Léo-Paul Desrosiers

Résumé

Léo-Paul Desrosiers Les Engagés du Grand Portage

Et surtout, il pénètre Nicolas Montour, cet homme qui avait toujours excité sa curiosité. Le chef de la brigade est un habile. « Mais l’habileté, s’exclame enfin Louison Turenne, est-ce cela ? L’habileté égoïste, qui n’a d’autre fin que celui qui la pratique, comporte-t-elle, au fond, la dureté, l’injustice, la cruauté, le manque de délicatesse et de scrupules ? L’habileté et la morale, n’est-ce qu’un ménage divorcé depuis la naissance de l’homme ? Être habile, n’est-ce pas duper ? Un qui est sincère, véridique, charitable, doux, probe, loyal, pitoyable, droit, comment peut-il être habile ? »
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Léo-Paul Desrosiers Les Engagés du Grand Portage

Montour y songe. Pour empêcher Louis Cayen de sortir une fourrure du district de Rabaska, il n’y a qu’un moyen : frapper à mort l’expédition de son rival.
Le pâle soleil ne se lève plus qu’à la fin de l’avant-midi ; à trois heures, il disparaît. Neige et obscurité étendent sur la terre leur morne désolation.
L’un à côté de l’autre, les deux chantiers semblent figés par le froid dans une éternelle immobilité ; le panache de fumée lui-même ne donne pas l’impression de la vie tant il reste toujours là, le jour, la nuit, s’épanchant sans cesse.
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Léo-Paul Desrosiers Les Engagés du Grand Portage

Et lui aussi, Montour, il est un animal qui se bat. Plus instinct qu’intelligence, peu de réflexion lui est nécessaire. Sa victime, il la suit du regard ; un coup de patte, la morsure de dents dures, tout cela lui vient naturellement. Vif, souple, il devine l’heure de l’effort final ; pitié, justice, modération lui sont inconnues.
Cette fois, il s’en rend compte, il n’a pas bien mesuré la force de son adversaire, ce vieil homme au dos voûté et aux bajoues tremblantes. Si Lenfesté est monté jusqu’à son poste actuel, ce n’est pas sans un talent de quelque sorte.
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