Résumé

G. Lanson Revue des Deux Mondes tome 95, 1889

Peut-être a-t-il manqué à la comédie du XVIIIe siècle un Molière. Cependant à voir l’impuissance de tant de gens, dont beaucoup eurent du talent, je serais tenté de croire qu’il fallait quelque chose de plus qu’un homme. Il fallait que le temps et les révolutions fissent leur œuvre. Il fallait que le vocabulaire élégant, le style académique, le purisme grammatical, fussent détruits, que les salons et le goût des salons fussent emportes, que les moules, les formules, les règles et les genres fussent brisés, que la liberté de tout dire fût rendue et permit de tout penser et tout représenter.
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G. Lanson Revue des Deux Mondes tome 95, 1889

La sensibilité du siècle qui s’ouvrait s’annonçait par un amollissement de la comédie. Le XVIIIe siècle ne devait pas laisser tarir cette veine. L’amour y était la grande affaire de la société : mais l’amour compatible avec les convenances sociales, sans brutalité ni violence, apprivoisé, poli, refroidi. Cet amour mondain, fait d’esprit et d’égoïsme, fait partie intégrante de la peinture des mœurs en même temps qu’il en donne le cadre. Mais souvent aussi on s’intéresse à lui seul, on l’isole, on en fait le tout et le fond de l’œuvre.
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G. Lanson Revue des Deux Mondes tome 95, 1889

Le siècle s’est passé, et Figaro n’a peut-être pas encore de pareil chez nous, malgré Rabagas.
Nous voilà à la fin du siècle, et nous pouvons voir ce qu’il a fait de la comédie. Il a voulu inventer, et ce qu’on ne saurait trop remarquer, il semble las et désillusionné de son invention. La sensibilité qui a aidé le drame bourgeois à naître le fait doucement mourir. Dans les premiers temps, les âmes avides d’émotion ne trouvent rien d’assez saisissant, d’assez effrayant ; on aime à se sentir le cœur serré, à répandre des torrens de larmes.
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