“ M. LOUIS BERTRAND Les admirateurs de M. Louis Bertrand, — et ils sont nombreux, surtout parmi la jeunesse, — qui veulent connaître l’homme après s’être nourris de l’œuvre, où ils ont puisé comme un renouveau de vie et d’enthousiasme, ne trouvent pas aisément l’occasion de se satisfaire. L’auteur du Sang des Races et de Saint Augustin est une des figures les moins « parisiennes » qui se puissent imaginer. ”
Citations sur “Louis Bertrand”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Alors, je vis venir un adolescent dont la taille était prodigieuse. Il était vêtu d’une tunique blanche tellement éclatante que je fermai les paupières. Ses pieds ne touchaient pas le sol, tandis que son front se cachait dans les nuées. Impétueusement, comme un vent d’orage, ou comme un éclair, il passa devant nous, en me jetant une ceinture de pourpre, et une autre à Marien. Et je l’entendis qui criait : « Vite, hâtez-vous ! Venez avec moi ! » ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Cécilius songeait : « Et moi, qu’ai-je fait ? Quelles souffrances ai-je adoucies ? Quelles âmes ai-je gagnées ? » Il songeait ainsi, marchant de plus en plus courbé, se cognant le front au boisage. Brusquement, la piste montante s’inclina d’un mouvement rapide. Du haut en bas du couloir on entendait un vacarme de ferrailles, de choses lourdes qu’on entre-choquait. Le bruit se rapprocha, devint assourdissant : « Gare-toi ! Vite, vite ! » lança le contremaître, en se retournant. Ils n’eurent que le temps de se blottir dans une niche creusée à même la paroi. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Excuse-moi, ami très cher, je n’avais point songé à ces barbares, je n’ai songé qu’à toi. » L’évêque le regarda d’un air de reproche, mais il évita de répondre directement : « Et puis, toutes ces figures païennes ! reprit-il en tendant sa main vers les Néréides des mosaïques... – Vous ne les verrez pas de l’atrium, dit vivement Cécilius. Mais pourquoi ces scrupules ? Est-ce que des dieux en peinture te font peur ?... Tiens, il y a là, de chaque côté de la piscine, une statue d’Esculape et une autre d’Hygie. Je me suis borné à les faire couvrir d’un voile. » ”
Auguste Petit, Louis Bertrand, souvenirs de Dijon… (1865)
“ Ce dernier réunissait chez lui un petit cercle d'artistes, de notabilités du romantisme, formant comme une sorte de cénacle. Il prisait singulièrement les productions de Bertrand, et, ce qui valait mieux peutêtre, il s'était pris pour lui d'une vive affection que les années devaient fortifier encore, et à laquelle notre poète répondait avec l'élan d'un cœur ouvert à la reconnaissance et à toutes les émotions du jeune âge. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Pourquoi pas ? répliqua Birzil, la lèvre frémissante... Nous sommes déjà fiancés ! – Tu veux rire ?... Toi fiancée au fils d’un centurion ! » Elle le regarda bien en face et, avec une nuance sarcastique dans la voix : « C’est un chrétien, ce fils de centurion !... Je m’étonne que toi, qui l’es aussi, tu parles si dédaigneusement de tes frères !... Et puis qu’importe ! Il est beau, brave, il deviendra tribun, général d’armée ! Il peut même, comme un autre, prétendre à la pourpre. Aujourd’hui, tout soldat est un candidat à l’Empire... Mais à quoi bon tant de discours, puisque je l’aime ?... » ”
Louis Bertrand,
Revue des Deux Mondes
“ Le poêle ronflait dans l’obscurité plus dense. Toujours assis sur ma « marchette, » je continuais à ne pas bouger. Grisé par la chaleur, exalté aussi par le calme singulier de cette vieille maison, par une paix, un recueillement que je ne trouvais que là, je m’abandonnais à mes premières rêveries. Devant le trou rouge, qui perçait les ténèbres opaques, j’étais réellement en extase. Je prêtais l’oreille au grondement joyeux du fourneau, dont les flancs me semblaient tressaillir comme ceux d’un être vivant. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Toute cette cohue des esclaves et des goujats piétinait dans la poussière, parmi les aboiements des chiens, les hennissements et les piaffements des chevaux, le son prolongé des trompes qui se répondaient d’un bout à l’autre de la colonne. Elle se déployait sur une longueur de près d’un mille, barrant toute la voie Septimienne. Longtemps on aperçut, par-dessus le fourmillement des piques et les entassements des bagages, les épouvantails en plumes de vautours barbouillées de vermillon, qui se balançaient au rythme de la marche, comme des trophées sanglants. ”
Louis Bertrand,
Revue des Deux Mondes
“ Quand elle plaçait son mot dans la conversation, c’était généralement une expression imagée, sortie toute vive du terroir, un mot drôle, mais qui ne venait pas d’elle, qu’elle avait recueilli, soixante ans plus tôt, sur les lèvres d’une aïeule, d’un fermier, d’un vieux serviteur et que sa mémoire docile avait gardé. Elle était dépourvue de malice : naïvement, elle s’étonnait de tout. Son exclamation favorite était : « Peut-on ! » pour : « Est-ce possible ! » ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ A son tour, comme Nartzal et Flavien, il exhortait les frères. Il leur disait : « A quoi bon nous désoler ? Nous ne voulons pas de ce monde, qui nous persécute et qui nous torture. Pour quelle misère lui vendrions-nous nos âmes ? Travailler, prolifier, jouir, se divertir par ordre, voilà ce qu’il nous propose. Ah ! nous le vaincrons, ce monde de la matière et des sens, ce monde de la force et de l’iniquité ! Nous affirmerons la Justice et la Réalité uniques ! » ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Tu comprends ! si j’avais dénoncé les coupables, toute la mine aurait été décimée. Une foule d’innocents auraient péri dans les supplices. Si, au contraire, les chefs ne m’avaient pas cru, je m’exposais au ressentiment de mon collègue, un contremaître germain, aussi cruel que dissimulé, et qui est l’âme du complot. – Un Germain ! s’exclama Cécilius : il y a donc des Germains ici ! – Beaucoup, maître ! Ce sont des prisonniers de guerre. Celui dont je te parle a fini par se faire affranchir, à force de servilité devant les chefs. Il s’appelle Hildemond. Tu le verras, c’est un vrai bourreau ! ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ C’est pourquoi, à toutes les tentatives du procurateur, il n’opposa que le silence. Le lendemain, on lui remit ses chaînes. Mais, à sa grande surprise, il ne fut point expédié dans le sous-sol. On le replaça dans l’équipe de manœuvres où il se trouvait avant son accident. Il rentra dans l’ergastule où il se vit de nouveau accouplé avec l’Italien de Réate. Cet homme, ce serait dorénavant son double, l’ombre inséparable qui le suivrait jusqu’à son dernier souffle. À l’intérieur du campement comme dans les marches au dehors, l’un ne pouvait bouger sans l’autre. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Les aides du bourreau lui arrachèrent sa tunique à bande de pourpre, ses souliers à lunules d’or. Il était là pieds nus, frissonnant sur les dalles, comme tout à l’heure Marien. On l’affubla de haillons, d’une vieille blouse en toile bise, d’une espèce de couverture faite de lambeaux de toutes couleurs et de toute provenance, sordide et trouée, malgré des rapiéçages sans nombre. Sous ces loques dérisoires, le descendant des rois numides n’était plus qu’une lamentable épave, un pauvre être à la fois ridicule et touchant. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Il s’élança vers le maître de Muguas, qu’il reconnaissait, lui aussi : « Ah ! seigneur, je t’en prie : défends-moi contre l’officier ! » Il gesticulait violemment, apostrophait tour à tour Cécilius et Victor : « Allons ! laisse-moi ! cria-t-il à l’option, puisque l’illustrissime seigneur me connaît !... D’ailleurs, d’ici à Thubursicum, tout le monde connaît Pastor le voiturier... Tu peux demander à Lambèse, à l’Auberge de l’Aigle, ou à Verecunda, aux Trois Perdrix ! Je ne fais que le chemin. Je viens même quelquefois jusqu’ici avec mes équipages... » ”
“ De même, la Route du Sud-Algérien. Pour l’avoir chantée, Louis Bertrand est là-bas célèbre. Jusque aux confins du désert, les types de ses livres sont devenus héros légendaires. Il y a maintenant des auberges à l’enseigne : Pépète et Balthazar. Toute son activité, depuis, s’est employée à développer les germes contenus dans le Sang des races. « Je n’ai guère fait que prêcher la Méditerranée, » dit-il lui-même, et c’est vrai. ”
Louis Bertrand,
Revue des Deux Mondes
“ De mon temps, cet honneur semblait fixé dans la famille de mon petit ami Louis Génin. Je vois encore son père et ses oncles, aux jours de Fête-Dieu, sanglés dans leurs redingotes noires, nu-tête, le haut-de-forme collé sous l’aisselle, saisissant de leurs grosses mains calleuses les bâtons gainés de velours grenat et empanachés de plumes blanches, qui soutenaient les draperies cramoisies du dais. Ils avaient des figures singulièrement expressives, ces rudes ouvriers de la terre, en qui les instincts brutaux du paysan se tempéraient de bonhomie patriarcale. ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Tout à coup, un souffle véhément fouetta le visage de Cécilius. On approchait d’un puits d’aérage. « Attention ! » cria le contremaître, en poussant une porte massive, devant laquelle étaient tendues des toiles grossières, et qui servait à régler le tirage. Aussitôt les lampes s’éteignirent. Ils essayèrent inutilement d’allumer les torches. Des trombes d’air s’engouffraient à travers la galerie toujours plus basse : « Marche derrière moi, maître ! cria Mappalicus : tu sentiras sous tes pieds, comme les degrés d’une échelle, les bourrelets de terre tassés par les pieds des mineurs ! » ”
Louis Bertrand,
La vie amoureuse de Louis XIV
(1925)
“ Le Roi lui-même était auprès du lit de la jeune femme , quand commencèrent les douleurs de l' enfantement . Mais il ne put rester jusqu' au bout . L' étiquette l 'obligeait d' être à la chasse , ce jour-là . Étant donné la situation scandaleuse du couple , il faut bien avouer qu' il était impossible d' agir plus raisonnablement . A quoi rêvent ceux qui blâment , en cette circonstance , la conduite du Roi ! Celui-ci devait -il installer sa maîtresse en gésine dans la plus belle chambre du Louvre et convoquer toute la Cour à ses couches , comme pour une Reine de France ? ”
Louis Bertrand,
La Femme qui était retournée en Afrique
“ Avant tous ceux qui étaient là, le moribond avait perçu le bruit. Soudain il tressaillit, rejeta ses couvertures, se dressa sur ses deux mains. Lucius parut, traînant derrière lui une femme enveloppée de la tête aux pieds dans un grand voile gris. Elle s’arrêta sur le seuil de la chambre, se dévoila d’un geste brusque. Dans les plis de l’étoffe sombre, un visage flétri apparut, aux carnations lourdes & comme terreuses, si dénué d’expression que, tout d’abord, Augustin ne la reconnut pas. Pourtant c’était bien elle, Modesta, la femme qui, pendant quatorze ans, avait été sa compagne. ”
Auguste Petit, Louis Bertrand, souvenirs de Dijon… (1865)
“ Toute originalité est un » aiglon qui ne brise la coquille de son œuf que dans » les aires sublimes et foudroyantes du Sinaï. Oui, j'ai » longtemps cherché l'Art absolu. 0 délire 1 0 folie! » Regardez ce front ridé par la couronne de fer du mal» heur. Trente ans! et l'arcane que j'ai sollicité de « tant de veilles opiniâtres, à qui j'ai immolé jeunesse, (1) M. de Sainte-Beuve, dans sa spirituelle Notice sur Louis Bertrand , en tête de Gaspard de la Nuit. L'éminent écrivain voudra bien me pardonner plus d'un emprunt fait à ses appréciations judicieuses. » ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ « Tu feras donner pour sa peine cinq pièces d’or à cet homme ! » Puis il se banda les yeux de ses propres mains, pendant que les fidèles disposaient alentour de grands carrés de linge pour recueillir le sang. Le prêtre Julien, aidé d’un sous-diacre, après lui avoir lié délicatement les poignets, attacha derrière son dos les manches de sa chemise qu’il avait rabattue jusqu’à la ceinture. Sous les yeux béants des spectateurs, le saint s’agenouilla de nouveau, et, comme un homme qui se penche pour boire, il tendit le cou au bourreau... ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ Les païens eux-mêmes te demandent de te sauver ! – Oui, dit Cyprien, ils sont venus me trouver lorsque j’étais encore à Curube. Mes vieux amis, Publicola de Carpi, Liberalis d’Hadrumète, voulaient me faire évader. Ils me proposaient l’hospitalité dans leurs domaines. Ces jours-ci encore, quand j’arrivai aux Jardins, ils renouvelèrent leurs instances... » Straton le banquier crut devoir intervenir au nom de ses collègues : « Si tu le veux, Père, nous t’offrons l’argent pour le voyage. La voiture, les chevaux sont prêts. Tu n’as qu’à consentir : il est encore temps ! » ”
Louis Bertrand,
Sanguis martyrum
“ « Il ne faut pas mollir, il ne faut pas accepter l’injustice, il faut lutter jusqu’au bout. C’est à cause de cela que je souffre, que je vais mourir peut-être... » En même temps, il levait les bras pour passer le fardeau à l’homme qui était au dessus de lui. Ses bras étaient dressés tout droit comme ceux d’un supplicié suspendu par les deux mains. Il revit Marien devant le tribunal de Cirta, et, dans le moment où il évoquait la scène atroce, il manqua le paquet de briques qu’on lui lançait d’en bas. ”
Louis Bertrand,
La vie amoureuse de Louis XIV
(1925)
“ Enfin ! il allait jouir de ce qu' il souhaitait , de ce qu' il cherchait depuis si longtemps , un amour sincère , un abandon total . Il serait aimé , non plus parce qu' il était le Roi , mais parce que c' était lui ! Il serait aimé , comme ces jeunes fats qui faisaient tourner toutes Iles têtes féminines de sa Cour , comme Guiche , comme Vardes , comme Lauzun , – comme Don Juan ! Car , si une chose est certaine dans cette aventure , en somme si obscure sur une foule de points , c' est que La Vallière aima Louis de tout son cœur et qu' il la paya de retour . ”
Auguste Petit, Louis Bertrand, souvenirs de Dijon… (1865)
“ A tant de labeurs, de doutes, de déchirements, la vie de Bertrand s'était usée, l'âme avait dévoré l'enveloppe : sa fin était prochaine. Mais laissons parler le savant critique qui nous a laissé, dans des pages émues, le récit des derniers instants du jeune poète : «. Une première fois, se trouvant pris de la poi» trine, il était entré à la Pitié, dans les salles de » M. Serres, sans en prévenir personne de ses amis; » la délicatesse de son cœur le portait à épargner de la » sorte à sa modeste famille des soins difficiles et un » spectacle attristant. ”
Louis Bertrand,
Revue des Deux Mondes
“ Alors la bonne femme recourait immédiatement a son infaillible panacée, le saindoux, qui, pour elle, guérissait bêtes et gens : — Je vas lui mettre, disait-elle, un peu de « sayain ! » Et elle empiffrait de graisse le bec de la bestiole, qui râlait, et qui se sauvait de son giron, en battant des ailes. D’autres fois, elle remarquait qu’une poule était mauvaise couveuse. Au lieu de rester sagement à la « poulerie, » à couver ses œufs, ainsi qu’elle le devait, cette « évaltonnée » courait la prétentaine avec les coqs du voisinage : — C’est une coureuse ! ”
Louis de Carné,
Revue des Deux Mondes
“ Né en 1320, le jeune Bertrand fut long-temps à se préparer à son œuvre. Il grandit lentement, au milieu des obstacles que lui opposait la constitution d’une société qui faisait de tous les grands commandemens militaires l’accessoire obligé des hautes situations féodales. C’est une chose sans exemple et qui s’explique à peine dans le cours du xive siècle, que la fortune de ce pauvre gentilhomme d’une province reculée appelé à la cour de France pour y commander les armées, et voir les princes du sang et les seigneurs s’incliner sans murmure sous son épée de connétable. ”
Louis Bertrand,
La vie amoureuse de Louis XIV
(1925)
“ Entre l' ancienne gouvernante et le bâtard favori du maître , il s' établit une Alliance , pour ne pas dire une complicité assez vilaine . Par son petit Duc elle faisait échec aux manigances de la mère et dlle tenait le Roi . Néanmoins elle n' était pas tranquille . Elle ne le fut que lorsque , décidément , sa rivale fut renvoyée de la Cour , « chassée » ignominieusement dit Saint-Simon , qui ne mâche jamais ses mots . D' après lui , ce serait le duc du Maine , qui aurait brusqué les choses et mis sa mère à la porte de Versailles , en jetant son mobilier dans la rue . ”
