“ Et, de ce jour, il fut bien entendu que la charmante Lina était la fiancée de Fragoso, que leur mariage s’accomplirait en même temps que celui de Minha et de Manoel, et que le nouveau couple resterait à Bélem près des jeunes mariés. « Voilà qui est bien, répétait sans cesse Fragoso, mais je n’aurais jamais cru que le Para fût si loin ! » Quant à Manoel et à Benito, ils avaient eu une longue conversation au sujet de ce qui s’était passé. Il ne pouvait plus être question d’obtenir de Joam Garral le congédiement de son sauveur. « Votre vie m’était précieuse entre toutes, » avait dit Torrès. ”
Résumé
La Jangada, roman de Jules Verne publié en 1881, mêle aventure et intrigue policière autour du voyage de Joam Garral sur une jangada, un vaste radeau descendant l’Amazone. L’histoire, jalonnée de rebondissements et d’un message secret, explore les thèmes de la rédemption, de la justice et de la géographie amazonienne.
À travers les personnages de Garral, Manoël et Torrès, Verne tisse une enquête captivante, marquée par la quête d’une innocence contestée, tout en décrivant avec précision les paysages et les traditions du fleuve. L’œuvre, issue des Voyages extraordinaires, incarne le mythe de la maison navigante, symbole d’ambition et de fragilité humaine.
Citations de La Jangada (Jules Verne)
“ Jamais.—Mon père, dit alors Manoel,—moi aussi j'ai le droit de vous donner ce nom—, mon père, écoutez-nous! Si nous vous disons qu'il faut fuir sans perdre un seul instant, c'est que, si vous restiez, vous seriez coupable envers les autres, envers vous-même!—Rester, reprit Benito, c'est attendre la mort, mon père! L'ordre d'exécution peut arriver d'un moment à l'autre! Si vous croyez que la justice des hommes reviendra sur un jugement inique, si vous pensez qu'elle réhabilitera celui qu'elle a condamné il y a vingt ans, vous vous trompez! Il n'y a plus d'espoir! Il faut fuir!... Fuyez! ”
“ Torrès. Je veux être le gendre de Joam Garral, et je le serai.—Vous n'ignorez pourtant pas, Torrès, que ma fille va épouser Manoel Valdez?—Vous vous dégagerez vis-à-vis de Manoel Valdez.—Et si ma fille refuse?—Vous lui direz tout, et, je la connais, elle consentira, répondit impudemment Torrès.—Tout?—Tout, s'il le faut. Entre ses propres sentiments et l'honneur de sa famille, la vie de son père, elle n'hésitera pas!—Vous êtes un bien grand misérable, Torrès! dit tranquillement Joam Garral, que son sang-froid n'abandonnait pas.—Un misérable et un assassin sont faits pour s'entendre! ”
“ Manoel en sortit seul.Ses regards brillaient d'une généreuse résolution.Allant à Yaquita, il lui dit: «Ma mère!» à Minha, il dit: «Ma femme», à Benito, il dit: «Mon frère», et se tournant vers Lina et Fragoso, il dit à tous: «À demain!»Il savait tout ce qui s'était passé entre Joam Garral et Torrès. Il savait que, comptant sur l'appui du juge Ribeiro par suite d'une correspondance qu'il avait eue avec lui depuis une année, sans en parler aux siens, Joam Garral était enfin parvenu à l'éclairer et à le convaincre de son innocence. ”
“ Là se trouvaient Yaquita, sa fille, Manoel Valdez, le padre Passanha, Benito, Lina, Fragoso, Cybèle et quelques-uns des serviteurs indiens ou noirs de la fazenda. Fragoso ne pouvait tenir en place ; il allait, il venait, il descendait la berge, il remontait au plateau, il notait des points de repère et poussait des hurrahs, lorsque l’eau gonflée venait de les atteindre. « Il flottera, il flottera, s’écria-t-il, le train qui doit nous emporter à Bélem ! Il flottera, quand toutes les cataractes du ciel devraient s’ouvrir pour gonfler l’Amazone ! » ”
“ Oubliez pour quelques heures que vous êtes fiancés!...—Pas une heure! pas un instant! répliqua Manoel.—Cependant, si Minha te l'ordonne!—Minha ne me l'ordonnera pas!—Qui sait? dit Lina en riant.—Lina a raison! répondit Minha, qui tendit la main à Manoel. Essayons d'oublier!... Oublions!... Mon frère l'exige!... Tout est rompu, tout! Tant que durera cette promenade, nous ne sommes pas fiancés! Je ne suis plus la soeur de Benito! Vous n'êtes plus son ami!...—Par exemple! s'écria Benito.—Bravo! bravo! Il n'y a plus que des étrangers ici! répliqua la jeune mulâtresse en battant des mains. ”
“ À peine la pirogue qui emmenait Joam Garral, ou plutôt Joam Dacosta, — il convient de lui restituer ce nom, — avait-elle disparu, que Benito s’était avancé vers Manoel. — Que sais-tu ? lui demanda-t-il. — Je sais que ton père est innocent ! Oui ! innocent ! répéta Manoel, et qu’une condamnation capitale l’a frappé, il y a vingt-trois ans, pour un crime qu’il n’avait pas commis ! — Il t’a tout dit, Manoel ? — Tout, Benito ! répondit le jeune homme. L’honnête fazender ne voulait pas que rien de son passé fût caché à celui qui allait devenir son second fils, en épousant sa fille ! ”
“ Que de merveilles ! répétait l’enthousiaste jeune fille. — Tu es chez toi, Minha, ou du moins tu l’as dit, s’écria Benito, et voilà comment tu parles de tes richesses ! — Raille, petit frère ! répondit Minha. Il m’est bien permis de louer tant de belles choses, n’est-ce pas, Manoel ? Elles sont de la main de Dieu et appartiennent à tout le monde ! — Laissons rire Benito ! dit Manoel. Il s’en cache, mais il est poète à ses heures, et il admire autant que nous toutes ces beautés naturelles ! Seulement, lorsqu’il a un fusil sous le bras, adieu la poésie ! ”
“ Il devait le porter toujours sur lui, et sans doute, dans cet étui!...—Attends... attends... Manoel s'écria Benito. Je me souviens! Oui! je me souviens!... Pendant le duel, au premier coup que j'ai porté à Torrès en pleine poitrine, ma manchetta a rencontré sous son poncho un corps dur... comme une plaque de métal...—C'était l'étui! s'écria Fragoso.—Oui! répondit Manoel. Plus de doute possible! Cet étui, il était dans une poche de sa vareuse!—Mais le cadavre de Torrès?... Nous le retrouverons!—Mais ce papier! L'eau l'aura atteint, peut-être détruit, rendu indéchiffrable! ”
“ Buvons au prochain mariage de Benito!—Nous lui chercherons à Bélem une jeune et belle fiancée, dit Minha, et il faudra bien qu'il fasse comme tout le monde!—Au mariage de monsieur Benito! dit Fragoso, qui aurait voulu que le monde entier convolât avec lui.—Ils ont raison, mon fils, dit Yaquita. Moi aussi, je bois à ton mariage, et puisses-tu être heureux comme le seront Minha et Manoel, comme je l'ai été près de ton père!—Comme vous le serez toujours, il faut l'espérer, dit alors Torrès en buvant un verre de Porto, sans avoir fait raison à personne. Chacun ici a son bonheur dans sa main! ”
“ Joam Garral, à ces paroles de Yaquita, fit encore un mouvement qu’il ne put réprimer. « Mon ami, reprit Yaquita, avec Minha, avec nos deux fils, Benito et Manoel, avec toi, ah ! que j’aimerais à voir notre Brésil, à descendre ce beau fleuve, jusqu’à ces dernières provinces du littoral qu’il traverse ! Il me semble que là-bas la séparation serait ensuite moins cruelle ! Au retour, par la pensée, je pourrais revoir ma fille dans l’habitation où l’attend sa seconde mère ! Je ne la chercherais pas dans l’inconnu ! Je me croirais moins étrangère aux actes de sa vie ! » ”
“ « Le corps ! le corps ! » Tels furent les premiers mots, les seuls qui s’échappèrent de la bouche de Benito. « Le voilà ! répondit Fragoso, en montrant la pirogue qui revenait au radeau avec le cadavre de Torrès. — Mais toi, Benito, que t’est-il arrivé ? demanda Manoel. Est-ce le manque d’air ?... — Non ! dit Benito. Un puraqué qui s’est jeté sur moi !... Mais ce bruit ?... cette détonation ?... — Un coup de canon ! répondit Manoel. C’est un coup de canon qui a ramené le cadavre à la surface du fleuve ! » ”
“ Il serait difficile de dépeindre ce que chacun éprouva, lorsque Joam Garral et Torrès eurent quitté la place. Que pouvait-il y avoir de commun entre cet aventurier et l'honnête fazender d'Iquitos? Il y avait comme la menace d'un épouvantable malheur suspendu sur toute cette famille, et personne n'osait s'interroger.«Manoel, dit Benito, en saisissant le bras de son ami qu'il entraîna, quoi qu'il arrive, cet homme débarquera demain à Manao!Oui!... il le faut!... répondit Manoel.Et si par lui... oui! par lui, quelque malheur arrive à mon père... je le tuerai!» ”
“ Benito, toujours en avant, s’était déjà élancé sur le tablier vacillant de cette passerelle végétale. Manoel voulut retenir la jeune fille. « Restez, restez, Minha ! dit-il. Benito ira plus loin, si cela lui plaît, mais nous l’attendrons ici ! — Non ! Venez, venez, chère maîtresse, venez ! s’écria Lina. N’ayez pas peur ! La liane s’amincit ! Nous aurons raison d’elle, et nous découvrirons son extrémité ! » Et sans hésiter, la jeune mulâtresse s’aventurait hardiment derrière Benito. « Ce sont des enfants ! répondit Minha. Venez, mon cher Manoel ! Il faut bien les suivre ! » ”
“ Chaque soir il en était ainsi; et, tandis que Joam Garral, toujours silencieux, se contentait d'écouter, les jeunes gens causaient gaiement jusqu'à l'heure du coucher.«Ah! notre beau fleuve! notre magnifique Amazone!» s'écria la jeune fille, dont l'enthousiasme pour ce grand cours d'eau américain ne se lassait jamais.—Fleuve incomparable, en vérité! répondit Manoel, et j'en comprends toutes les sublimes beautés! Nous le descendons, maintenant, comme Orellana, comme La Condamine l'ont fait, il y a des siècles, et je ne m'étonne plus qu'ils en aient rapporté de si merveilleuses descriptions! ”
“ Qu'aurait-elle été apprendre de plus dans un couvent de Manao ou de Bélem? Où aurait-elle trouvé de meilleurs exemples de toutes les vertus privées? Son esprit et son coeur se seraient-ils plus délicatement formés loin de la maison paternelle? Si la destinée ne lui réservait pas de succéder à sa mère dans l'administration de la fazenda, elle saurait être à la hauteur de n'importe quelle situation à venir.Quant à Benito, ce fut autre chose. Son père voulut avec raison qu'il reçût une éducation aussi solide et aussi complète qu'on la donnait alors dans les grandes villes du Brésil. ”
“ Quels furent les sentiments qui éclatèrent dans le cœur de l’honnête magistrat ? on le devine aisément. Ce n’était plus à l’avocat que s’adressait l’accusé, c’était au juge suprême de la province qu’un condamné faisait appel. Joam Dacosta se livrait entièrement à lui et ne lui demandait même pas le secret. Le juge Ribeiro, tout d’abord troublé par cette révélation inattendue, se remit bientôt et pesa scrupuleusement les devoirs que lui imposait sa situation. C’était à lui qu’incombait la charge de poursuivre les criminels, et voilà qu’un criminel venait se remettre entre ses mains. ”
“ Benito redoubla son attaque. Torrès, dont la riposte n’avait pas atteint son adversaire, se sentit perdu, il fut encore obligé de reculer. Alors il voulut crier... crier que la vie de Joam Dacosta était attachée à la sienne !... Il n’en eut pas le temps. Un second coup de la manchetta s’enfonça, cette fois, jusqu’au cœur de l’aventurier. Il tomba en arrière, et, le sol lui manquant soudain, il fut précipité en dehors de la berge. Une dernière fois ses mains se raccrocheront convulsivement à une touffe de roseaux, mais elles ne purent l’y retenir... il disparut sous les eaux du fleuve. ”
“ Une poignante émotion saisit Benito. Son coeur cessa de battre un instant. Il crut qu'il allait perdre connaissance. Un suprême effort de volonté le remit. Il marcha vers le cadavre.Soudain une secousse, aussi violente qu'inattendue, fit vibrer tout son être! Une longue lanière lui cinglait le corps, et, malgré l'épais vêtement du scaphandre, il se sentit fouetté à coups redoublés.«Un gymnote!» se dit-il.Ce fut le seul mot qui put s'échapper de ses lèvres.Et en effet, c'était un «puraqué», nom que les Brésiliens donnent au gymnote ou couleuvre électrique, qui venait de s'élancer sur lui. ”
“ Benito et Manoel étaient devant lui, Benito, effrayant à voir, Manoel le soutenant, car l’infortuné jeune homme n’avait plus la force de se soutenir lui-même. Le magistrat s’était vivement relevé. « Qu’y a-t-il, messieurs, que voulez-vous ? demanda-t-il. — Le chiffre !... le chiffre !... s’écria Benito, fou de douleur. Le chiffre du document !... — Le connaissez-vous donc ? s’écria le juge Jarriquez. — Non, monsieur, reprit Manoel. Mais vous ?... — Rien !... rien ! — Rien ! » s’écria Benito. ”
“ Benito, Manoel, Fragoso et le contremaître qui tenait l’étui s’embarquèrent aussitôt dans l’une des pirogues, et ils allaient s’éloigner, lorsque Fragoso de dire : « Et le corps de Torrès ? » La pirogue s’arrêta. En effet, les Indiens avaient déjà rejeté à l’eau le cadavre de l’aventurier, qui dérivait à la surface du fleuve. « Torrès n’était qu’un misérable, dit Benito. Si j’ai loyalement risqué ma vie contre la sienne, Dieu l’a frappé par ma main, mais il ne faut pas que son corps reste sans sépulture ! » ”
“ En vérité, c’est fort beau, dit Minha, et il nous serait fort agréable de toujours voyager de la sorte, sur cette eau si paisible, à l’abri des rayons du soleil ! — Ce serait à la fois agréable et dangereux, chère Minha, répondit Manoel. Dans une pirogue, il n’y aurait sans doute rien à craindre en naviguant ainsi ; mais, sur un long train de bois, mieux vaut le cours libre et dégagé d’un fleuve. — Avant deux heures, nous aurons entièrement traversé cette forêt, dit le pilote. — Regardons bien alors ! s’écria Lina. Toutes ces belles choses passent si vite ! Ah ! ”
“ Des milliers de curieux, — il serait plus juste de dire des milliers d’amis, — se pressaient sur le village flottant, bien avant qu’il eût atteint son poste d’amarrage ; mais il était assez vaste et assez solide pour porter toute une population. Et parmi ceux qui s’empressaient ainsi, une des premières pirogues avait amené madame Valdez. La mère de Manoel pouvait enfin presser dans ses bras la nouvelle fille que son fils lui avait choisie. Si la bonne dame n’avait pu se rendre à Iquitos, n’était-ce pas comme un morceau de la fazenda que l’Amazone lui apportait avec sa nouvelle famille ? ”
“ Benito, sans en avoir l’air, l’observait attentivement. Les regards de Torrès, constamment attachés sur son père, avaient un éclat singulier. On eût dit ceux d’un fauve, cherchant à fasciner sa proie, avant de se jeter sur elle. Manoel, lui, causait le plus souvent avec la jeune fille. Entre temps, ses yeux se portaient aussi sur Torrès ; mais, en somme, mieux que Benito, il avait pris son parti d’une situation qui, si elle ne finissait pas à Manao, finirait certainement à Bélem. Le dîner fut assez gai. Lina l’anima de sa bonne humeur, Fragoso de ses joyeuses reparties. ”
“ Mort ! s’écria Joam Garral, un instant atterré par cette nouvelle, mort !... mort ! » Mais bientôt, relevant la tête, il s’adressa à sa femme et à ses enfants : « Le juge Ribeiro, dit-il, savait seul que j’étais innocent, mes bien-aimés ! La mort de ce juge peut m’être fatale, mais ce n’est pas une raison pour moi de désespérer ! » Et se tournant vers Manoel : « À la grâce de Dieu, lui dit-il. Il s’agit de voir, maintenant, si la vérité peut redescendre du ciel sur la terre ! » Le chef de police avait fait un signe à ses agents, qui s’avançaient pour s’emparer de Joam Garral. ”
“ Ma mère et moi, nous voulons que ce soit comme si notre maison de la fazenda nous suivait en voyage, afin que tu puisses croire que tu n’as pas quitté Iquitos ! — Fais à ta guise, Minha, répondit Joam Garral en souriant de ce triste sourire qui lui revenait quelquefois. — Ce sera charmant ! — Je m’en rapporte à ton bon goût, ma chère fille ! — Et cela nous fera honneur, père ! répondit Minha. Il le faut pour ce beau pays que nous allons traverser, ce pays qui est le nôtre, et dans lequel tu va rentrer après tant d’années d’absence ! — Oui ! Minha, oui ! répondit Joam Garral. ”
“ Benito ne parlait pas : il n’aurait pu prononcer une parole, Manoel et Fragoso respectaient son silence. Ils allaient ainsi tous trois, ils regardaient, ils parcouraient l’espace depuis la rive du rio Negro jusqu’à la rive de l’Amazone. Trois quarts d’heure après avoir quitté Manao, ils n’avaient encore rien aperçu. Une ou deux fois, des Indiens qui travaillaient à la terre furent rencontrés ; Manoel les interrogea, et l’un d’eux lui apprit enfin qu’un homme, ressemblant à celui qu’on lui désignait, venait de passer en se dirigeant vers l’angle formé par les deux cours d’eau à leur confluent. ”
“ Je n’ai aucun motif, Joam Dacosta, pour vous cacher que voici la lettre dont vous parliez, adressée par vous au juge Ribeiro, et qui m’est communiquée. Il n’y a donc plus aucune raison de douter de ce que vous avez dit à ce sujet. — Pas plus à ce sujet, répondit Joam Dacosta, qu’au sujet de toutes les circonstances de ma vie que je viens de vous faire connaître, et dont il n’est pas permis de douter ! — Eh ! Joam Dacosta, répondit vivement le juge Jarriquez, vous protestez de votre innocence ; mais tous les accusés en font autant ! Après tout, vous ne produisez que des présomptions morales ! ”
“ Yaquita mit sa main dans la main de Joam, et Joam ne la retira pas. Oui ! c’était là un fait grave ! Oui ! Joam Dacosta aurait dû ou tout avouer ou fuir à jamais cette maison dans laquelle il avait été si hospitalièrement reçu, cet établissement dont il faisait la prospérité ! Oui ! tout dire plutôt que de donner à la fille de son bienfaiteur un nom qui n’était pas le sien, le nom d’un condamné à mort pour crime d’assassinat, si innocent qu’il fut devant Dieu ! Mais les circonstances pressaient, le vieux fazender allait mourir, ses mains se tendirent vers les jeunes gens !... ”
“ « Oui, sans doute, je puis faire cela, se répétait-il, mais après ? Que résultera-t-il de ma démarche, en admettant qu’elle réussisse ? Quand nous aurons la certitude qu’un des compagnons de Torrès est mort récemment, cela prouvera-t-il qu’il est l’auteur du crime ? Cela démontrera-t-il qu’il a remis à Torrès un document dans lequel il avoue son crime et en décharge Joam Dacosta ? Cela donnera-t-il enfin la clef du document ? Non ! Deux hommes seuls en connaissaient le chiffre ! Le coupable et Torrès ! Et ces deux hommes ne sont plus ! » Ainsi raisonnait Fragoso. ”
“ Benito âgé de vingt et un ans alors, vif, courageux, sympathique, tout en dehors, contrastait en cela avec son ami Manoel, plus sérieux, plus réfléchi. C’avait été une grande joie pour Benito, après toute une année passée à Bélem, si loin de la fazenda, d’être revenu avec son jeune ami dans la maison paternelle ; d’avoir revu son père, sa mère, sa sœur ; de s’être retrouvé, chasseur déterminé qu’il était, au milieu de ces forêts superbes du Haut-Amazone, dont l’homme, pendant de longs siècles encore, ne pénétrera pas tous les secrets. ”
“ PREMIER ÉPISODE CHAPITRE PREMIER UN CAPITAINE DES BOIS CHAPITRE DEUXIÈME VOLEUR ET VOLÉ CHAPITRE TROISIÈME LA FAMILLE GARRAL CHAPITRE QUATRIÈME HÉSITATIONS CHAPITRE CINQUIÈME L'AMAZONE CHAPITRE SIXIÈME TOUTE UNE FORÊT PAR TERRE CHAPITRE SEPTIÈME EN SUIVANT UNE LIANE CHAPITRE HUITIÈME LA JANGADA CHAPITRE NEUVIÈME LE SOIR DU 5 JUIN CHAPITRE DIXIÈME D'IQUITOS À PEVAS CHAPITRE ONZIÈME DE PEVAS À LA FRONTIÈRE CHAPITRE DOUZIÈME FRAGOSO À L'OUVRAGE CHAPITRE TREIZIÈME TORRÈS CHAPITRE QUATORZIÈME EN DESCENDANT ENCORE CHAPITRE QUINZIÈME EN DESCENDANT TOUJOURS CHAPITRE SEIZIÈME EGA CHAPITRE DIX-SEPTIÈME UNE ATTAQUE CHAPITRE DIX-HUITIÈME LE DÎNER D'ARRIVÉE CHAPITRE DIX-NEUVIÈME HISTOIRE ANCIENNE CHAPITRE VINGTIÈME ENTRE CES DEUX HOMMES DEUXIÈME ÉPISODE CHAPITRE PREMIER MANAO CHAPITRE DEUXIÈME LES PREMIERS INSTANTS CHAPITRE TROISIÈME UN RETOUR SUR LE PASSÉ CHAPITRE QUATRIÈME PREUVES MORALES CHAPITRE CINQUIÈME PREUVES MATÉRIELLES CHAPITRE SIXIÈME LE DERNIER COUP CHAPITRE SEPTIÈME RÉSOLUTIONS CHAPITRE HUITIÈME PREMIÈRES RECHERCHES CHAPITRE NEUVIÈME SECONDES RECHERCHES CHAPITRE DIXIÈME UN COUP DE CANON CHAPITRE ONZIÈME CE QUI EST DANS L'ÉTUI CHAPITRE DOUZIÈME LE DOCUMENT CHAPITRE TREIZIÈME OÙ IL EST QUESTION DE CHIFFRES CHAPITRE QUATORZIÈME À TOUT HASARD CHAPITRE QUINZIÈME DERNIERS EFFORTS CHAPITRE SEIZIÈME DISPOSITIONS PRISES CHAPITRE DIX-SEPTIÈME LA DERNIÈRE NUIT CHAPITRE DIX-HUITIÈME FRAGOSO CHAPITRE DIX-NEUVIÈME LE CRIME DE TIJUCO CHAPITRE VINGTIÈME LE BAS-AMAZONE PREMIER ÉPISODE CHAPITRE PREMIER UN CAPITAINE DES BOIS «Phyjslyddqfdzxgasgzzqqehxgkfndrxujugiocytdxvksbxhhuypo hdvyrymhuhpuydkjoxphetozsletnpmvffovpdpajxhyynojyggayme qynfuqlnmvlyfgsuzmqiztlbqgyugsqeubvnrcredgruzblrmxyuhqhp zdrrgcrohepqxufivvrplphonthvddqfhqsntzhhhnfepmqkyuuexktog zgkyuumfvijdqdpzjqsykrplxhxqrymvklohhhotozvdksppsuvjhd.»L'homme qui tenait à la main le document, dont ce bizarre assemblage de lettres formait le dernier alinéa, resta quelques instants pensif, après l'avoir attentivement relu.Le document comptait une centaine de ces lignes, qui n'étaient pas même divisées par mots. ”
“ Le jeune médecin avait laissé ses amis, à bord de la jangada, aux prises avec cet indéchiffrable document, et il était venu revoir le juge Jarriquez. Il voulait savoir s’il avait été plus heureux dans ses recherches. Il venait lui demander s’il avait enfin découvert le système sur lequel reposait le cryptogramme. Le magistrat ne fut pas fâché de voir arriver Manoel. Il en était à ce degré de surexcitation du cerveau que la solitude exaspère. Quelqu’un à qui parler, voilà ce qu’il lui fallait, surtout si son interlocuteur se montrait aussi désireux que lui de pénétrer ce mystère. ”
“ Chacun ici a son bonheur dans sa main ! » On n’aurait pu dire pourquoi, mais ce souhait, venant de l’aventurier, fit une impression fâcheuse. Manoel sentit cela, et, voulant réagir contre ce sentiment : « Voyons, padre, pendant que nous y sommes, est-ce qu’il n’y aurait pas encore quelques couples à fiancer sur la jangada ? — Je ne pense pas, répondit le padre Passanha... à moins que Torrès... Vous n’êtes pas marié, je crois ? — Non, je suis et j’ai toujours été garçon ! » Benito et Manoel crurent voir qu’en parlant ainsi, le regard de Torrès allait chercher celui de la jeune fille. ”
“ Yaquita, sa fille, Manoel formaient presque toujours un groupe à part, soit qu’ils s’entretinssent de projets d’avenir, soit qu’ils se promenassent comme ils l’eussent fait dans le parc de la fazenda. C’était véritablement la même existence. Il n’était pas jusqu’à Benito, qui ne trouvât encore l’occasion de se livrer au plaisir de la chasse. Si les forêts d’Iquitos lui manquaient avec leurs fauves, leurs agoutis, leurs pécaris, leurs cabiais, les oiseaux volaient par bandes sur les rives, et ne craignaient même pas de venir se poser sur la jangada. ”
“ Torrès, après avoir un instant tourné autour de Joam Garral, comme s'il voulait lui parler en particulier, gêné peut-être par l'arrivée du padre Passanha qui venait souhaiter le bonsoir à la famille, était enfin rentré dans sa cabine.Les Indiens et les noirs, étendus le long du bord, se tenaient à leur poste de manoeuvre. Araujo, assis à l'avant, étudiait le courant, dont le fil s'allongeait dans une direction rectiligne.Manoel et Benito, l'oeil ouvert, mais causant et fumant d'un air indifférent, se promenaient sur la partie centrale de la jangada en attendant l'heure du repos. ”
“ Pour peu que vous le vouliez, dit Benito, nous planterons des arbres sur la jangada. — Oh ! des arbres ! répondit Minha. — Pourquoi pas ? reprit Manoel. Transportés avec de bonne terre sur cette solide plate-forme, je suis certain qu’ils prospéreraient, d’autant mieux qu’il n’y a pas de changements de climat à craindre pour eux, puisque l’Amazone court invariablement sous le même parallèle ! — D’ailleurs, répondit Benito, est-ce que le fleuve ne charrie pas chaque jour des îlots de verdure, arrachés aux berges des îles et du fleuve ? ”
“ En effet, l'énorme caïman s'était précipité à la rencontre de Joam Garral, et, après l'avoir renversé d'un coup de queue, il revenait sur lui, les mâchoires ouvertes.À ce moment, Torrès, s'élançant hors de sa cabine, une hache à la main, en porta un si heureux coup, que le tranchant entra dans la mâchoire du caïman et y resta enfoncé, sans qu'il pût s'en défaire. Aveuglé par le sang, l'animal se lança de côté, et, volontairement ou non, il retomba et se perdit dans le fleuve.«Minha! Minha!» criait toujours Manoel, éperdu, qui avait gagné l'avant de la jangada. ”
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