Anna de Noailles,
Le Livre de ma vie
“ Grâce aux chants séraphiques que des voix d’adolescents faisaient retentir sous l’œil menaçant d’un maître de chapelle, je supportais la fatigue d’un équilibre épuisant et j’eus le loisir de rêver, d’espérer, de désirer, à l’église russe. En ce salon de Dieu, parfumé de résine et de bergamote, toute petite fille, je fis gravement, avec réflexion et ferveur, une prière pour que Dieu m’accordât, un jour, de posséder un enfant né de moi seule ! D’où pouvait venir, chez une créature si tendre et qui, par tous les charmes de l’univers, pressentait l’amour, cet ingénu et obsédant souhait ? ”
