“ Car, de deux choses l’une : ou une existence agréable, c’est-à-dire la volupté, est un mal, ou elle est un bien. Si elle est un mal, non seulement l’on ne doit pas aider ses semblables à en jouir, mais encore on doit la leur enlever comme une chose dangereuse et criminelle. Si elle est un bien, l’on peut et l’on doit la procurer à soi comme aux autres. Pourquoi aurions-nous donc moins de compassion pour nous que pour autrui ? La nature qui nous inspire la charité pour nos frères, ne nous commande pas d’être cruels et sans pitié pour nous-mêmes. ”
Thomas More
Résumé
L’Utopie, écrite en 1516 par Thomas More, est un chef-d’œuvre de la littérature et de la philosophie politique, qui a donné naissance au mot « utopie » lui-même. Ce roman de fiction, structuré autour d’un dialogue entre le narrateur et le voyageur Raphaël Hythlodée, explore une société idéale où la propriété privée est abolie, les citoyens partagent les biens et le travail est réparti pour éliminer la prévalence du luxe et de la misère.
More, humaniste anglais, utilise cette fiction pour critiquer les maux de son époque, notamment les guerres, l’enclosure des terres et l’inégalité sociale, tout en proposant un modèle de gouvernance fondé sur la raison et la justice. L’œuvre, initialement publiée en latin, a connu une diffusion rapide et a inspiré des réflexions sur la communauté, la religion et la nature du bonheur, devenant un pilier de la pensée utopiste et un texte à double sens, à la fois satire et proposition politique.
Citations de L’Utopie (Thomas More)
“ Le faire disparaître est pour eux un crime capital, ainsi que franchir la frontière et parler avec les esclaves d’une autre province. Le simple projet de fuir n’est pas moins dangereux que la fuite elle-même. Pour avoir trempé dans un pareil complot, l’esclave perd la vie, l’homme libre, la liberté. Bien plus, la loi décerne des récompenses au dénonciateur ; elle lui accorde de l’argent, s’il est libre ; la liberté, s’il est esclave ; l’impunité, s’il était complice, afin que le malfaiteur ne trouve pas plus de sûreté à persévérer dans un mauvais dessein qu’à s’en repentir. ”
“ Est-il juste qu’un noble, un orfèvre, un usurier, un homme qui ne produit rien, ou qui ne produit que des objets de luxe inutiles à l’état, est-il juste que ceux-là mènent une vie délicate et splendide au sein de l’oisiveté ou d’occupations frivoles ? tandis que le manœuvre, le charretier, l’artisan, le laboureur, vivent dans une noire misère, se procurant à peine la plus chétive nourriture. Ces derniers, cependant, sont attachés à un travail si long et si pénible, que les bêtes de somme le supporteraient à peine, si nécessaire que pas une seule société ne pourrait subsister un an sans lui. ”
