Léo-Paul Desrosiers

Résumé

Léo-Paul Desrosiers Âmes et paysages

L’asphalte noire et polie luit aux lueurs des réverbères, tandis que l’eau dégringole aux pentes des rues qui se nomment de l’Hôpital, de Brésoles, de St-Sulpice, du St-Sacrement, St-Éloi, Le Moyne, St-Paul, la place Royale ou la place d’Youville. Le vieux Montréal semble pleurer, par cette soirée humide, tout son passé de gloire et de chevalerie.
Deux adolescents s’en vont rue Notre-Dame. L’un est un collégien aux yeux naïfs, curieux, rapides à changer d’expression. À peine s’il a vingt ans. On devine en lui une libre flamme d’enthousiasme et l’ardeur pure de l’idéalisme.
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Léo-Paul Desrosiers Âmes et paysages

Combien de fois n’a-t-il pas invoqué ce suprême argument pour exiger un sacrifice, obtenir une démission, refuser une faveur ! Et maintenant le même argument se retourne contre lui, l’épée qu’il a si habilement maniée contre les autres le blesse à son tour. Et comme un vieux tambour-major qui battrait lui-même du pied, sans pouvoir s’en empêcher, aux roulements de son propre tambour, Pierre Langelier cède à la raison qu’il donnait aux autres.
Il fait son sacrifice. Puis il se sent petit, déchu, misérable et solitaire dans la vie, presque un autre que lui-même.
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Léo-Paul Desrosiers Âmes et paysages

Paul lui emportait des livres. Elle les feuilleta distraitement. Il avait du plaisir à la contempler, mais sa contemplation, au lieu de le satisfaire, attisait seulement son désir.
Marguerite ne parlait pas beaucoup. Elle écoutait Paul comme pour le connaître et l’étudier. Elle ne disait jamais : « Moi, j’aime telle chose..., moi, je suis ainsi. » Elle ne racontait ni son enfance, ni sa jeunesse, ni son caractère, ni ses goûts. Ce silence prêtait aux suppositions. Paul pouvait lui attribuer tous les sentiments et toutes les idées, l’orner d’une âme de son choix.
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