Résumé

Portrait de Colette Colette Le blé en herbe: roman

En un moment Philippe, noyé de brume, vit disparaître la mer, la plage et la maison et toussa dans un bain de vapeur. Habitué aux prodiges d'un climat marin, il attendit qu'un autre bras de vent dissipât celui-ci, et s'accommoda de ces limbes, de cette cécité symbolique, au fond desquels brillaient un calme visage, rejeté hors des cheveux comme une lune pure, et des mains oisives qui ne faisaient presque aucun geste. «Elle est immobile... mais qu'elle me rende, à moi, le cours du temps, la hâte, l'impatience, la curiosité... Ce n'est pas juste... Ce n'est pas juste... Je lui en veux...»
Source : Gutenberg

Portrait de Colette Colette Le blé en herbe: roman

Philippe, appuyé de la nuque au rocher brodé d'une mousse rase et violâtre, contemplait la mer et ne la voyait peut-être pas. Parce qu'il était las, parce qu'il faisait beau, parce que l'heure, son parfum et sa mélancolie l'exigeaient, il soupirait: «Vinca chérie...» comme il eut soupiré: «ah! quel bonheur!...» ou bien «Que je souffre...» Sa nouvelle douleur exhalait les mots les plus anciens, les premiers mots nés sur ses lèvres; ainsi le soldat vieilli, s'il tombe en combattant, gémit le nom d'une mère qu'il a oubliée.
Source : Gutenberg

Portrait de Colette Colette Le blé en herbe: roman

La zone colorée de ses espoirs ne dépassait pas la fin de la journée, l'heure de dîner, de jouer aux échecs avec Vinca ou Lisette,—plutôt Lisette, dont les huit ans agressifs, l'œil aigu, la précocité calculatrice soulageaient Philippe de son faix sentimental—enfin l'heure d'aller s'offrir au plaisir... «Et encore, songea-il, ce n'est pas sûr que j'y aille. Non. Puisque je ne suis pas comme un fou, ni comptant les minutes, ni tourné vers Ker-Anna comme un tournesol vers la lumière, je peux bien revendiquer le droit d'être moi-même, de continuer, de prendre goût à tout ce que j'aimais avant...»
Source : Gutenberg

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