“ L’abbesse annonce à Florence que le roi de Rome s’est rendu à Beau-Repaire pour être guéri par elle. Florence, toute saisie, comprend que ses malheurs seront bientôt finis. Le lendemain, Esmeré, Thierri et Églantine viennent voir la sainte nonne, qui apparaît la tête couverte d’un voile qui lui cache le visage. Esmeré dit pourquoi il est venu. Alors Florence fait appeler tous les malades : viennent Milon, Macaire, Clarembaut et Escot. Elle les exhorte à confesser publiquement leurs péchés : alors ils seront guéris. Chacun raconte alors le rôle qu’il a joué dans l’histoire de Florence. ”
Anonyme
Citations de Florence de Rome (Anonyme)
“ Un homme, voulant entreprendre un voyage, confie sa femme à la garde de son frère. Celui-ci devient amoureux de sa belle-sœur, et, comme elle repousse ses propositions déshonnêtes, il l’accuse d’adultère devant le juge du pays. Accusée par de faux témoins soudoyés par son beau-frère, la femme est condamnée à être lapidée. Laissée à moitié morte sur le lieu du supplice, elle est recueillie par un passant miséricordieux, qui la conduit dans sa maison et lui confie son fils enfant à garder, Or, un esclave de la maison tombe amoureux de l’héroïne ; rebuté par elle, il médite de se venger. ”
“ C’est au moment où les valets veulent violer leur victime qu’apparaît le sauveur, un noble seigneur. — L’assassin, qui est le jeune frère du seigneur, place le couteau ensanglanté dans la main de l’impératrice, dormant à côté du petit garçon. C’est par ses cris d’effroi, à la découverte du meurtre, que l’héroïne éveille le seigneur et sa femme. — L’épisode du débiteur racheté manque entièrement, l’impératrice étant condamnée par le seigneur à être déportée sur un navire dans un autre pays. ”
“ On s’adresse toujours à Dieu dans les circonstances périlleuses, et souvent Dieu lui-même vient plus ou moins directement réconforter et secourir ses fidèles. Les noms de Dieu et des saints sont continuellement sur les lèvres des croyants, et tout personnage sympathique à l’auteur est par là même un bon chrétien. C’est que les chansons de geste reflètent fidèlement l’esprit du moyen âge, et cet esprit était empreint d’une religiosité forte et naïve. La chanson de Florence de Rome ne diffère pas, en cela, des autres chansons de geste. ”
“ Les messagers, alors, déclarent que leur maître viendra conquérir l’empire de Rome ; après quoi ils s’en retournent en Grèce. Le roi Oton fait convoquer tous ses hommes. (L. V-XV, v. 395) — Les messagers de Garsire, revenus de Rome, donnent à leur maître une description enthousiaste des splendeurs de Rome et de la beauté de Florence, mais lui annoncent en même temps l’insuccès de leur mission. Furieux, Garsire fait convoquer une armée formidable, et on s’embarque pour Rome. Après avoir subi une violente tempête, la flotte grecque aborde non loin de Rome. ”
“ Or, un jour que les deux frères s’exerçaient à manier la lance et l’épée, un pèlerin, qui revenait de Rome, leur apprit la guerre entre Garsire et Oton. Aussitôt les deux jeunes gens décident d’offrir leur service au roi de Rome. Accompagnés de vingt chevaliers et de trente écuyers, que leur avait donnés le roi d’Esclavonie, Milon et Esmeré arrivent à Rome et se logent chez un riche bourgeois. Le lendemain, avec leurs vingt chevaliers, ils prennent part à un combat et taillent en pièce quarante ennemis, sortis des rangs à leur rencontre. ”
“ Le mari, qui est empereur de Rome, laisse, en partant pour la Terre Sainte, le gouvernement à sa femme. Celle-ci, obsédée des déclarations d’amour du beau-frère, le fait jeter en prison. À la nouvelle du retour de l’empereur, l’impératrice, accompagnée du beau-frère remis en liberté et d’une nombreuse suite, se rend à sa rencontre. En route, comme les personnages de la suite courent un cerf, le beau-frère veut faire violence à l’impératrice. ”
“ Pendant que Milon se repent de sa sottise, Esmeré rentre dans Rome au milieu de la joie populaire, Florence le fait appeler et lui fait la même proposition qu’à Milon. Esmeré consent tout de suite ; on fait prêter serment de fidélité aux barons, Esmeré épouse Florence et est couronné empereur de Rome, tandis que Milon prépare sa vengeance. Florence déclare ne pas vouloir appartenir pleinement à son mari, tant qu’il n’aura pas vaincu Garsire ; Esmeré a bon courage de le faire. ”
“ Alors l’indigne Milon l’abandonne à son sort et va raconter Oton qu’Esmeré a passé à l’ennemi. Mais Oton reconnaît bientôt l’imposture de Milon et secourt lui-même Esmeré. Celui-ci fait des prouesses merveilleuses ; pourtant, pressés par le nombre, les Romains sont forcés de reculer. (L. XLVIII-LVI) — Florence, du haut d’une tour, suit la bataille. Quand Esmeré s’approche, elle lui fait connaître son amour, et Esmeré promet de le mériter par ses exploits. ”
“ D’un côté, il y a les personnages sympathiques : Florence, Oton, Esmeré, Sanson, Agravain, Thierri, Églantine, Soplise, etc. ; de l’autre, les personnages antipathiques, les ennemis et les traîtres : Garsire, Milon, Macaire, Clarembaut, Peraut, Escot. Seul, le Grec Sinagon, bien qu’il appartienne à la catégorie des ennemis, est peint sous un jour favorable. Même la générosité de Garsire, lorsqu’il donne la liberté à Esmeré en raison des services que le père d’Esmeré lui a rendus, doit plutôt être envisagée comme une preuve de son arrogance stupide [91] . ”
“ Ajoutons encore que le miracle latin doit être la source d’un conte abruzzien, où l’épisode du meurtre a été supprimé et où une fée a pris la place de la Vierge [255] , ainsi que d’une version vénitienne en « ottava rima » fort altérée, du xve ou du xvie siècle, qui n’est que le remaniement d’un roman français perdu [256] , et d’un conte populaire encore plus altéré où les deux premiers épisodes, celui du beau-frère et celui de l’assassin, ont été combinés de telle façon que c’est le beau-frère qui tue l’enfant de l’héroïne [257] . ”
“ Or, dans la forêt il y avait un château, appelé Château-Perdu, où demeurait le seigneur Thierri avec sa femme Églantine et sa fille Béatrice. Thierri chassait près de l’endroit où Florence était pendue. À l’approche des chiens de Thierri, Milon abandonne sa victime, et Florence est détachée par le châtelain et conduite au château. Là, bien qu’elle ne dise pas qui elle est, elle est soignée et traitée avec bonté, Elle couche dans le même lit que Béatrice dans la chambre de Thierri. ”
“ Nous avons dit plus haut (p. 107) que toutes les versions occidentales, c’est-à-dire toutes celles dont nous n’avons pas parlé jusqu’ici, présentent un trait commun, l’emprisonnement du beau-frère, ce qui prouve que ces versions proviennent d’une source commune, laquelle était une version orientale quelconque. Un autre trait de moindre importance, c’est que le mari est toujours un très haut personnage, empereur ou roi. ”
“ Mais, sur les prières de son esclave, une violente tempête s’élève, qui brise le navire. L’héroïne et le capitaine échappent à la mort. La femme trouve un refuge dans un couvent, où, grâce à sa sainteté, elle guérit toutes sortes de maladies. Pendant ce temps, ses quatre persécuteurs avaient été frappés de maladies diverses, et son mari, revenu, avait appris par son frère sa coupable conduite. Le renom de la sainte femme qui guérissait tous les maux arrive jusqu’aux oreilles du mari ”
“ La bataille s’engage terrible et finit par la fuite des Grecs. Esmeré sauve le Grec Sinagon d’entre les mains de Milon. Garsire et ses hommes s’embarquent en hâte pour Constantinople. Esmeré, furieux que Garsire lui échappe, déclare vouloir le poursuivre par mer. Il charge Milon de se rendre à Rome, avec Agravain, Sanson et cent chevaliers, pour garder l’empire et protéger la reine en son absence, (L. LXXXVIII, v. 2430-XCVI) — Pendant qu’Esmeré et ses hommes vont à la poursuite de Garsire, Milon médite une trahison. ”
“ Le groupe du Touti-Nameh, représenté par le conte déjà mentionné de Nakhchabi [214] et par une version turque du xve siècle [215] , se distingue par les traits suivants : l’héroïne ne fait pas naufrage ; le capitaine ne figure pas parmi les malades, quoique la logique du récit demande nécessairement que les personnes qui ont eu directement à faire avec l’héroïne se retrouvent toutes à la scène finale ; les criminels seuls racontent comment ils se sont comportés envers la femme. ”
“ En effet, Florence de Rome n’est qu’une des nombreuses versions d’un conte que nous appelons le conte de la femme chaste convoitée par son beau-frère [204] , lequel se distingue de tous les autres contes de femmes persécutées et à la fin réhabilitées (Geneviève de Brabant, Berthe, Sebile, la Belle Hélène, la Manekine, etc.) par ces deux traits caractéristiques : 1o le premier (et, dans quelques versions, le seul) prétendant rebuté est le frère du mari, et 2o les persécuteurs de l’héroïne, châtiés par des maladies, sont guéris par leur victime elle-même, après qu’ils ont confessé leurs méfaits. ”
“ Esmeré fait séparer les combattants et, ayant appris de la bouche d’Agravain et des soixante chevaliers la conduite félonne de Milon, veut tuer celui-ci, Sur les prières des barons et de Garsire, il se contente de le chasser de son empire. (L. CXXII-CXXVIII) — Milon, cependant, ne perd pas courage. Il retourne vite à Rome, monte chez Florence et lui annonce le désir d’Esmeré de la voir venir à sa rencontre en grande pompe. Florence se hâte de faire selon le désir de son mari. ”
“ La chanson de Florence de Rome étant le développement d’un thème entièrement fictif, il est assez naturel que tout le milieu historique dans lequel l’action se passe soit également de pure invention. L’empereur de Rome, Oton, le roi de Grèce, Garsire, le roi de Hongrie, Philippe, et tous les autres princes et seigneurs sont de simples figures de roman, empruntées parfois à la tradition littéraire du moyen âge [95] . ”
“ C’est que le poète, tout en prenant pour sujet un conte d’origine orientale, qu’il tenait on ne sait d’où [89] , a évidemment voulu composer une véritable chanson de geste. Pour lui, l’essentiel était donc ce qui constitue l’élément principal des chansons de geste : l’apparat guerrier avec tout ce qui s’ensuit. ”
“ La nouvelle de la mort d’Oton étant parvenue à Garsire, celui-ci ordonne une nouvelle attaque contre Rome. Mais les Romains se défendent vaillamment durant tout un mois, jusqu’à ce que les vivres commencent à leur manquer. Florence songe alors à prendre pour mari quelque brave chevalier qui puisse vaincre les Grecs. Sa suivante Audegon a vu, en observant le cours des étoiles, que l’un des deux princes hongrois sera l’élu. Florence voudrait bien avoir Esmeré, mais il a disparu dans le dernier combat. Elle se résout alors à prendre Milon. ”
“ Esmeré obtient la première joute. Énumération des forces d’Oton. Cependant, les Grecs sont deux fois aussi nombreux que les Romains. Le roi Oton promet sa fille avec la ville de Rome à celui qui se distinguera le plus. La bataille s’engage. (L. XXXVI-XLVIII) — Esmeré tue un seigneur grec, Brucabaut. Oton et Garsire se rencontrent dans la mêlée et échangent de vigoureux coups d’épée. Comme les Grecs viennent au secours de Garsire, Oton aurait été perdu, si Esmeré n’était venu le sauver. Ensuite Esmeré sauve aussi son frère Milon, mais est lui-même violemment assailli. ”
“ En faisant route vers Rome, il réussit à corrompre les cent chevaliers laissés sous sa garde ; il leur fait promettre de dire, à Rome, qu’Esmeré a été tué et qu’en mourant il a laissé à Milon l’empire et sa femme. Seul, le courageux Sanson s’oppose à cette trahison, mais il est vite tué, et son frère Agravain se voit forcé de jurer de faire ce que veut Milon. Pour accréditer l’imposture, on fera passer le corps de Sanson pour celui d’Esmeré. À Rome, tout se passe comme il était convenu, mais Florence refuse énergiquement d’épouser Milon. Celui-ci la fait. alors garder par ses hommes. ”
“ L, M et P, ne représente pas le dialecte original. On a vu plus haut (pp. 2 et 3) que le ms. P a été écrit par un scribe originaire de l’est de la France, que le copiste de M était un Anglo-normand, et que la langue du fragment L présente des traits anglo-normands. Or, l’étude des rimes de notre chanson nous montre, d’une façon évidente, que l’auteur de Florence de Rome se servait du dialecte du centre de la France, du francien. En voici les preuves. ”
“ Celui-ci ayant été jeté dans le Tibre en punition de son crime, Crescentia va à Rome, accompagnée du duc. Là, elle guérit son mari et le beau-frère, également atteints de la lèpre. Elle est reconnue à une marque qu’elle a sur le corps. Après avoir vécu ensemble quelque temps, l’empereur et l’impératrice abandonnent l’empire au beau-frère et entrent au couvent, Outre des remaniements en prose de la Kaiserchronik [271] , la version de Crescentia se retrouve dans des manuscrits du xive siècle [272] sous la forme d’une chanson à part, qui est peut-être un extrait de la Kaiserchronik. ”
“ Le fait que la plupart de ces contes populaires sont des contes rhénans prouve que ce n’est pas la version locale de Birck qui en est la source directe. Celle des deux versions du conte populaire qui est le moins éloigné de la version primitive a dû exister au moins dès le milieu du xviie siècle, car elle se rencontre en Suède comme « livre populaire » à partir de 1689 [290] . En Allemagne, elle n’apparaît que dans les recueils de contes populaires publiés au commencement du xixe siècle par A.-W. Schreiber (1816) [291] , N. Vogt (1817) [292] et les frères Grimm (1818) [293] . ”
“ À la fin Garsire se rend, et Esmeré est couronné roi de Grèce. Immédiatement après, il retourne à Rome, emmenant avec lui le vieux Garsire, (L. CVIL, v. 3058-CXXI) — Par un messager Florence apprend l’arrivée d’Esmeré au port de Gaëte. Dans sa joie, elle fait relâcher Milon et lui dit d’aller à la rencontre de son frère. Milon, cependant, ne s’est pas repenti ; il médite une nouvelle trahison. Arrivé devant Esmeré, il accuse Florence d’adultère avec Agravain. Au même moment arrive Agravain avec soixante chevaliers. Milon, pour éviter toute explication, se jette sur lui pour le tuer. ”
“ Sa mère étant morte peu de jours après, Florence avait grandi auprès de son père, qui la chérissait tendrement ; elle était renommée pour sa beauté et son savoir. (L. II) — Or, à Constantinople régnait le vieux roi Garsire [77] , qui, ayant ouï parler de la belle Florence, résolut de la prendre pour femme. À cet effet, il envoya à Rome quarante messagers sous la conduite d’Aquarie : si le roi de Rome lui refuse sa fille, il aura la guerre. [78] (L. II-IV) — Voyage d’Aquarie et de ses compagnons. Arrivés devant Oton et sa fille, ils font leur message. ”
“ Comme on le voit par leur arbre généalogique, MM. Wenzel et Knobbe ont cru pouvoir admettre que ce groupement LMP contre Q se produit ; et il y a, en effet, certains passages dans la version de Q où le récit de ce ms. semble plus primitif que celui des trois autres : 1° Selon Q, dans une bataille entre les Romains et les Grecs, Oton, l’empereur de Rome, est sauvé par Milon, le traître principal du roman, mais qui est en même temps un très brave chevalier. L’empereur reconnaissant jure de lui donner pour épouse sa fille Florence. ”
“ Prise de compassion, elle rachète le malfaiteur, qui lui promet fidélité. Mais le larron, qui s’appelle Clarembaut [84] , est un traître. Il conduit Florence chez un autre bandit, Peraut, et ce n’est que la femme de celui-ci, la bonne Soplise, qui garde Florence d’être complètement dévalisée et peut-être tnée. Mais les deux brigands trouvent un autre moyen de s’enrichir aux dépens de Florence. Comme celle-ci veut aller en Terre-Sainte, elle charge Clarembaut de trouver un navire où elle puisse s’embarquer. ”
“ Les Grecs commencent à reculer ; Oton fait alors sonner la retraite. Malheureusement le roi de Rome est tué d’un coup de flèche à la tête, au moment où il ôtait son heaume. Avant de mourir, il exprime, son désir qu’Esmeré obtienne Florence et l’empire. Jalousie de Milon. (L. LVII-LXI) — La bataille continue. Esmeré, après des prodiges de bravoure, est fait prisonnier par le Grec Sinagon et conduit devant Garsire. Pendant ce temps, Milon fait transporter le corps d’Oton à Rome. Florence est accablée de douleur, et tout le monde regrette le bon roi. ”
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