“ En Égypte, tout ce qui reste au-dessus du niveau de l’inondation est frappé de mort. Il n’y a pas de transition ; où cesse Osiris, Typhon commence. Ici la plus luxuriante végétation ; là, pas une pointe d’herbe, pas une plaque de mousse, pas une de ces plantes folles qui se hasardent dans la solitude et l’abandon ; c’est du grès pilé sans mélange de terre. Eh bien ! qu’une goutte d’eau du Nil y tombe, et ce sable aride verdoiera aussitôt. Ces zones, couleur de saumon pâle, faisaient un heureux contraste de ton avec les teintes vigoureuses de la grande plaine de verdure étalée devant nos yeux. ”
Théophile Gautier
Résumé
Théophile Gautier, dans L’Orient, propose un voyage littéraire à travers les paysages, cultures et mystères de l’Orient, mêlant descriptions pittoresques et réflexions philosophiques. À travers des lieux comme le Caire, le Nil ou la Chine, il explore les contrastes entre civilisation et sauvagerie, la spiritualité soufie, ainsi que les particularités des mœurs locales.
Les personnages tels que Mathô, Salammbô ou Gérard incarnent des tensions entre passion et devoir, tandis que les thèmes de l’ivresse divine et de la nature en transformation révèlent une fascination pour l’exotisme et l’absolu. L’œuvre, riche en détails ethnographiques, célèbre l’Orient comme un miroir des paradoxes humains.
Citations de L’Orient (Théophile Gautier)
“ Ce retour à la Divinité peut se hâter par l’extase ou l’ivresse qui vous sépare des choses, comme la mort. Arrivé à ce degré, le soufi ne pèche plus, il n’y a plus pour lui ni bien ni mal. L’absolu n’admet pas de relativité, et l’Éternel, lorsqu’il écrivait le monde sur la tablette de la création, n’a rien loué ni blâmé. C’est là, certes, une doctrine dangereuse, et il ne faut pas s’étonner que la secte des soufis ait été en butte à de nombreuses persécutions. Dans les quatrains de Kèyam, le vin, selon les commentateurs, signifie la Divinité, et l’ivrognerie, l’amour divin. ”
“ Devant moi, j’ai tout un campement étendu au soleil, chevaux, bagages et tentes ; à l’ombre des tentes, quelques gens qui se reposent ; ils font cercle, mais ils ne parlent pas. S’il arrive qu’un ramier passe au-dessus de ma tête, je vois son ombre glisser sur le terrain, tant ce terrain est uni, et j’entends le bruit de ses ailes, tant le silence qui se fait autour de moi est grand. Le silence est un des charmes les plus subtils de ce pays solitaire et vide ; il communique à l’âme un équilibre que tu ne connais pas, toi qui as toujours vécu dans le tumulte ”
