“ L’historien n’est pas exempt de doutes sur son « œuvre de guerre. » Si loin qu’on pousse la gravité et l’indépendance, on n’a pas avec les vivants la même liberté qu’avec les morts. Plus d’un secret demeure obscur, beaucoup de documents et de témoignages échappent. De ces faits si complexes nous ne connaissons partiellement qu’un côté, qui est le nôtre; à peine pouvons-nous aujourd’hui entrevoir ce qui s’est passé chez l’ennemi. M. Madelin a trop le goût de la science pour avoir beaucoup celui de l’actualité. Je gage qu’il lui tarde de revenir à ses études sur le Consulat et l’Empire. ”
Fidus
Élements biographiques
Fidus, pseudonyme d’un journaliste et collaborateur de la Revue des Deux Mondes, incarne une figure centrale de la critique littéraire et historique du XIXe siècle. Son œuvre, principalement publiée dans la revue qu’il contribua à façonner, explore les liens entre mémoire collective et actualité, entre science et imagination, ainsi que entre idéaux intellectuels et réalités sociales.
À travers des analyses percutantes et des réflexions sur l’histoire, la littérature et l’art, Fidus interroge la tension entre le passé et le présent, affirmant une vision nuancée de l’humanité et de ses enjeux. Son style, à la fois rigoureux et poétique, révèle une profondeur intellectuelle qui place ses textes au cœur des débats de son époque.
Citations de Fidus
“ Sous sa direction, l’École Normale devient un foyer scientifique de premier ordre, d’où sortiront la plupart de nos professeurs d’enseignement supérieur ; et un laboratoire d’idées, où se heurtent les convictions les plus disparates, où les discussions se prolongent quelquefois jusqu’à l’aube, où les paradoxes escaladent le ciel en feux d’artifices, où l’esprit critique triomphe. Tel est le milieu où Joseph Bédier se trouve maintenant plongé. Les premiers maîtres, ici, sont les normaliens eux-mêmes ; chacun impose à ses voisins un peu de sa personnalité, et prend le meilleur des autres. ”
“ Conçoit-il le sujet de quelque œuvre nouvelle, de ces œuvres qui semblent paradoxales au début, et que le temps transforme en vérités évidentes ? S’il songe aux jours du passé, il peut les contempler avec fierté. Dans la frêle matière de l’existence humaine, il a su tailler des souvenirs qui durent. Il a connu les âpres labeurs et les joies de la science, les délices de l’art, et surtout, — juste récompense d’avoir uni toujours les lettres et la vie, — la plus belle forme de l’action, l’action sur les âmes. ”
“ Il est rare qu’un romancier ne se mette pas en scène, ne fût-ce qu’une seule fois. Flaubert lui-même nous a livré quelque chose de sa jeunesse dans son Frédéric Moreau. Si on ne raconte pas les événements de sa vie, si on ne fait pas son portrait, on prête du moins à un des fils de son imagination ses goûts, ses prédilections, ses idées, un peu de son humeur. Je cherche en vain dans l’œuvre de M. Estaunié un jeune homme ou un homme dont le caractère s’accorde au sien, qui exprime ses sentiments, ou simplement qui partage quelques-unes de ses préférences. ”
“ « Celui que je préfère n’est pas encore écrit ; il ne le sera peut-être jamais... Et je le désire ; presque. C’est un bien petit idéal que celui dont on peut se dire un jour qu’enfin on vient d’y atteindre. » Ne joignons pas notre vœu à celui-là. Mais souhaitons qu’André Corthis, comme elle le doit à sa jeune réputation, et comme elle nous le doit, nous donne maintenant une œuvre de complète maîtrise où son beau talent, qui mêle à tant d’intime ardeur un pittoresque si original, s’épanouira dans tout son éclat. ”
“ Faut-il s’étonner après cela que l’auteur du Miroir de la vie ait un sens si vif et si profond de la terre et du terroir. Il a eu beau courir l’Europe, se provoquer à l’admiration devant les chefs-d’œuvre étrangers, entonner son hymne devant les gloires consacrées du monde de l’art, il a gardé son cœur pour son pays natal, — et non pas seulement le pays de France, de la France centrale où il est né, mais de son canton, de son coteau de l’ilermitage, en face des âpres Cévennes et du Rhône retentissant. ”
“ Les hommes de l’Antiquité, pour cela seul qu’ils étaient des hommes, et les choses, parce qu’elles étaient les choses que nous connaissons, devaient produire des gestes et des phénomènes dont il faut tenir compte, même dans le silence des textes et la carence des monuments. L’Art et surtout l’Art grec stylise, choisit, simplifie, ne garde des actions et des costumes que ce qui s’accorde avec son sentiment de la mesure, de la dignité, de la beauté. Et il fait bien : l’enchantement produit par ses chefs-d’œuvre le prouve. ”
“ Les brillants causeurs que Robert de la Sizeranne rencontrait chez M. Taine ou chez Melchior de Vogué, il les retrouvait en Riviera, à Hyères, à Coslebelle, chez M. Paul Bourget, ou à Cannes, à Nice, au Cap Martin, chez des hivernants assidus de la Côte d’Azur. Il est lui-même un des fidèles de la Côte. J’oserai même dire qu’il s’y plaît mieux, qu’il s’y trouve plus chez lui qu’à Paris. Il y avait là un danger pour lui, un grand danger. La Côte d’Azur est devenue non seulement le symbole, mais l’inspiratrice de toute une émolliente et conventionnelle esthétique. ”
“ L’histoire d’autrefois n’absorbait pas tout entière la pensée de Georges Goyau ; l’histoire d’aujourd’hui le passionnait, et il ouvrait largement les yeux sur son temps. Ces années 1888-1892 marquent un moment décisif de la vie française. En politique, en littérature, en philosophie, partout, des tendances nouvelles se manifestent alors avec éclat. C’est le moment précis où la génération du second Empire, son œuvre finie, passe la main à celle qui lui succédera. ”
“ Trait bien digne de remarque : cet historien n’a rien d’une Cassandre. Il adore le passé, et le passé ne l’a pas dégoûté du présent. Il a vécu dans le cloaque sanglant de la Convention, et ce spectacle ne l’a pas découragé de l’humanité. Il est passionnément admirateur de Napoléon, et il ne fait pas de vœux pour le voir revenir. Il connaît l’histoire, il connaît le monde, il a fait la guerre, traversé les grands carnages des batailles, et il continue de faire crédit à la vie. La vie le récompense de tant de confiance. ”
“ C’est la pensée invisible au fond des yeux les plus limpides. C’est la mort de l’amour sous les gestes habituels de l’amour. Ce sont les illusions éteintes dont la lumière survit encore dans notre regard. L’auteur des Choses voient et des Solitudes ne l’ignore pas. Mais, s’il ne se cachait pas de son travail d’écrivain, il en défendait jalousement l’intimité, et il ne parlait jamais de ce qui était pour lui plus que ses fourmis pour M. Lethois et plus que sa Sainte pour l’abbé Taffin. ”
“ Vouloir éliminer en histoire « l’équation personnelle, » obliger l’historien à n’être en quelque sorte qu’un simple appareil enregistreur, c’est d’abord chose impossible et illusoire, et, si c’était possible, ce serait le réduire à la plus parfaite insignifiance. Bacon disait de l’art qu’il est l’homme ajouté à la nature, homo additus naturæ ; il faut dire de l’histoire qu’elle est, et qu’elle ne peut pas ne pas être l’homme ajouté aux faits, homo additus rebus. Georges Goyau, — et il faut l’en louer, — a mis sa personne dans son œuvre. ”
“ La Peur de vivre n’est pas l’œuvre la plus forte de M. Henry Bordeaux, mais les circonstances où elle parut, en font, — dans l’expression morale du mot, — sa meilleure œuvre. Prenant l’offensive, il affirmait nettement que la vie, loin d’avoir abandonné les foyers traditionnalistes, y était à ce point en honneur, que dans les âmes affaiblies par l’étroit individualisme se trouvait au contraire, avec l’effroi du devoir, la peur de vivre. ”
“ L’Histoire se souvenait qu’avant d’être savante, elle doit être une histoire, qu’elle est avant tout reci : l’art de conter la belle histoire, et qu’à cette condition seulement elle a chance d’être vraie. Et l’on voit pourquoi le public applaudissait M. Madelin : c’est que l’histoire pour lui n’est jamais qu’une manière de représenter la vie. Si. jamais M. Madelin songe à publier ses Mémoires, il devra, s’il n’est pas un ingrat, écrire à la première ligne : « Je suis un homme heureux. » Il respire l’activité, la joie inouïe de faire l’œuvre pour laquelle on est né. ”
“ Tout récemment un critique d’une rare pénétration, M. Thibaudet, analysait en eux les effets de l’empoisonnement par le silence. Ils ne souffrent pas seulement de leur obstination à se taire : ils ont senti ou compris que, même si nous voulions tout dire, nous ne le pourrions pas. Seuls les esprits superficiels se livrent parce qu’ils n’ont rien à livrer. Nos paroles, nos confidences, ne sont que des ébullitions à la surface d’une âme dont l’impuissance à s’exprimer retient le meilleur d’elle-même ou le pire dans ses muettes profondeurs. ”
“ Il y a chez Balzac, — pour ne parler que des morts, — autant d’observations que dans toute une bibliothèque d’Économie sociale, et ni la fantaisie ni le pittoresque de Jérôme Paturot n’empêchent l’œuvre de Louis Reybaud d’être le bilan le plus complet et le plus juste des espoirs et des désillusions de 1848. Les grands coloristes dessinent aussi bien que les autres : si l’on voit moins leur dessin, c’est qu’il y a, aussi, de la couleur. Chez Louis Bertrand, il y a, et cela dès ses premiers livres, une pensée très arrêtée. ”
“ La race est réaliste, mais sans rien de vulgaire. Thonon est l’avant-garde de la Savoie vers cette petite Méditerranée qu’est le Léman. La gravité savoyarde s’y tempère de grâce. Une enfance qui s’écoule là s’empreint de sensibilité. Un foyer plein de noblesse s’est fondé là du jour où le jeune fonctionnaire, devenu avocat, a épousé la fille des magistrats de Savoie. Le père, la mère, nous les apercevons, plus ou moins voilés, mais toujours admirables, dans presque tous les livres de M. Bordeaux : heureux ceux d’entre nous qui, par surcroît, y ont reconnu des traits chers à leur enfance ! ”
“ Et, dans ce pays abrupt et sauvage, placé si haut au-dessus des plaines, où se mêlent trois peuples différents, où résonnent trois idiomes, Robert de la Sizeranne reconnaissait les principaux traits de son paysage intérieur, — paysage de montagne aux bleus un peu froids et mélancoliques, comme dans les fonds de tableaux du Vinci, mais tout égayé par le sourire du grand soleil italien. Une éducation comme celle-là, faite par les plus beaux paysages du Nord et du Midi, peut suffire pour un poète lyrique. Quand on veut être un esthéticien et un historien de l’art, il y faut tout autre chose. ”
“ Pour M. Louis Bertrand, comme chacun sait, cette seconde patrie, c’est l’Afrique. On comprend, alors, le sens de son aphorisme : « La patrie n’est pas là où dorment les morts ; elle est partout où la France est vivante. » Et, sans doute, elle vit très intensément en Algérie, en Tunisie, au Maroc, — mais surtout elle vit au soleil ! Je doute qu’il eût éprouvé le même enthousiasme sacré s’il l’avait vue vivre au Canada, par exemple... Il lui faut non seulement du soleil, mais un soleil sans ombre, le soleil sur le désert nu et sur les ruines calcinées. ”
“ S’il est vrai que la guerre permet de mesurer la valeur morale de nos contemporains, suivant ce que chacun d’eux a fait ou n’a pas fait pour elle, nous allons le voir à l’épreuve. Il se mettra tout entier au service de la patrie. Il lui offrira le secours de cette intelligence lucide, qui va au cœur des problèmes, qui distingue aussitôt où gît la difficulté, et qui sait comment la résoudre. Ces années d’études, ce long effort, ces réflexions sur la recherche de la vérité, qui ont rendu sa pensée si souple et si forte, ne seront pas perdus pour la grande cause. ”
“ « La civilisation, complexe, à la fois délicate et pensive, humaine en tout et pour ainsi dire à l’excès, n’a absolument aucun point de contact avec l’état sauvage. Chose étrange à dire et bien vraie pourtant, ce qui manque à la France, en Alger, c’est un peu de barbarie... La première chose qui frappe le sauvage, ce n’est pas la raison, c’est la force. » Assurément, pas plus que Victor Hugo, Louis Bertrand ne veut dire qu’il souhaite une régression vers des coutumes inhumaines. ”
“ Ce qui est vrai des gestes, l’est encore bien plus des âmes. Quand nous voulons évoquer la « vie antique, » il ne faut pas prendre garde seulement à ce qui est de « l’antique, » mais aussi à ce qui est de la « vie. » Or rien ne ressemble autant à la vie que la vie même. Si les restitutions qu’on nous fait du passé sont en contradiction avec elle, ce ne sont que « fantaisies d’esthètes, ou lourds cauchemars de bibliothécaires. « Ayant donc cru voir les foules antiques dans les foules orientales, M. Louis Bertrand voulut les faire voir. De là, son incursion dans le roman dit « historique. » ”
“ Prenons garde d’attribuer aux mathématiques l’œuvre du tempérament. Personne n’a reconnu le polytechnicien sous la souple composition des romans de M. Marcel Prévost ; et tous deux pourtant ont subi à la même époque, de la part des mêmes professeurs, la même discipline intellectuelle. Non seulement M. Estaunié n’a point transporté dans les vivants problèmes de morale et de psychologie la rigueur des théorèmes ; mais je sais peu d’hommes plus éloignés des applications qu’on prétend faire de la méthode scientifique aux questions qui touchent l’âme humaine et les arts. ”
“ Mais l’auteur de Ruskin et la religion de la Beauté me semble beaucoup plus chez lui dans le hall de quelque hôtel cosmopolite, ou dans une villa de la Côte d’Azur. En tout cas, nulle part, je ne l’ai trouvé aussi brillant que dans cette petite cour d’amis intimes, de gens du monde, de voyageurs notoires ou illustres que Mme Henri Germain avait su grouper autrefois, à Cimiez, dans sa villa Orangini. On ne reverra plus, je le crains fort, des « chambrées » comme celles qui se réunissaient en ce temps-là. C’était avant la guerre, sous les ombrages de l’hospitalière villa. ”
“ Le Dauphiné, où il naquit, n’a rien de méridional, ni de provençal. C’est un pays de forêts, de prairies, d’étangs, de cascades et de torrents, de hautes et merveilleuses architectures minérales. Bien avant d’avoir lu Ruskin, la Sizeranne y a pris l’admiration des rochers, des vieilles pierres, des moindres cailloux, pourvu qu’ils fussent singuliers, révélateurs de la plus humble intention de beauté. ”
“ Vers le sommet, il s’est acheminé, depuis vingt ans, d’un pied qui, évitant les faux pas, lui a permis d’atteindre les hauteurs bien avant que son soir tombât. Il n’est pas jusqu’aux hésitations du début qui n’ajoutent à la leçon de ce bon roman qu’est cette vie de romancier. Après avoir cherché sa voie, on l’aime plus. « Rien n’est plus favorable au talent, a-t-il avoué, qu’un mauvais début ; c’est le meilleur des excitants. » ”
“ Cette idée, dont l’histoire française de demain pourrait bien mettre définitivement en lumière la profonde justesse et la fécondité, est que le catholicisme, bien conçu et généreusement pratiqué, loin d’être la grande « force de réaction » que dénoncent les préjugés à la mode, est au contraire l’une des grandes forces sociales de l’avenir. Pour régler les rapports, si souvent faussés, entre le capital et le travail, entre l’État et les individus, l’Église dispose non seulement d’indications théoriques, mais de directions pratiques éprouvées. ”
“ Mais on a le droit de se dire quelqu’un, quand on a rendu réellement un cerveau à la critique d’art, qui, depuis Fromentin, n’en avait plus, quand on a fondé une sorte d’esthétique nationale, munie d’idées, défendue contre les contagions étrangères, regardant de haut les charlatanismes et les déliquescences des exploiteurs et des malades de l’art, — et quand enfin on joint à cela un style personnel, à la fois souple et fort, coloré, plastique, traversé de perpétuelles suggestions intellectuelles, quand on est, en un mot, un écrivain de race. ”
“ Robert de la Sizeranne, lui, contemplait les montagnes de son pays. Tout jeune, il a eu d’autres horizons que ceux d’un jardin de village. Entraîné par un père artiste, il a couru les Alpes, le sac de touriste au dos, et, le plus souvent, le carton à dessiner sous le bras. Il s’est promené à travers l’Oisan, le Vercors, la Savoie surtout. Il a connu la Meije à une époque où nul n’en parlait. Il a longtemps habité Margès, dans la vallée de l’Isère, et, des fenêtres du logis familial, il pouvait apercevoir, aux deux extrémités opposées de l’horizon, les Alpes et les Cévennes. ”
“ Nous n’en voulons jamais à ceux qui ont pensé que nous valions la peine qu’on fit de nous des hommes. Il est vrai que, dans le cas de M. Estaunié, cette discipline impérieuse eut ses compensations. Dès cette époque commençait son admirable intimité, que la mort seule devait interrompre, avec une mère dont la droiture, l’intelligence virile, la culture exceptionnelle, la tendresse, eurent tant d’action sur son caractère et son talent. ”
“ M. Henry Bordeaux avait trouvé sa voie. Il s’y enfonçait de son pas ferme et égal. Sans doute ne s’astreignait-il pas à la stricte formule qui avait fait la fortune de la Peur de vivre après celle du Pays natal. Il est romancier et, avant tout, aime son art. Mais dans toutes ses œuvres courait cet esprit assainissant qui les apparente toutes. Les Roquevillard, publiés en 1906, donnaient d’ailleurs une expression plus nette encore à ce que, récemment, un commentateur de l’œuvre entière, le docteur Garrère, appelait une « doctrine de vie. » ”
“ Il a hanté des hommes dont l’avenir dira qu’il n’en est pas de plus grands. Joffre, Foch, Castelnau, Pétain, Nivelle, Mangin, Fayolle, Debeney, Gouraud, l’ont reçu dans leur confidence. Il a surpris le secret des grands événements. Il en a sondé les acteurs. Il sait comment se fabrique une victoire de Verdun ou une bataille de la Marne. Rarement historien aura eu pareille chance. Quel usage M. Madelin fera-t-il de la sienne? Reviendra-t-il, muni de cette prodigieuse expérience, à ses grandes fresques du passé ? ”
“ Georges Goyau n’a jamais dévalisé que des bibliothèques. Ses matériaux une fois réunis et classés, il les met en œuvre avec un art savant et ingénieux qu’il faut essayer de définir. Il consiste essentiellement à laisser parler les faits. Par des citations habilement amenées, par des analyses, des résumés, des réflexions adroitement groupées et enchaînées, l’historien donne l’impression que les événements qu’il raconte, baignés en quelque sorte dans une calme atmosphère intellectuelle, se déroulent successivement sous nos yeux. ”
“ Il va sans dire que Robert de la Sizeranne n’a qu’un regard condescendant pour cet innocent décor. Par delà les jardins de villas et d’hôtels, il voit la grande nature harmonieuse, les grands paysages classiques de l’Esterel et des Alpes-Maritimes, les féeries lumineuses de la Méditerranée à toutes les heures du jour. Il vit de préférence à Hyères, parce que la nature y est moins gâtée qu’ailleurs par les jardiniers et les architectes que l’aspect du pays est plus provençal qu’italien, et qu’il y retrouve ainsi, avec une vie plus tranquille, la simplicité et la frugalité provinciales. ”
