“ Attinchon, mes gins, crie Lovinfosse, qui a renettoyé la treille. Et voici le gros Hangneye qui apporte et jette son coq comme un paquet dans la treille. Le coq tombe droit sur ses pattes comme un chat et ne bouge pas. Il est énorme, tout rossai et rouge avec des petites lignes noires dans les plumes jaunes de son cou. On l’appelle Bonapare, tout le monde le connaît, on parle si souvent de lui dans le village, comme si c’était un homme, tellement qu’il est fort et malin et qu’il a fait des choses. Il a un bec tout noir qui est presque comme la corne de la chèvre de tante Dolphine. ”
Marcel Remy
Élements biographiques
Marcel Remy, auteur français du XXe siècle, distingue son œuvre par une prose rurale et familiale, marquée par une prosodie populaire et une vision anthropomorphique du monde animal. Ses textes, tels que Batte les coqs ou Le jour de mes Pâques, explorent les passages initiatiques, les conflits sociaux et les échanges du quotidien, souvent à travers des figures de tantes, oncles ou enfants.
La langue, imprégnée de dialectes locaux, dévoile une attention méticuleuse aux détails sensoriels et aux subtilités du comportement humain, illustrée par des descriptions mémorables comme celle du coq Bonapare ou de l’angoisse d’une douleur dentaire. Son œuvre, riche en récits brefs et en méditations existentielles, résonne d’une poétique de l’ordinaire.
Citations de Marcel Remy
Marcel Remy, Les ceux de chez nous/Mal de dents
“ À force que je la fais enrager avec mon doigt, il y a le rèchon qui m’coule hors de la bouche par longs filets, la pointe de mon doigt est devenue toute molle et blanc-moètte comme les mains de Trinette quand elle les laisse longtemps dans la samneure. Djoug ! djoug ! c’est mon dent qui dogue, je ne lui ai rien fait pourtant et il attaque tout seul. C’est comme si on me donnait tout le temps des petites bouffes al g..., des coups de poing dans ma joue et que je ne pourrais pas me revenger. J’ai si mal et je suis si fâché sur tout le monde que je choule tant que je peux. ”
Marcel Remy, Le jour de mes Pâques
“ Chez ma tante Dolphine, ici tout près, c’est vite fait. Elle regarde toujours comment on est habillé et si les affaires vont comme il faut. Alors elle me fait tourner et ratourner devant elle ; elle tire mon gilet par devant, mon paletot par derrière et mon pantalon en haut, puis mon devant de chemise en bas, elle refait le floquet de ma cravate, elle m’embête de tous les côtés. — Tirez votte main hors de votte poche, qu’elle dit. On ne fait pas comme ça ; c’est les petitès gens et les ouvriers qui mettent leur poing comme ça au fond de leur poche. ”
“ Elle m’embête toujours, elle, Trinette, comme si je voudrais bien être à la place du laid petit avec ses crapes et son tuturon de bouteille. — Po qui est-ce li bonne pitite choppe ? qu’elle crie de toutes ses forces, en mettant l’enfant sur ses genoux, avec la petite pailette au bord de la table. Et elle prend un peu de la bouillie avec la cuiller, elle souffelle longtemps dessus, elle goûte un peu (pouf !) , puis elle fait comme si elle voulait le manger tout, tellement que c’est bon, afin que l’enfant veulle l’avoir. ”
Marcel Remy, Tourner aux oiseaux
“ Lui, il se tient tout bossu, parce qu’il a sur son dos le grand sac gris avec tout le herna et les quatre bouçons liés ensemble avec un petit nâli ; puis dans l’autre main, une longue planchette avec des clous où qu’il a pendu tout plein des gayoules et des prihnîres avec des oiseaux qui sautent de tous les côtés quand on vient tout près, et qui font voler la tchenne et la navette dehors à coup d’aile, tellement qu’ils ont peur. Il y a toujours la prihnîre aux pinsons qu’est couverte avec une toile noire. C’est pour qu’ils ne voient rien, alors ils chantent mieux. ”
“ Qu’il est long l’escalier ; je ne sais plus si ma tante monte ou descend parce que les grés, il me semble, wignent toujours plus fort. J’ai si peur ! Mon oncle ferme les volets et il met la barre de travers. Puis nous allons à toutes les portes et il pousse les verrous en mettant la lanterne tout près pour voir. Avec leurs verrous poussés dans le mur les portes ont l’air solide et méchant, et je ne les reconnais presque plus parce qu’elles me semblent autrement que du jour. Par en dessous il vient du vent ; ça houle si fort comme une bête qui souffle avec sa gueule en poussant, pour entrer. ”
“ Et il saute en lançant ses sporons que la treille est remplie de plumes noires de l’autre. Mais le Neurai est plus traite et tout d’un coup, il donne un coup de bec près de l’œil du gros qu’on voit une boule rouge et une plaque de sang qu’on ne sait pas si c’est l’œil qui a sorti et qui pend. Et ça fait Bonapare si furieux qu’il vise bien et attrape l’autre dans la hanette avec un coup comme un fièrmint sur un bloquai, le bec entre dedans, la tête est comme coupée, le Neurai tombe, et crie un si laid coup dà ! — A brait, à brait, çoula y est, que les hommes crient ”
Marcel Remy, Mon bon nouveau gros paletot
“ Ma tante Dolphine est une gens bien plus comme il faut que nous autres. D’abord elle parle français, même quand il n’y a pas des étrangers ; et puis elle lit toujours des gros rouleaux de feuilletons coupés hors des gazettes que la femme au lait lui rapporte de Liége. — Pour un beau gros paletot, c’est un beau gros paletot, dit-elle, en venant pincer l’étoffe pour voir si c’est bon et regarder la doublure qui reluit comme la barbe d’un noir masque. ”
Marcel Remy, Les ceux de chez nous/Mal de dents
“ J’en mets toujours le plus que je peux sur mon dent, mais je ne saurais plus dire si c’est mon dent et ma main et ma bouche ou bien les celles d’un autre parce que je me sens tout tournisse. À mes joues j’ai chaud et ça me pique comme des mouches. Je sens bien que je fais des petits yeux et les bennais de houille qui passent me semblent loin comme s’ils étaient mêlés dans les arbres, là, au fond du pays où je n’ai jamais été. ”
Marcel Remy, Le jour de mes Pâques
“ Nous partons : moi, je marche un peu en avant, comme un pâquai doit faire, bien au milieu de la route. Je voudrais même que les bennais de houille que nous rencontrons aillent de côté pour nous laisser le milieu, mais c’est nous autres qui doit y aller, de côté. Dans le petit cabaret devant l’église, nous voyons Djôre, le père de Zante, qui pleure en se tenant au cou du maçon Lodomé, un homme tout sale, couvert de mortier, et ils ont chacun un henna dans leur main. — A c’t’heure, dit mon oncle, vocial pôr Djôre qu’est déjà sô à hute heures ax matin, pace qui s’fi fait ses pâques. ”
“ Quand je veux demander à ma tante, elle crie toujours : Taihive, mâlhereux ! Et elle regarde de tous les côtés, en faisant des yeux pour savoir si on n’a pas entendu. Alors, on ne peut même pas en parler, des voleurs. Sans doute qu’ils savent tout et écoutent tout ce qu’on raconte. J’ai encore plus peur, moi, paraît. Le gros Baiwir a venu passer la sise ; on a mis des marrons à petter sur la stoufe ; c’est mon oncle qui les crenne lentement, un à un, avec son fiemtai. ”
Marcel Remy, Faire faire mon portrait
“ C’est un homme qui avait un paletot, mais pas de col malgré qu’il avait déjà un bouton de col en cuivre. Une casquette avec des carreaux qu’il avait tiré fort dans sa tête jusqu’à la hanette. Et des vertes pantoufles avec une rouge tête de lion dessus. Dans sa main, il montrait une image brune à Thoumas en le tirant fort par le bras. — Si, si, parfaitement, le portrait du jeune homme, bon marché, cinq minutes... — Bogive, vi dis-je, qu’il fait Thoumas en levant son coude. Mais l’homme se met devant lui et ne le laisse pas passer. ”
Marcel Remy, Mon bon nouveau gros paletot
“ C’est que le bon nouveau gros paletot doit être tout plaqué de neige par derrière. Et ma tante frotte si fort dans mon dos que je ne sais pas si elle m’essuie ou bien si elle me bat ; je n’ose pas lui demander, pendant qu’elle répète tout le temps pourçai et voleûr. Sans doute que ma tante Dolphine nous a vu arriver, outre des carreaux de sa fenêtre où il y a des beaux dessins comme des grandes décalcomanies, car elle vient ouvrir la porte pendant que nous faisons encore aller nos pieds de tous les côtés pour faire tomber la neige bas. ”
“ Il ne sait même pas marcher, malgré qu’il y a déjà longtemps qu’il est chez nous, et qu’il peut voir comment il faut faire. Non, il faut qu’on lui apprenne parce que si on ne lui apprenait pas à marcher maintenant, eh bien, il ne saurait pas le faire plus tard quand il sera devenu un grand fort homme. Alors, Trinette le prend par en-dessous le bras que son jâgau lui remonte dans le hatrau et que sa jaune bavette revient jusqu’à sur son nez. Et elle se penche en avant pour qu’il essaie de marcher, mais il ne sait même pas mettre un pied l’un après l’autre comme tout le monde. ”
“ Mais voilà qu’on voit deux hommes avec Lovinfosse, qui fait toujours le capâpe et le malin tout près de la treille. Ils portent chacun un gros coq sur leur main qu’ils ont poussé par en-dessous, par devant, entre les pattes du coq qui reste bien tranquille sans tâcher de se sauver. Le coq de Blaise, le fôrgeu, est gris-clair, avec des plumes blanches mêlées, et celui de Jean-Louis, le marchand de sabots qu’on appelle toujours Mostâte, parce que le dimanche il est habillé jaune toujours ; son coq est un Flori avec un peu de toutes les couleurs. ”
Marcel Remy, Tourner aux oiseaux
“ Je cours vers le herna, comme on fait toujours, mais les lignerous sont déjà bien loin, tout petits comme des boules qui dansent sur un jet d’eau. On ne les voit presque plus ; et notre lignerou saute tant qu’il peut dans sa prihnîre, comme s’il était content que les autres ne sont pas pris. C’est lui, allez, qui leur aura dit de ne pas venir dans les navais du herna pour se faire prendre ! Mon oncle, qui s’est relevé en sacrant nom d’un tonnerre ! arrive et rouvre les pièces du herna en les secouant pour que les dignesses ne les déchirent pas. ”
Marcel Remy, Faire faire mon portrait
“ Pas besoin de crier comme ça, t’en aura un, fils. Pourquoi est-ce qu’elle m’appelle toujours fils. Comment sait-elle ça, et à quoi est-ce qu’elle le voit ? Elle a pris une ronde boîte bleue où qu’il y a un paquet de chapeaux comme le mien. Je veux le même, un tout pareil, et qu’il soit rouge en dedans, une belle doublure avec des lettres d’or. La vieille femme me les essaye en me mettant toujours le chapeau vers la hanette pour voir à ma figure s’il va bien. Mais moi je le rattire toujours en avant sur mes sourcils parce qu’il me plaît. ”
Marcel Remy, Le jour de mes Pâques
“ Prenez ça. C’est pour le jour de vos pâques. Et maintenant, soyez bien brafe. Vous êtes un grand jeune homme à c’t’heure. N’allez plus baligander avec des chinisses comme celui de chez Djôre. Vous avez entendu prêcher l’curé, est-ce pas, et ce que Napoléon a dit pour le jour de ses pâques. Et vous pouvez bien me dire merci, sa’ez-vous ! — Merci, ma tante, que je dis fort haut comme si je criais après quelqu’un. ”
Marcel Remy, Les ceux de chez nous/Mal de dents
“ Et quand nous avons enfin arrivé à Liége, il a encore été pour boire des gouttes près de St-Phoyin, dans un petit câbaret où qu’on jouait l’harmonica, mais la procession était déjà finie depuis longtemps, longtemps parce que nous avions venu trop lentement à cause du houlé Lovinfosse, et on ne voyait plus rien que quelques petites filles en pâquettes avec une verte écharpe, qui couraient en se troussant pour les broûlis, et que leur maman barbotait parce qu’elles avaient déjà voulu aller sur le carrousel avant de dîner. Chez l’homme aux dents, ça sentait mauvais. ”
Marcel Remy, Faire faire mon portrait
“ Tous les dimanches presque, après bassemesse, Vieux Jean descend sur Liège pour s’aller acheter quelque chose, une belle haute noire casquette, ou un flemtai ou des nâlix ; il a une fois rapporté un livre de sur la Batte, dit-il, la Clef des Songes, que je lui lis dedans, et je ne comprends rien et lui non plus, mais c’est bien beau. Un dimanche, j’ai été avec Thoumas, parce qu’il fallait m’acheter un nouveau chapeau. Les ceux que l’homme vend ne sont pas beaux assez, qu’elle dit ma tante. ”
Marcel Remy, Tourner aux oiseaux
“ Il tire, mon oncle, et il m’écrase presque ; le séchant reste moflesse, nous courons tout contents, mon oncle fait Ha ! ha ! ha ! tout lentement comme quand il a bon. Les bèguinettes brockent et sautent toutes attrapées et mon oncle commence à bardouhi à coups de poing pour les tuer et les faire rester tranquille. — Make tant qu’tit pou, valet, qu’il me crie ; alors je vois une plus petite bèguinette toute seule au bout du herna, et elle regarde de mon côté en sautant à petits coups. ”
Marcel Remy, Mon bon nouveau gros paletot
“ Le monsieur aux paletots fait semblant de rien, mais il doit être tout fâché, et il replie le jaune paletot en l’appuyant sur son ventre comme s’il portait un petit enfant. Puis il prend un autre et il le tient étendu par les épaules comme une propre chemise. ”
“ Ah ! quel bonheur. Trop tard pour aller à l’école. On a oublié de venir me faire lever, et ils sont tout le temps à se disputer près du poli, et ma tante répète toujours qu’elle l’avait bien dit, que les voleurs viendraient. Puis ils disent que ce doit être Groubiotte ou bien Gigot, ou bien les deux. Il fait si clair dans la chambre, il y a du soleil à terre, un grand carré, et les mouches jouent dedans. Moi je m’amuse à faire tourner les barreaux de mon petit lit. ”
“ Quand on lave l’enfant, ou qu’on l’habille, ou qu’on le fait marcher, ou qu’il joue tout seul à terre sur une couverture, ou bien que Trinette et ma tante le prennent ou se le passent, il faut qu’on voie tout, et ça me dégoûte, moi, à la fin. Toujours le derrière de l’enfant à toute heure du jour. Et mon oncle aussi a commencé à grogner, parce que Trinette veut quand même servir à table en gardant l’enfant sur son bras, qu’elle l’assied le chose tout nu sur sa main et qu’on voit tout. ”
“ L’homme va derrière la cormanne, il met la tête du coq à terre, et il commence à l’écraser à coups de talon en montrant ses dents et disant des sacrinoms qu’on ne comprend pas. Le pauvre Neurai vivait encore et voulait ôter sa tête, mais l’homme l’a toute sprâchie et a encore donné des coups de talon dans le corps et est parti. Quand j’ai repassé, tout dégoûté, le coq faisait encore aller ses pattes comme des mains qu’on ouvre et referme. ”
Marcel Remy, J’écris une belle lettre
“ Il est jaune tout clair avec des dessins dans la couleur qu’il ressemble à une grande fricassée quand les œufs ne sont pas encore bien cuits et qu’on commence seulement à les chipoter. En dedans, son coffre est tapissé avec du papier gris à lignes, le même qu’il y a dans le colidor et le commodité. Trinette a encore une petite commôde qu’on ouvre les tiroirs en poussant son doigt dans le trou où qu’il y avait une serrure avant. ”
“ Vive Bonapare ! vive l’âpèreûr ! il r’vinret, il r’vinret ! C’est le vieux Michî, qui est tout seul, assis près du mur où il ne voit rien ; il a toujours un hèna dans une main et il remue l’autre en tremblant. ”
Marcel Remy, Quelle bonne sirope !
“ Quand j’en ai bourré ma bouche tant que je peux, de la sirope, ça a un goût si fort, comme brûlé, qu’on croit qu’on n’aura jamais plus faim après quelque chose d’autre. Mais il faut que j’en mange le plus possible maintenant parce que je ne sais jamais quand je pourrai encore revenir au tonneau. ”
Marcel Remy, Tourner aux oiseaux
“ Alors la bèguinette ouvre un peu son bec pointu, puis il vient comme une petite peau grise sur ses yeux et elle me regarde encore par une petite fente comme quelqu’un qui s’endort et qui ne comprend plus bien ce qu’on lui dit. ”
Marcel Remy, Le jour de mes Pâques
“ Quand j’arrive à la cinse de mon pârain, c’est assez loin, et mes pieds me font mal. Je crois que je houlteye un peu, et quand j’entre dans la cour où qu’il y a un gros hopai d’encenne au milieu, le chien Hardi hawe et rouffelle hors de son tonneau en tirant sur sa chaîne ; les poules commencent à voler de peur de lui et on entend roubiner les chevaux à cause de tout le bruit. ”
Marcel Remy, Les ceux de chez nous/Mal de dents
“ Ça fait si mal, da, comme si on stroukait dans ma viande de mon menton avec un clou. Quand c’est que je tire du vent dans ma bouche en ne faisant qu’une petite crevure sur le côté, alors mon dent me fait mal comme si on frottait dessus avec une lime. Et quand je fais aller sans le faire exprès du café tout bollant de ce côté-là, waye donc ! il me semble que le trou de mon dent est agrandi avec un windai. Et quand, par hasard, je hagne un gros coup sur une coyenne de lard ou un bordon de récoulisse, waye à waye, c’est comme si on me donnerait une calotte avec un marteau. ”
Marcel Remy, J’écris une belle lettre
“ Avec ses mains et du savon, elle frotte de toutes ses forces qu’elle ne peut presque pas respirer, elle fait voler l’eau hors du crameu, tellement qu’elle remue ses mains pour hurer sa figure et ses bras avec la samneure. ”
Marcel Remy, Le jour de mes Pâques
“ Pauve Zante ! il n’a jamais rien, et pour ses pâques, on ne lui a donné qu’un sale cigare qui le fait malâte. C’est mon ami, je le bats quand je veux, et il fait tout ce qu’il me plaît quand je lui commande. ”
“ L’homme met son coq à deux mains dans la treille et le pousse fort vers le gros Bonapare qui mettait sa tête entre deux barres pour avoir quelque chose. Neurai est plus petit que l’autre, mais si rapitte dà ! Il est tout noir excepté les pattes comme du fer et les plumes rondes de sa queue qui ont un vernis vert comme une dorure, c’est si beau. ”
Marcel Remy, Mon bon nouveau gros paletot
“ Mon bogros paletot Et voilà que j’ai presque sept ans ; et que je sais lire. Pas tout ; pas les mots trop longs et les trop difficiles qu’on ne sait pas ce que ça veut dire. D’abord moi, je crois que personne ne sait lire et que quand on regarde dans un livre ou bien sur la gazette on fait semblant, mais on devine tous ces mots-là qu’on a déjà entendus autre part. Comme je suis petit et qu’on m’empêche d’écouter tout, c’est pour ça que je ne sais pas fort bien lire. On m’a mis à la campagne, chez une grand’tante, parce qu’il y a une meilleure air, dit-on ”
“ Il les prend tout bolands et il en mange plus que sa part. Quand il n’est pas là, mon oncle dit que c’est un grossir homme. Mais Baiwir raconte toujours des histoires avec les voleurs, quand il vient à la sise ; il en sait toujours des nouvelles parce que les messagers et les charrons vont boire une goutte chez lui pour aller acheter des chesseutes. Cette fois-ci Baiwir a raconté celle avec un homme qu’on appelle Gigot et qui s’habille à femme pour rattendre les gens sur les routes et leur prendre leurs cennes. ”
Marcel Remy, Tourner aux oiseaux
“ Mon oncle a commencé à marquer la place pour sa tenderie. Il me fait tenir les piquets pendant qu’il donne les premiers coups de marteau dessus pour les enfoncer. Chaque fois qu’il maque fort, il fait une laide grimace comme s’il venait d’avaler quelque chose de mauvais. D’abord les quatre piquets aux quatre coins de la tenderie. Puis il mesure avec des ascoheies, et il fait une marque dans la terre avec la pointe de son sabot, comme quand on cherche un foyant (taupe) . C’est la place pour les planchettes où que le croc des bouçons vient tourniquer dedans. ”
Marcel Remy, Faire faire mon portrait
“ C’est un homme qui passe de temps en temps avec sa charrette et un petit cheval et qui vend toutes sortes d’affaires, de la moutonne rouge pour les robes, de la printagnère pour des costumes, du coutil pour les pantalons, des vertes cravates, des bleus courts sâros, des sabots noirs pour les femmes et des bruns pour les hommes. ”
“ C’est pour qu’il ne se fasse pas des boursais quand il va à stok avec sa tête contre quelque chose, ou bien quand il se donne des coups, par en exprès, avec les objets qu’il attrape. Et maintenant il parle tout le temps, tout seul, des mots qu’on ne comprend pas, comme un homme saoûl, qui grogne pour lui tout seul. ”
Marcel Remy, Les ceux de chez nous/Mal de dents
“ Quand je pense à la surale, ça me pique encore plus fort et l’eau me coule dans la bouche. — Biesse ! On n’pout rin avou fou d’twè, todis. — J’ai mal, moi ! — N’y tusez nin, bâbô, quand on vs’el dit, vormint. Elle a bien facile, elle, ma tante, de dire qu’il ne faut pas y penser. Ce n’est pas son dent, est-ce pas ? Et quand c’est qu’il veut pleuvoir et que son aguesse la fait assoti, elle kipitte tout le ménache. C’est bon allez, quand c’est qu’elle aura encore mal à la pie de la béchette de son petit doigt de pied, je lui dirai de ne pas y tuser ! ”
Marcel Remy, Mon bon nouveau gros paletot
“ Quand il ne sait pas quoi faire, il lit encore une fois la vieille gazette, l’Avenir du canton de Soumagne, parce que la nouvelle ne vient que dimanche, à la semaine. Chez ma tante Dolphine, c’est ici tout près, trois maisons plus loin. J’irais bien tout seul, mais ma grand’tante a déjà mis son châle à carreaux verts et noirs qui va plus haut que ses oreilles, et elle me pousse fort mon chapeau sur ma tête. Comme je le fais toujours tourner au bout de mon doigt, il lui a venu une pointe, à mon chapeau, hi, hi. ”
“ On se pousse maintenant vers une autre place, là sans doute que le fermier dort, parce qu’il y a un lit qu’on voit des coussins que les tîkes sont à carreaux blancs et rouges et une grosse couverture brune avec des ronds plus noirs comme une bouquette hatie, et pas de table de nuit, mais quelque chose avec l’oreille cassée en dessous le lit, et une petite aiguière violette et bordée sur une table près du mur avec, plus haut, un miroir pas plus grand qu’une fenêtre de commodité. ”
Marcel Remy, Faire faire mon portrait
“ Et il tire toujours Thoumas qui se laisse hairi. Moi, je dois bien suivre et je viens le dernier, mais ça m’amuse un peu ; pourtant j’ai peur aussi, parce que Thoumas fait une drolle de figure et puis je ne sais pas ce qu’on va faire dans cette maison-là, que nous ne connaissons pas. — Montez, montez, que l’homme fait en nous poussant tous les deux dans les escaliers que Thoumas bardouhaye avec ses gros souliers et que moi je tombe à quatre pattes sur les grés. Mais l’homme, lui, ne vient pas avec. ”
“ Elle remue si fort, avec des chocs comme pour dire : « Mon Dieu, mon Dieu ! » ou bien : « Courez vite, habie donc ! » ; puis elle se cache un peu, pour me rattendre, et alors elle remue comme un poing qui dit : « Je t’raurai, je t’raurai ! » Et le vent qui hoûle par en dessous la porte d’en bas... et Bayard qui roubine contre le mur... et Braibant qui beurleye encore des petits coups tout bas, j’ai peur, j’ai peur ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . — Ji l’aveus si bin dit, dai, l’aveus-je si bin dit vormint ! — C’est ine boude, vos n’l’avîz nin si bin dit ”
Marcel Remy, Mon bon nouveau gros paletot
“ Pendant que l’homme refait un beau paquet bien droit avec ses paletots (comme ça sent bon, les nouveaux gros paletots !) ma tante va chipoter après son argent dans le tiroir d’en haut de la grosse armoire où il y a la belle cafetière à fleurs, dessus. C’est si haut, le tiroir, qu’elle ne peut presque pas voir dedans et qu’elle doit grawer à la vire pour trouver ses cennes. — Il est bin prôpe avou, dit mon oncle, deux ou trois fois ; mais il faut que j’aille me montrer bien vite à Trînette qui est dans le fournil ici à côté. ”
“ Tout le monde est debout dans la place et on tient chacun un hèna qui laisse tomber la moitié à terre, parce que les hommes font toujours tout plein des gestes avec leur hèna ou leur frèsé pour s’expliquer. ”
Marcel Remy, Le jour de mes Pâques
“ Le pauvre Zante jette la pièce sur une chaise qui est près de moi ; il m’ regarde en pleurant, et moi je n’ose pas le regarder, il croit peut-être que je suis un traite. On le pousse à la porte en criant encore après lui et sa famille. Et on me barbote encore un peu en enfermant les cinq francs, puis on m’envoie remettre un vieux costume pour le soir. Trinette vient m’aider et en me tirant mes souliers qui me font si mal, elle dit en pinçant sa bouche : — Ci n’est nin Napoléong qu’ âreut fait s’ t’ ainsi po l’ jou d’ses pâques ! Ah ! il m’embête, le jour de mes pâques ! ”
