Docteur Emmanuel Labat

Résumé

Docteur Emmanuel Labat Revue des Deux Mondes

La question de la terre, très complexe, est chargée de matérialités. Nous n’en méconnaissons aucune. Ni les statistiques, hérissées de chiffres, ne nous sont étrangères, ni le fumier, l’engrais et la machine, ni les mille détails de la tenue d’une métairie, ni les lois et usages ruraux, ni le budget du paysan en rapport étroit avec son âme. Au fond, en dépit des apparences, il s’agit d’une question morale. On va répétant que la grande richesse de la France est la fertilité de son sol : nous n’y contredisons pas, à condition de s’entendre.
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Docteur Emmanuel Labat Revue des Deux Mondes

Le paysan se relève de sa longue et héréditaire humiliation ; l’homme et le mot prennent de la dignité. Il est possible qu’à l’avenir les jeunes maîtresses qui sortiront de l’école revendiqueront comme un honneur d’avoir sarclé et fané.
VI Voilà donc les trois fiertés — richesse, machine, science, — qui donnent à l’âme paysanne une haute estime d’elle-même. La conscience d’avoir tenu le premier rang dans la bataille ne diminue pas cette estime. En somme, au lendemain de la guerre, nous avons une paysannerie plus attachée que jamais à la terre et à son métier.
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Docteur Emmanuel Labat Revue des Deux Mondes

Tout cela c’est l’aménagement cultural, indispensable, d’une valeur immense. S’il s’abolissait subitement dans un cataclysme sismique, le malheur serait irréparable. Sur bien des points du champ de bataille, où le pilonnage l’a détruit, on ne songe pas à le rétablir à cause de la dépense. Il est la pensée paysanne, incorporée au sol de vive force, au prix d’une lutte longue et dure, parfois d’un corps à corps émouvant. L’homme a façonné la terre, et celle-ci le lui a rendu, le marquant de son empreinte qui varie selon que le pays est en bois ou prairies, en vignes ou labours.
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