Jorge Valero

Résumé

Jorge Valero "Dans un bien-être sûr" (1975)

Il écrirait ces deux vers à Tournette pour la nouvelle année. Et Josette continuait de parler, saoule : un flot monocorde, un défoulement ; la fenêtre ouverte, l'air frais, la nuit ; toute la ville au pied de la colline ; silence, repos, comme une liberté ; des mois de brimades, de compromis, de soumissions, de colères avalées. — Ils vont nous tuer, disait-elle. Ils vont faire de nous des larves. Ils nous écrasent. Ils nous coupent les ailes. — Qu'est-ce qu'elle déparie encore ? Paul se braquait de nouveau. Qui sont ces «ils» ? — Claudine, Pierre, la mère, l'oncle, la famille.
Source : Gallica

Jorge Valero "Dans un bien-être sûr" (1975)

L'instant d'après le train partait et Paul courait derrière, ahanant, suant, incapable d'avancer. Le quai se dressait en forte pente devant lui. Et le train s'éloignait. Paul pensait : — C'est un cauchemar. Je marche à rebours sur le tapis roulant qui descend les sacs à la gare routière. On ne vit ces choses-là qu'en rêve. Comme le train sifflait, Paul releva la tête. Il vit à travers les vitres du wagon, ses compagnons lui tourner le dos. — Attendez-moi ! cria-t-il. Je ne veux pas déserter.
Ça le réveilla. Le bruit des voitures sur le boulevard. Il réalisa d'un éclair : samedi après-midi.
Source : Gallica

Jorge Valero "Dans un bien-être sûr" (1975)

Le bistrot est à plusieurs niveaux : un sous-sol, un balcon. C'est une succession de renfoncements, de recoins, d'alcôves intimes, des fenêtres à vitraux, des tentures de velours, de hautes banquettes de molesquine. Paul et Rilloux s'y affalent. Il y fait une chaleur flasque, une odeur de frites, beaucoup de bruit aussi ; un gros remous de ventilateurs, un disque - Don Byas au sax-ténor - en sourdine, et des rires étouffés, des murmures, des tintillis d'assiettes, des cliquetis de verres.
Paul écoute un moment, les yeux fermés. Il sent la sueur lui coller la chemise au dos.
Source : Gallica

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