Léon Letellier

Résumé

Léon Letellier Pêcheurs de Terre-Neuve

C’est justement, en effet, dans ces jours de mauvais temps, quand la mer est démontée, que cette opération de sauter à bord peut prendre les proportions d’un vrai tour de force. Le navire est là devant vous, qui roule quelquefois au point que ses basses vergues vont toucher la mer ; à le voir puiser de l’eau par-dessus ses bords, on dirait qu’il veut vous cueillir en dessous, comme on ferait avec une cuillère. À ce moment passe une lame, qui soulève votre esquif et menace — cela s’est vu — de précipiter d’un seul coup sur le pont chaloupe et hommes qui sont dedans.
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Léon Letellier Pêcheurs de Terre-Neuve

Cependant le navire va bon train. Il est rare que sa vitesse tombe au-dessous d’une dizaine de nœuds.
C’est la saison des vents de « noroît ». Derrière nous, par la hanche de bâbord, l’horizon se charge sans cesse de gros cumulus que les matelots appellent des « balles de coton ». « Encore un qui nous apporte du bon vent », disent-ils ; et, quand le grain fond sur nous : « Vente donc, vieux bon Dieu, décorne les bœufs, plus fort, plus fort encore ; nous sommes prêts à te recevoir ; vent arrière fait la mer belle. »
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Léon Letellier Pêcheurs de Terre-Neuve

Ceux qui ont lu l’article du Figaro du 14 novembre 1895 peuvent croire que le tableau des misères des pêcheurs de morue n’a pas été poussé au noir. Pendant deux campagnes faites sur les bancs de Terre-Neuve, j’ai eu l’heur de n’être pas malade, mais je puis dire que j’ai frémi bien des fois à cette seule pensée. Mourir, soit ; mais être malade, voilà qui paraît horrible. Là d’ailleurs, être malade ou mourir, c’est bien à peu près la même chose. C’est seulement lorsqu’un homme meurt qu’on se dit : « Tiens, il était tout de même malade. »
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