“ Falmouth monta sur le pont. Il avait repris son masque d’insouciance habituelle. — Milord, tout est prêt, lui dit Williams, Votre Grâce veut-elle combattre ce pirate à la voile ou à l’abordage ? — Qu’est-ce que vous aimez le mieux, du combat à l’abordage ou du combat sous voile ? me demanda Falmouth, comme s’il se fût agi de choisir entre du vin de Bordeaux ou du vin de Madère. — Cela m’est absolument indifférent, lui dis-je en souriant ; agissons sans cérémonie : confiez-vous au goût de Williams, c’est le plus sûr. ”
Falmouth
Définition et enjeux
Citations sur “Falmouth”
“ Après une visite d’une demi-heure, lord Falmouth prit congé d’Hélène, qui, sans se lever, lui rendit son salut de l’air du monde le plus affable ; Frank sonna, conduisit lord Falmouth jusqu’à la porte du salon, et le salua. Je me cachai quand lord Falmouth remonta en voiture ; puis je revins aux volets. Frank ni Hélène n’étaient plus dans le salon ; ils étaient allés tous doux contempler leur enfant, et je les vis sourire près de son berceau en le regardant avec amour, comme s’ils eussent rapporté à cette angélique petite créature ce bonheur inattendu qui leur arrivait. ”
“ Le capitaine du yacht que Falmouth me présenta, et qu’il appelait Williams, grand et robuste jeune homme de vingt-cinq ans environ, avait une figure douce et candide. Il était, me dit Falmouth, fils d’un de ses fermiers de Suffolk. La plupart des marins de la goëlette appartenaient aussi à ce comté, où le lord possédait de nombreuses propriétés riveraines de la mer. Le lieutenant du yacht, frère cadet de Williams, s’appelait Geordy. Plus jeune que lui de cinq ou six années, il lui ressemblait extrêmement : même apparence de force, de calme et de douceur. ”
“ Somme toute, l’ensemble de cette proposition ne me déplut pas ; et je répondis, après un assez long silence dont Falmouth semblait attendre l’issue avec impatience : — Quoiqu’à ma grande honte la curiosité de voir Canaris brûler un vaisseau turc ne soit pas positivement ce qui me décide, j’adhère complètement à votre projet, et vous pouvez me regarder comme un des passagers de votre goëlette. — Nous voilà donc réunis pour longtemps ! me dit Falmouth. Tant mieux, car j’ai à vous délivrer de bien des préjugés. Je le regardai avec étonnement, je le priai de s’expliquer ; il éluda. ”
“ Lorsque nous arrivâmes sur cette rade, nous n’y trouvâmes qu’un grand mystic sous le pavillon sarde qui était à l’ancre assez loin de la Gazelle. La nuit venue, la lune parut dans tout son éblouissant éclat au milieu d’un ciel magnifiquement étoilé ; l’air était parfumé par la senteur des orangers des jardins d’Hyères. Falmouth me proposa une promenade sur la côte : nous partîmes. Nous suivions une rampe de rochers fort à pic, élevée de vingt-cinq ou trente pieds au-dessus du rivage qu’elle contournait, et sur lequel venaient paisiblement mourir les lourdes lames méditerranéennes. ”
“ « Voilà de la glu pour prendre la mouche anglaise... » c’est-à-dire la goëlette de Votre Grâce. — C’est à merveille, dis-je en souriant à Falmouth ; nous sommes encore au port, et voilà les dangers qui commencent. Vous êtes vraiment gâté par le destin... — Je comprends parfaitement leur projet, reprit Falmouth ; ils comptent sans doute remplacer leur affreux mystic par ma jolie Gazelle. Ce serait pour eux une excellente acquisition ; car, une fois propriétaires de mon yacht, aucun navire de guerre ne pourrait les atteindre, et aucun bâtiment marchand ne pourrait leur échapper. ”
Alphonse Esquiros,
Revue des Deux Mondes
“ Située à l’embouchure de la rivière Fal, qui forme en cet endroit un magnifique estuaire, et sur les rives ondoyantes d’une baie étroite et profonde, elle jouit naturellement d’un excellent port, dominé par de gracieuses collines, entre lesquelles s’ouvrent ça et là des échappées de verdure. La nature a beaucoup fait pour Falmouth : ses habitans ont fait encore plus que la nature. Ils aiment leur ville, — c’est le mot d’un d’entre eux, — comme on aime une femme. ”
“ Je regardai M. de Cernay avec étonnement, et, pendant que lord Falmouth était sorti pour donner quelques ordres, je demandai au comte si véritablement lord Falmouth partait pour Londres. — Il part réellement, me dit M. de Cernay. Il lui prend souvent ainsi la fantaisie de parler sur une question politique qui lui plaît et qu’il traite toujours avec une incontestable supériorité ; mais il déteste si fort Londres et l’Angleterre qu’il descend de voiture à Westminster, siège, parle, remonte en voiture, et revient ici. ”
“ Mais, hélas ! cette extase durait peu, et de cette sphère radieuse je retombais souvent dans le noir abîme du doute le plus détestable, du scepticisme le plus humiliant. Ma défiance de moi et ma crainte d’être dupe des sentiments que j’éprouvais s’exaltaient jusqu’à la monomanie la plus ombrageuse. Au lieu de croire Falmouth attiré vers moi par une sympathie égale à celle que je ressentais pour lui, je cherchais à pénétrer quel intérêt il pouvait avoir eu à m’offrir de l’accompagner. ”
“ Je m’adressais de préférence à lord Falmouth, parce que, malgré sa réputation d’homme absolument blasé, et son dédaigneux et profond scepticisme de tout et de tous, il était le seul, parmi les gens de ma connaissance, à qui je pusse faire cette confidence délicate. J’avais d’ailleurs quelquefois remarqué chez lui, sans doute en raison de ce vulgaire axiome « que les extrêmes se touchent, » une grande propension, non pas à éprouver, mais du moins à contempler, si cela se peut dire, des émotions jeunes, naïves et heureuses. ”
“ Il a infiniment d’esprit et du meilleur, me répondit-il, une instruction prodigieuse, et une non moins merveilleuse expérience pratique des hommes et des choses ; ayant voyagé dans les quatre parties du monde et surtout vu les principales cours de l’Europe, comme les peut visiter un pair d’Angleterre, fils aîné d’un des plus grands seigneurs des trois royaumes, et qui jouit, en attendant mieux, de cinq à six cent mille livres de revenus ; et, avec tout cela, Falmouth est le seul homme véritablement blasé et ennuyé que je connaisse ; il a tout épuisé, rien ne l’amuse plus. ”
“ Si, égaré par un accès d’incurable folie, j’ai outrageusement insulté Falmouth, ne lui avais-je pas sauvé la vie en risquant la mienne ? Sans doute le bien que j’ai fait n’empêche pas le mal qu’on peut me reprocher ; mais n’est-il pas affreux de songer que ce qu’il y a eu de noble et de bon dans ma conduite disparaîtra toujours sous le flot d’amertume et de haine que ma défiance à soulevé ! ”
“ Falmouth était le meilleur, le plus noble des hommes, je le sais... Je serai toujours désolé de ma conduite à son égard. Mais quand je compare ma vie, maintenant si complètement heureuse, à l’avenir studieux et politique qu’Henry me peignait sous de si brillantes couleurs ; en vérité, puis-je regretter autre chose que l’amitié que j’ai si follement perdue par mes soupçons affreux. ”
“ Je regardai de nouveau lord Falmouth, croyant qu’il plaisantait ; il était, comme toujours, fort calme et fort sérieux. — Eh bien ! me dit-il lentement, voulez-vous être ce compagnon ? — Mais de quoi s’agit-il ? lui demandai-je en souriant. — Je ne puis vous le dire encore ; mais si vous acceptez mon offre, voici ce que vous aurez à faire : d’abord, compter sur un voyage d’un an au plus... ou sinon... — Éternel... je comprends. Ensuite ? — Ne prendre avec vous qu’un homme, sûr, vigoureux, déterminé. ”
“ Certainement. — Eh bien ! est-ce que vous n’avez jamais été tenté d’aller voir cela ? — Mais d’aller voir quoi ? — D’aller voir Canaris incendier un vaisseau turc ? — me dit Falmouth de l’air du monde le plus indifférent, et comme s’il eût été question d’assister à une course ou de visiter une manufacture. — Je vous avoue, — lui dis-je en ne pouvant m’empêcher de sourire, — que je n’ai jamais eu, jusqu’à présent, cette curiosité-là. — C’est étonnant, — reprit Falmouth ; — moi, depuis six mois, je ne rêve que de Canaris et de son brûlot... ”
“ Le yacht de Falmouth se trouvait mouillé dans la baie de Frais-Port, en rade de Porquerolles. La Gazelle était merveilleuse de luxe et d’élégance ; rien de plus joli, de plus coquet que ce petit navire. Toute sa capacité intérieure avait été réservée à l’habitation de Falmouth. Ce logement, fort commode, consistait en un salon commun et en deux chambres à coucher, ayant chacune une salle de bains. À l’avant étaient les cabines du capitaine et du lieutenant du yacht. Quarante matelots composaient l’équipage ; ils portaient des vestes bleues à boutons armoriés aux armes de Falmouth ! ”
“ Néanmoins, en songeant aux contradictions si extrêmes et si inexplicables de la nature humaine et à la plus que modeste simplicité que Falmouth affectait parfois, je ne regardais pas cette misérable arrière-pensée comme absolument inadmissible. Sans renoncer à cette honteuse supposition, je vis encore dans sa proposition l’insouciance dédaigneuse d’un homme blasé, qui prendrait au hasard et indifféremment le bras du premier venu pour faire une longue promenade, pourvu que ce premier venu suivît la même direction que lui... ”
“ Enfin, avant six mois, il gagnera ce qu’il voudra, et alors il perdra la seule chose qui, à mon avis, lui messied, c’est-à-dire la réserve un peu fière de ses façons ; car la fortune détend les âmes élevées, tandis qu’elle guinde les âmes basses jusqu’au sublime du ridicule et de l’insolence. Ces louanges données à Frank par un homme habituellement aussi froid que lord Falmouth, ces louanges me firent mal, car elles consacraient à mes yeux, d’une manière irrécusable, tout le bien que malgré moi je pensais du mari d’Hélène. Je remerciai lord Falmouth de son obligeance ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Lorsque lord Falmouth entra, il salua profondément Hélène, qui l'accueillit avec une réserve polie, pleine de charme et de dignité. Frank, par ses manières, me parut saisir avec une parfaite mesure le point précis où doit s'arrêter la fierté de l'artiste, pour faire place à l'affabilité de l'homme du monde ; puis, sans doute, d'après la demande de lord Falmouth, il lui montra quelques cartons, et je vis sur la figure ordinairement si impassible de ce dernier, se révéler presque de l'enthousiasme, à propos de je ne sais quel dessin ”
“ Soit, me dit Falmouth, mais le mendiant doit avoir de bonnes jambes, je vous en réponds. J’ai aussi remarqué ce bâtiment, il est affreux ; et cependant je suis sûr qu’il marche comme un dauphin... Tenez, regardez l’immense envergure de ses antennes, qu’il vient de hisser. ”
“ Après ma rupture avec Falmouth, si indignement provoquée par moi, me reconnaissant incapable ou indigne de toute affection généreuse, puisque j’y cherchais toujours les arrière-pensées les plus misérables, je crus que la vie matérielle ne m’offrirait ni les mêmes craintes ni les mêmes doutes... ”
Eugène Ney, Revue des Deux Mondes
“ SUR LE MISSISSIPI. La corvette Falmouth, sur laquelle je passai de la Havane à Pensacola, faisait partie de la station américaine des Antilles, et portait vingt-quatre canons de 32 et deux cent vingt-cinq hommes d’équipage. Il s’en faut que toutes nos corvettes soient de la dimension du Falmouth. Presque tous les bâtimens américains, quoique de même rang, sont plus forts que les nôtres. Il est une loi en vigueur aux États-Unis qui défend la construction de vaisseaux portant moins de soixante-quatorze canons, mais qui ne s’oppose pas à ce que ce nombre soit dépassé. ”
“ Ce n’était pas tout : à peine avais-je quitté Paris avec lord Falmouth, que, par un misérable caprice, je me repentais d’avoir entrepris ce voyage ; non que j’en redoutasse l’issue, mais j’aurais préféré être seul, pour pouvoir bien envisager mon chagrin, lutter avec lui corps à corps, et en triompher peut-être. Je l’ai bien souvent éprouvé : quand on souffre, rien de plus funeste que de vouloir se distraire de sa douleur. Si pendant quelques moments vous parvenez à engourdir vos maux, le réveil en est horrible. ”
“ Un de ses gens entra. — Priez M. Williams de descendre, — dit Falmouth. Le valet sortit. — Williams et Geordy nous serviront de témoins, — me dit impérieusement Falmouth. Je fis un signe de consentement machinal... j’étais anéanti... Williams descendit. — Où sommes-nous, Williams ? Quelle est la terre la plus proche ? — Le vent ayant soufflé du nord depuis ce matin, mylord, il nous met en bonne route pour Malte. S’il continue, nous pourrons y arriver demain soir. ”
Charles Marchal, Veillées sur terre et sur mer, par M. de Bussy (1857)
“ L'oiseau se rengorge, fait la roue et fixe sur nous ses yeux verts, d'un air effaré. Pour ne pas troubler davantage leurs épanchements, nous prenons congé du vieillard. Le lendemain nous allâmes prendre le thé chez sir Harris. Sa mère et sa soeur nous firent les honneurs de la maison avec une grâce parfaite. Nous y trouvâmes réunie la plus riche société de Falmouth. Sir Harris parut dans le plus grand enchantement de nous voir. Il avait invité, pour nous faire honneur, notre capitaine et quelques-uns de nos passagers. ”
Jules Lecomte,
La femme pirate. T. 2
(1846)
“ Ils se rencontreront infailliblement... alors... oh alors! En attendant, et tandis que l'agile frégate que monte Albermald double la pointe dé Falmouth, noyant dans l'eau bleue d'une belle journée de soleil, la carène de cuivre rouge qui forme sa cuirasse sous-marine, tandis que le brick-goëlette auquel Rannock a rendu son ancien nom de Dorade, y baigne son ventre gros de bandits, et que le petit cutter y plonge ”
Mary Elizabeth Braddon,
Le brosseur du lieutenant. Tome 2
(1869)
“ UNE PARFAITE UNION. 259 long et ennuyeux même pour un voyageur moderne, bien que de nos jours la route ait bien changé. Il était tardle lendemain au soir quand elle arriva à Falmouth, après une journée de diligence, et elle s'établit à l'hôtel principal avec sa femme de chambre, qui était beaucoup plus fatiguée que sa maîtresse, ainsi que cela est naturel. La diligence qui passait par Landresdale pour se rendre dans quelque district plus éloigné et plus sauvage partit de Falmouth le lendemain de très-bonne heure. Maude se mit en route, seule cette fois. ”
Eugène Sue,
Arthur
(1838)
“ Soit fausse honte de sembler être déjà sous le charme, soit dissimulation, je lui répon- dis en souriant : — Mais madame de Pënâfïel me semble avoir une extrême simplicité de manières, un esprit candide et dénué de toutes prétentions, un naturel enchanteur, et dire enfin tout naïvement ce qu'elle pense. — Eh bien ! sur ma parole, — me répondit lord Falmouth avec son ironie grave, — vous avez bien jugé, aussi vrai que nous sommes en plein midi, au milieu d'une épaisse forêt, à entendre le ramage des oiseaux. —Puis il ajouta sérieusement: — Ce qu'il y a d'infernal chez elle, c'est la fausseté. ”
Samuel White Baker,
L'enfant du naufrage
(1888)
“ Le capitaine était fort embarrassé; où chercher, en effet, le témoin que Marie exigeait? Tout à coup il songea à la fille du geôlier; elle savait peut-être le nom du corsaire français qui avait combattu le lougre : et, sans doute, les autorités de Falmouth lui donneraient quelque indication qui lui permettrait de retrouver Léontine pour la supplier de l'aider dans son entreprise. La veille de Noël, Joe Smart partit pour la ville; la neige tombait en épaisses ondées ”
Charles Marchal, Veillées sur terre et sur mer, par M. de Bussy (1857)
“ L'estomac et les passions parlent souvent plus haut que la conscience chez une foule d'hommes qui, mieux dirigés, protégés, moralises, auraient suivi la route du bien. Rade de Falmouth, il bord de la Maria, 18 juillet. Tout le monde est rentré à bord.—Les marins ont eu beaucoup de peine à s'arracher à la terre, pour laquelle ils ont un amour cosmopolite, qui — 74 — commence en Europe, se noue aux Antilles et se dénoue dans les mers de l'Inde. ”
