cœur profondément épris puisse changer d’amour. Lorsqu’ils se savent aimés, et qu’ils possèdent la femme qu’ils aiment, jamais les hommes n’éprouvent le moindre scrupule à faire une infidélité ; mais lorsqu’ils désirent passionnément, et qu’ils sont encore à espérer un aveu, l’inconstance leur est presque impossible. Ils n’ont le courage d’être fidèles que tant qu’ils n’ont pas le droit de l’être. ”
“ Lorsqu’ils s’opiniâtrent à combattre la résistance d’une femme sérieusement attachée à ses devoirs, la plupart des hommes ne sont souvent animés que par l’amour de la lutte, que par l’espoir d’un orgueilleux triomphe. Ce n’étaient pas ces sentiments qui me faisaient persister dans mon amour pour madame de Fersen, c’était une sorte de confiance sans bornes dans la pureté de son cœur, dans la noblesse de son caractère ; c’était la certitude de pouvoir l’aimer avec toutes les chastes voluptés de l’âme, sans craindre d’être dupe d’une sévérité feinte ou d’une menteuse pruderie. ”
“ Resté seul, ces mots d’Hélène, dits avec tant d’amertume : — Allez ! vous n’aimerez jamais rien. Vous serez toujours malheureux ! me causèrent une sensation étrange ; je compris que c’était presque un aveu que mon silence. Puis enfin, pensant à son trouble, à ses réticences, je ne doutai plus qu’elle ne m’aimât ; et cette espèce d’aveu de sa part me ravit si profondément, que je restai longtemps ivre de joie à me promener çà et là comme un insensé, sans pensées fixes, sans projets, mais heureux... oh ! profondément... heureux d’un bonheur ineffable mêlé d’un radieux orgueil. ”
“ Après une visite d’une demi-heure, lord Falmouth prit congé d’Hélène, qui, sans se lever, lui rendit son salut de l’air du monde le plus affable ; Frank sonna, conduisit lord Falmouth jusqu’à la porte du salon, et le salua. Je me cachai quand lord Falmouth remonta en voiture ; puis je revins aux volets. Frank ni Hélène n’étaient plus dans le salon ; ils étaient allés tous doux contempler leur enfant, et je les vis sourire près de son berceau en le regardant avec amour, comme s’ils eussent rapporté à cette angélique petite créature ce bonheur inattendu qui leur arrivait. ”
“ Cette tristesse n’était pas amère ; elle était douce, remplie de charme et de mélancolie. Les idées qu’elle a émises ont été nobles, sérieuses, élevées. Ce contraste m’a profondément frappé... Il y a dans l’âme de certaines femmes d’inépuisables trésors de délicatesse. Chez celles-là, tout s’épure par le sacrifice, tout s’idéalise par l’ardeur presque religieuse dont elles aiment, par le sentiment des devoirs sacrés qu’elles trouvent dans l’amour, par une sorte de contemplation douloureuse où les plonge toute pensée d’avenir. Chez nous, l’horizon est bien plus borné. ”
“ Cette existence que je dédaigne ferait la joie et l’orgueil du grand nombre, et pourtant, par je ne sais quel honteux caprice qui insulte au bonheur tout fait que le destin m’a donné, je préfère errer ainsi à pied, en promenant une tristesse incurable à travers ces rues fangeuses. Une femme belle et jeune, noble et spirituelle, qui réunit enfin tout ce qui peut flatter la vanité de l’homme, m’a enivré de l’amour le plus pur, et après deux mois d’un bonheur idéal, sans raison et sans honte, j’ai follement, j’ai brutalement foulé aux pieds cet amour avec colère et mépris ! ”
“ « Irène... Irène... me voici... — lui dis-je à voix basse. — Irène... mon enfant... ta mère est aussi là... » — dit Catherine avec un accent de passion et d’affreuse anxiété impossible à rendre. L’enfant ne parut pas d’abord nous avoir entendus. « Irène... c’est votre ami... c’est Arthur et votre mère n’entendez-vous pas sa voix ?... — Ta mère... mon Dieu !... mais ta mère est là !... » — répéta Catherine. Cette fois le regard de l’enfant n’erra plus... et elle fit un brusque mouvement de tête, comme si un accent lointain l’eût tout à coup frappée. ”
“ Oh ! qu’il s’est bien peint dans Manfred ! Tenez : le château de Manfred, si sombre et si désolé, c’est en vérité sa poésie ! c’est son terrible esprit !! Sans défiance vous entrez dans ce château, dont l’aspect sauvage et élevé vous a frappé ; mais une fois entré, une fois sous le charme de son hôte impitoyable, les regrets sont vains, il vous dépouille sans merci de vos croyances les plus pures, les plus chéries ; et puis, quand la dernière vous est arrachée, quand la dernière étincelle de foi est éteinte en vous, le grand seigneur vous chasse avec un sourire insultant ”
“ Comme toujours, l’affection qu’elle m’avait témoignée m’apparut dans toute son enivrante douceur lorsque je l’eus perdue, et, par une contradiction fatale, je me sentais l’aimer plus passionnément que jamais. Je m’appesantissais avec une sorte de jouissance cruelle sur tout ce que je venais de sacrifier si indignement, non pas à la défiance, mais à une espèce de monomanie aussi méchante qu’imbécile ; j’en souffrais affreusement sans doute, mais qu’importait cela ? Le fou furieux souffre aussi ; le mal qu’il fait est-il moins du mal ? ”
“ Au contraire, si vous souffrez pour une cause indigne, votre cœur est noyé de fiel ; votre douleur concentrée ressemble à une rage muette que la honte contient, à une morsure aiguë que la vanité cache ; l’envie et la haine vous rongent, mais vos yeux sont secs, et le malheur d’autrui peut seul vous arracher quelque pâle et morne sourire. Telles furent du moins les deux nuances de chagrin bien tranchées que je ressentis, lors de la mort de mon père, et lors de ma rupture avec Hélène et Marguerite. ”
“ Tu es sur le seuil de la vie ; deux voies te sont ouvertes : l’une mystérieuse, vague, imprévue ; l’autre fixe et assurée : dans celle-ci, le passé te répond presque de l’avenir ; c’est un honneur commencé qu’il dépend de toi de poursuivre ; vois quelle existence douce et riante : la sérénité des champs, les souvenirs de famille, la paix intérieure. Tu as assez de richesses pour vivre au milieu de tous les prestiges de luxe et de bénédictions de ceux que tu secourras ; Hélène t’aime depuis l’enfance, tu l’aimes... ”
“ Mais, hélas ! cette extase durait peu, et de cette sphère radieuse je retombais souvent dans le noir abîme du doute le plus détestable, du scepticisme le plus humiliant. Ma défiance de moi et ma crainte d’être dupe des sentiments que j’éprouvais s’exaltaient jusqu’à la monomanie la plus ombrageuse. Au lieu de croire Falmouth attiré vers moi par une sympathie égale à celle que je ressentais pour lui, je cherchais à pénétrer quel intérêt il pouvait avoir eu à m’offrir de l’accompagner. ”
“ Je ne pouvais plus d’ailleurs m’abuser ; ce qu’il y avait de bas, d’égoïste et de faible en moi l’emportait de beaucoup sur ce qu’il me restait de noble, de grand et d’élevé dans le cœur. Ma conduite avec Hélène me l’avait prouvé. L’homme qui calcule et pèse sordidement les chances de ses impulsions, l’homme qui se retient d’éprouver une généreuse attraction de peur de la voir déçue, celui-là est dépourvu de force, de grandeur et de bonté. La méfiance côtoie la lâcheté ; de la lâcheté à une cruauté froide, il n’y a qu’une nuance. ”
“ J’ai toujours hardiment envisagé les phases les plus cruelles de ma vie. Il ne me restait aucun espoir d’être jamais aimé de madame de Fersen. Je rassemblai donc religieusement dans mon cœur et dans ma mémoire les moindres traces de cet amour ineffable, comme on conserve les restes précieux et sacrés d’un être qui n’est plus, pour venir chaque jour les contempler avec une tristesse rêveuse, et leur demander le charme mélancolique des souvenirs. ”
“ À ce soir ! ! ce soir-là, il se fait que le ciel est pur, les bois verts et touffus, les fleurs étincelantes, l’air saturé de parfums ; enfin, par un hasard adorable, tout ce qui frappe votre vue est riant et paisible. Rien de triste, de sombre, ne vient obscurcir votre lumineuse auréole. Vous faut-il dire avec amour combien vous jouissez de cette rare et divine harmonie ! les expressions naissent pleines de fraîcheur et de grâce ; votre esprit allègre et épanoui brille de mille saillies ; s’il se tait, alors votre cœur parle et murmure d’ineffables tendresses ”
“ C’est que la première révélation d’un chagrin longtemps caché cause à l’âme, où il se concentrait douloureusement, un soulagement si ineffable, qu’entièrement sous le charme de cette bienfaisante effusion, on ne songe pas à remarquer l’impression qu’on a produite. C’est seulement ensuite, lorsque le cœur, déjà moins souffrant, se sent un peu ravivé par ce divin épanchement, que, levant les yeux avec espoir, on cherche dans un regard ami quelques larmes de tendresse et de commisération. ”
“ Cette adoration pieuse et profonde pour la mémoire de son mari, qui avait dû m’expliquer la vie de Marguerite, ne me parut plus alors qu’une fable grossière dont je m’indignais d’avoir été un instant la dupe ridicule. — Je crus de nouveau et plus opiniâtrement que jamais à toutes les odieuses calomnies d’autrefois. Aussi, cruellement irrité d’avoir cédé à un élan de noble confiance, et un moment oublié ce que j’appelais ma pénétration et ma sagacité, les ressentiments les plus détestables se soulevèrent dans mon cœur. ”
“ Au delà de l’étang, une belle pelouse de gazon entourée de bois montait en pente douce jusqu’à la façade de la maison que devait habiter madame de Fersen, et qu’on apercevait au loin. La vue s’arrêtait de tous côtés sur un horizon de verdure formé par un bois épais qui contournait les hautes murailles du parc et les cachait entièrement. Sans doute on eût pu désirer mieux pour la variété des aspects ; mais comme notre vie au Bocage devait être entourée du mystère le plus profond, cette immense et impénétrable barrière de feuillage devenait très-précieuse. ”
“ Lorsque nous arrivâmes sur cette rade, nous n’y trouvâmes qu’un grand mystic sous le pavillon sarde qui était à l’ancre assez loin de la Gazelle. La nuit venue, la lune parut dans tout son éblouissant éclat au milieu d’un ciel magnifiquement étoilé ; l’air était parfumé par la senteur des orangers des jardins d’Hyères. Falmouth me proposa une promenade sur la côte : nous partîmes. Nous suivions une rampe de rochers fort à pic, élevée de vingt-cinq ou trente pieds au-dessus du rivage qu’elle contournait, et sur lequel venaient paisiblement mourir les lourdes lames méditerranéennes. ”
“ Voyez-vous, ma chère, au milieu des distractions du monde, on peut assez convenablement remplir son office d’amant, et ignorer de bonne grâce les antécédents de cœur de l’objet aimé ; rien de plus ridicule, d’ailleurs, que celle inquiétude du passé ; car vous appartient-il ? L’avenir reste, et le diable sait ce qu’il nous réserve. Mais pour remplir avec quelque supériorité ce rôle d’amant sans aïeux... dans celle mystérieuse idylle qui a pour spectatrices habituelles vous et votre femme de chambre ; mais pour jouer au moins comme les autres à une maisonnette et son cœur ! ”
“ C’était en comparant l’amour que j’avais ressenti pour madame de Pënàfiel à mon amour pour madame de Fersen que j’appréciais le charme généreux et entraînant de cette séduction. Sans doute Marguerite avait été indignement calomniée ; j’en avais eu des preuves flagrantes ; mais, si absurdes que soient les bruits qui outragent la femme que vous aimez, ils vous causent toujours un ressentiment pénible. En admettant même que vous parveniez à vous convaincre de leur fausseté, vous reprochez alors à la femme qui en est victime de n’avoir pas l’esprit de sa vertu. ”
“ Hélas ! pardon, ô mon père ! car c’est peut-être un misérable et sordide instinct qui m’a répondu à votre place ; sans doute, rougissant de ma bassesse, j’ai voulu attribuer à votre influence cette infernale pensée, le premier doute qui soit venu pour jamais troubler le flot riant et pur de mes croyances ; pardon, mon père, encore une fois pardon, si dans le moment où, dévoré d’angoisse, je vous demandais quelle arrière-pensée il pouvait y avoir à l’amour d’Hélène, mon égoïsme brutal m’a répondu : « VOTRE FORTUNE, CAR HÉLÈNE EST PAUVRE !!!... » ”
“ Elle voit... elle voit ! — dit le médecin avec une vivacité qui nous sembla de bon augure. — Elle est sauvée ! — s’écria Catherine joignant ses mains comme si elle eut remercié le ciel. — Pas de fol espoir ! madame, — reprit sévèrement et presque durement le docteur Ralph. — Je vous l’ai dit, cette apparence de vie est factice... C’est le galvanisme qui fait mouvoir un cadavre, un souffle peut briser l’imperceptible lien qui attache encore cette enfant à la vie. ”
“ La compagne de madame de Pënàfiel formait avec elle un contraste frappant ; elle semblait avoir dix-huit ans au plus, et la première fleur de la jeunesse s’épanouissait sur son visage frais, régulier et candide ; elle était vêtue de blanc, et ses cheveux, noirs comme l’aile d’un corbeau, se collaient sur ses tempes ; ses sourcils d’ébène se courbaient bien arqués, et ses yeux bleus, un peu étonnés, révélaient cette sorte de joie enfantine d’une jeune fille qui jouit avec une curiosité avide et heureuse de toutes les pompes du spectacle et des délices de l’harmonie. ”
“ Aussi, sans être remarquablement belle, Hélène eût été sans doute de ce très-petit nombre de femmes dont on ne songe jamais à admirer la toilette, la voiture ou l’hôtel, de quelque exquise et suprême élégance que tout cela soit : leur seule présence harmonisant et s’assimilant, pour ainsi dire, toutes ces merveilles. Tant de gens sont les enseignes, les accessoires ou les contrastes de leur luxe ! et si peu savent lui donner ce rare et adorable reflet, peut-être comparable aux rayons du soleil, qui seul peut embellir encore les plus hautes magnificences ! ”
“ Pouvoir, quand la voix du cœur se tait, jouir en silence de cette extase recueillie, et se distraire de ces délices par d’autres délices ; se parler encore d’amour par la voix sublime des divins poëtes de tous les âges, ou par l’harmonie céleste des grands maîtres, mélodie ravissante qu’une main chérie fait vibrer à votre oreille ; comparer enfin l’exquise beauté qu’on idolâtre, l’expression inimitable de ses traits, à tous les prodiges de l’art, et se dire avec orgueil : Elle est plus belle ! ”
“ La souffrance est alors à son paroxysme, mais elle ne peut que décroître ; elle est aiguë et pénétrante, mais elle se peut analyser : vos ennemis sont nombreux, sont menaçants, sont terribles, mais vous les voyez, mais vous les pouvez combattre. Vous luttez ainsi, ou, comme un loup blessé, qui, au fond de son antre, n’attend sa guérison que du temps, replié dans votre souffrance solitaire, vous pouvez, proche ou éloigné, assigner un terme à votre chagrin, et espérer au moins dans l’oubli... L’oubli !... cette seule et inexorable réalité de la vie. L’oubli ! ”
“ Catherine me vit, fut d’un bond près de moi, et m’entrainant auprès du berceau elle s’écria avec un accent déchirant : « Sauvez-la ! ayez pitié de moi, sauvez-la ! » La voix de madame de Fersen était brève, saccadée ; et quoique son beau visage fût abattu et marbré par les larmes et par la fatigue, on sentait sous ces apparences de faiblesse l’énergie surhumaine qui soutient toujours une mère tant que son enfant a besoin d’elle. « Un moment... — dit le docteur Ralph d’une voix basse et grave... — Ceci est notre dernier espoir... ne l’aventurons pas. » ”
“ Sur quoi désormais ma défiance pouvait-elle d’ailleurs s’exercer ? Le parfum d’une belle fleur ne trompe pas, les splendeurs d’un magnifique paysage ne trompent pas... la beauté exquise des formes ne trompe pas ; et puis quel intérêt, quelle arrière-pensée supposer à la fleur qui embaume l’air ? à l’oiseau qui chante ? au vent qui murmure dans les feuilles ? à la mer qui baigne le rivage ? à la nature enfin qui déploie tant de trésors, tant de couleurs, tant de mélodies et tant de parfums ? ”
“ Byron ! Byron ! si cruel et si désespérant ! cœur méchant et dur ! Quand on songe pourtant que, par une inexplicable fatalité, tout esprit jeune et riche d’un trésor d’illusions inestimables s’en va justement les prodiguer à ce démon méprisant et insatiable ! c’est à croire en vérité à la loi des contraires. — Mais rien n’est plus évident que l’attraction des contraires, — dit lord Falmouth. ”
“ Me sentant aimer madame de Pënâfiel ainsi que je l’aimais, devais-je essayer de lui offrir de tendres consolations ? Pouvais-je espérer d’affaiblir un jour dans son cœur le souvenir déchirant de cette affection : réussirais-je ! l’oserais-je ! — Torturée par des regrets désespérés, cette âme aussi noble que délicate devait être d’une susceptibilité de douleur si ombrageuse, si farouche, que, de crainte de la blesser à jamais, je ne pouvais sans les ménagements les plus extrêmes lui parler d’un meilleur avenir. ”
“ Lorsque nous quittâmes le chalet, le soleil jetait ses reflets de pourpre et d’or dans les eaux paisibles de l’étang. Les acacias secouaient leur neige rose et embaumée. On n’entendait aucun bruit... de tous côtés l’horizon était borné par de grandes masses de verdure... nous nous trouvions au milieu de la solitude la plus profonde, la plus paisible, la plus mystérieuse... Sans doute émue à la vue de ce tableau d’une mélancolie si douce, Catherine s’accouda sur le balcon du chalet, et resta quelques minutes rêveuse. ”
“ Après ma rupture avec Falmouth, si indignement provoquée par moi, me reconnaissant incapable ou indigne de toute affection généreuse, puisque j’y cherchais toujours les arrière-pensées les plus misérables, je crus que la vie matérielle ne m’offrirait ni les mêmes craintes ni les mêmes doutes... Qui m’avait jusqu’alors rendu si malheureux ? N’était-ce pas la peur de passer pour dupe des sentiments que j’éprouvais ? la crainte d’aimer à faux ? Aussi, en concentrant à l’avenir ma vie dans l’adoration des réalités, que pouvais-je risquer ? ”
Termes fréquents
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