“ Le troisième degré est désigné sous la dénomination de erf (sagesse) ; le soufi, détaché de la terre, possède la science et communique avec la Divinité. Au quatrième degré, appelé hekiket (vérité) , le soufi a opéré sa jonction définitive avec Dieu et jouit, dans la contemplation extatique, de la suprême béatitude. Selon quelques auteurs orientaux, le mot soufi signifierait sage vêtu de laine, ce qui n’empêche pas M. Nicolas d’avoir vu des soufis revêtus de riches étoffes de soie et de cachemire. ”
Soufi
Définition et enjeux
Citations sur “soufi”
Alphonse Certeux, Contributions au folk-lore des Arabes… (1884)
“ Et cependant, quels qu'ils soient, les musulmans font toujours des ouali des êtres rares et privilégiés, les amis de Dieu, ses élus et les confidents de ses pensées. L'ouali est toujours une nature d'exception, une créature mystérieuse et marquée du sceau divin, aux yeux de tout bon sectateur de l'Islam, s'entend ! Car pour tout observateur impartial, il peut se dire : à côté certes de quelques hommes sages, vertueux ou savants, dont, la reconnaissance publique honore justement la mémoire, que de fous, et surtout que de charlatans, illuminés, voyants, derviches et soufis en guenilles ”
Brillat-Savarin,
Physiologie du goût
(1825)
“ Le sentiment de la soif est tellement vif, que le mot est, presque dans toutes les langues, le synonyme d’une appétence excessive et d’un désir impérieux ; ainsi on a soif d’or, de richesses, de pouvoir, de vengeance, etc., expressions qui n’eussent pas passé, s’il ne suffisait pas d’avoir eu soif une fois dans sa vie pour en sentir la justesse. ”
Selma Lagerlöf,
La Revue bleue
“ « Ils sont si effrayés qu’ils ne sentent encore ni la fatigue, ni la souffrance ; mais je vois déjà la soif briller dans leurs yeux. Et je sais bien, sans doute, reconnaître le visage d’un homme qui a soif. » Et, pendant qu’il pensait à ce que c’était que la soif, un tremblement convulsif secouait la longue tige du palmier, et les innombrables pointes de ses feuilles allongées se tordaient comme si on les eût passées sur le feu. ”
Rudyard Kipling,
Lettres de voyage
(1922)
“ Il y a un homme blanc à quelques centaines de kilomètres d’ici mourant de soif sur mon sein, de la soif que vous guérissez au moyen d’un chiffon trempé dans de l’eau tiède tandis que vous le maintenez, lui, d’une main, et il s’imagine qu’il est en train de vous maudire à haute voix, mais il n’en est rien, car sa langue est sortie de sa bouche et il ne peut pas la rentrer. ”
“ Je commençais à souffrir de la soif, de cette soif du matin, qui ne s'apaise pas avec du vin, mais qui donne le désir de s'asseoir à l'ombre sur l'herbe fraîche et de regarder couler l'eau du ruisseau. Je voulais demander à Davy s'il avait soif aussi, lorsque soudain le vent d'été, soulevant un pan du mur de toile, nous découvrit un coin du campement. Tous les deux, nous regardâmes avec curiosité... C'était, entre les tentes, une sorte de cour intérieure, qui me parut immense. Au fond, assise à l'ombre et nous tournant le dos, une jeune fille, qui devait être une écuyère, lisait. ”
N. William Busteed, Les Vierges de la forêt (1865)
“ Sa soif naturelle du sang le poussait à les égorger, mais leur beauté était si frappante et si divine qu'elle arrêta son bras et enchaîna les passions diaboliques de son âme avec une puissance et une force qu'il ne put parvenir à secouer. ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
“ Comme autrefois vous allez me rendre à la santé, Félix, dit-elle, et ma vallée me sera bienfaisante. Comment ne mangerais-je pas ce que vous me présenterez ? Vous êtes un si bon garde-malade ! Puis, vous êtes si riche de force et de santé, qu’auprès de vous la vie est contagieuse. Mon ami, prouvez-moi donc que je ne puis mourir, mourir trompée ! Ils croient que ma plus vive douleur est la soif. Oh ! oui, j’ai bien soif, mon ami. L’eau de l’Indre me fait bien mal à voir, mais mon cœur éprouve une plus ardente soif. ”
Auguste Avril, Saltimbanques et marionnettes… (1867)
“ Cette soif de plaisir que les poètes antiques ont réduite à de mesquines proportions et dont ils ont fait une petite peinture, cette soif ardente, inextinguible, que les modernes ont mieux comprise et surtout mieux interprétée, c'est la soif de l'idéal dont l'âme humaine haletante recueille avidement les débris épars. Je fais bon marché d'Anacréon et de Catulle : Chateaubriand, Lamartine, Byron et Alfred de Musset, dans leurs immortelles tristesses, ont bien mieux exprimé les besoins et les aspirations de nos coeurs. ”
Mayne Reid,
Les chasseurs de chevelures
“ Quand nous vous eûmes hâlé sur le rocher, vous fîtes tous les efforts imaginables pour retourner en arrière; vous voyiez l'eau dessous, mais vous ne voyiez pas le précipice. La soif est une terrible chose: c'est une véritable frénésie. ”
Thomas Mayne Reid,
William-le-mousse, par Mayne-Reid…
(1878)
“ La vue de l'eau qu'on ne peut boire , la proximité de cet élément aussi inutile pour apaiser la soif que le sable brûlant du désert augmentent cruellement la souffrance. C'est en vain que vous trempez vos doigts dans les flots amers, et les portez à vos lèvres dans l'espoir de les rafraîchir ; avaler cette eau, c'est vouloir étancher sa soif avec du feu liquide. ”
Louis de La Vallée-Poussin, Bouddhisme, études et matériaux
“ Le vijnâna croît là où il y a affection, complaisance, soif (Sam., ii, 101) . — ‘La soif, en effet, provoque ou développe l’idée de moi et de mien ; la soif est soif d’existence comme de plaisir. 3. On peut rattacher à ce double aspect la division de Vupâdana en quatre catégories, quatre espèces de kleêa, principes d’infection, dont la première est pure soif et les trois autres sont ignorance {Kaihàvatthu, xv. ”
Eugène Sue,
Les Mystères du peuple
“ Je croyais notre soirée finie ; ventre saint-Quenet ! elle commençait ! don Ignace se mettait en paillardise par cette guitarade, de même qu’on se met en soif en mangeant une couenne de lard à la moutarde ! À propos de soif, beau-frère, humons ce pot ; l’appétit vient en mangeant, mais la soif s’en va en buvant... Qui boit sans soif boit pour la soif à venir... soif est le fait des bêtes, buverie est le fait de l’homme... ”
Thomas Mayne Reid,
A fond de cale : voyage d'un jeune marin à travers les ténèbres
(1882)
“ Pourquoi me laisserait-elle mourir de faim, après m'avoir sauvé de la soif ? Je ne voyais pas comment elle me délivrerait; mais la première chose était de vivre, et, je le répète, j'avais le pressentiment que j'échapperais à la faim. Je mangeai la moitié d'un biscuit, j'avalai un peu d'eau, car la soif était revenue ; puis ayant rebouché la futaille, je m'assis à côté d'elle. Je ne songeais pas à faire d'efforts; à quoi bon ? Tout mon espoir reposait sur le hasard, ou plutôt sur la bonté divine, et j'attendis qu'elle voulût bien se manifester. ”
Sénèque le Jeune,
Tragédies de L. A. Sénèque
“ Ma poitrine desséchée par la soif s’irrite et s’enflamme, un feu s’allume au fond de mes entrailles brûlées. Je te suis. MÉGÈRE. Cette fureur qui te possède, répands-la sur ta famille entière. Qu’ils cèdent aux mêmes transports, que leur haine se change en une soif horrible qui les porte à boire le sang les uns des autres... Ce palais s’est ressenti déjà de ton entrée, il s’est ému tout entier à ta fatale présence. Il suffit ; retourne aux gouffres de l’enfer, au fleuve que tu connais. Déjà la terre attristée souffre sous tes pas criminels. ”
Louis-Auguste Clavel, Le corps et l'âme, ou Histoire naturelle de l'espèce humaine (1851)
“ Quelque chose d'analogue se remarque pour la soif; ce n'est plus l'épigastre qui en est le siège, mais bien le gosier : on y ressent une sécheresse incommode et une sorte de tendance à l'inflammation, qui altère la voix et lui donne un timbre particulier : pour qui a soif il n'y a pas de repos possible; l'inquiétude est incessante, continuelle; l'âme ne désire qu'une chose, une eau douce et rafraîchissante. ”
Jacques Arago,
Oeuvres illustrées de Jacques Arago
(1856)
“ Oh ! vous ne savez pas ce que c'est que la soif, vous qui n'avez pas affronté cette sauvage, cette mortelle Afrique dont les profondeurs seront peut-être toujours un mystere. Oh! ne l'apprenez jamais, car vous aurez maudit votre mère, car vous aurez blasphémé votre Dieu. La soif, c'est le plus terrible anathème de l'Eternel. ”
Michel Zévaco,
Le Capitan
(1906)
“ Bien entendu, tous ces rêves qui chevauchaient le cerveau du jeune homme évoluaient autour d’un pivot central : la soif. Carafes limpides, ruisseaux murmurants, nappes d’eau, pluies torrentielles, flacons, muids de vin, tous les liquides apparaissaient dans ces décors inventés par la fièvre, et ils étaient aussi insaisissables que l’eau pure qui fuyait les lèvres altérées de Tantale. ”
Thomas Mayne Reid,
A fond de cale : voyage d'un jeune marin à travers les ténèbres
(1882)
“ C'était le supplice de Tantale : je n'avais pas d'eau sous les yeux, mais je l'entendais sans cesse battre les flancs du navire; de l'eau de mer, j'en conviens, je n'aurais pas pu la boire, quand même elle eût été à ma portée, mais c'était le murmure de l'eau qui frappait mes oreilles, et il ajoutait à mes souffrances tout ce que la tentation a d'exaspérant. Je ne doutais pas que la soif ne dût me tuer dans un délai plus ou moins long. Combien durerait mon agonie ? J'avais entendu parler d'hommes qui étaient morts de soif après des tortures indicibles ”
Émile Benoist, L’Abitibi, pays de l’or
“ Qu’importe les distances, les peines, les fatigues, la faim, la soif, la vraie soif, celle qui met la gorge en feu, torture et parfois rend fou, la chaleur accablante, le froid qui pince et qui mord ? La soif plus ardente des richesses fait oublier tout cela. ”
Paul de Musset,
Histoires de trois maniaques
(1876)
“ Comme le premier calender, fils de roi, il recevait l'hospitalité dans un palais de marbre blanc, où Zobéide et ses deux amies, Safie et Amina, l'invitaient à se reposer. Des esclaves apportaient toutes sortes de fruits, de pâtisseries et de sorbets. Les trois dames voulaient servir elles-mêmes l'étranger, et l'appelaient « mon cher seigneur». Après le souper, Zobéide chanta des airs mélancoliques d'une harmonie inconnue en Europe, Safie dansa en tenant dans chaque main un poignard dont elle dirigeait malicieusement la pointe tantôt vers le jeune voyageur, tantôt sur sa poitrine. ”
Álvar Núñez Cabeza de Vaca,
Relation et Naufrages
(1555)
“ Voyant notre soif augmenter, et que l’eau salée nous donnait la mort, nous résolûmes de nous recommander à Dieu, et malgré la tempête de nous hasarder aux dangers de la mer plutôt que d’attendre la mort inévitable dont la soif nous menaçait. ”
Louis de La Vallée-Poussin, Bouddhisme, études et matériaux
“ Mais l’ignorance peut être supprimée au moment même et à l’occasion de la soif, comme on voit par Samyutta, iv, 87 : « De la vedanā, la soif, [mais] par la suppression de la soif grâce à un détachement complet, suppression de l’upādāna ». — Le plus souvent, c’est la souffrance, sentie ou prévue, qui détruit la soif par la terreur sainte (samvega) qu’elle produit (comparer JPTS., 1891, p. 93) ”
Paul Féval, La Quittance de minuit
“ « Ah ! la soif ! quand la fièvre met du feu dans la poitrine ! Il me semblait parfois que vous alliez venir pour me donner un peu de cette eau... Je vous appelais, je vous disais d’avoir pitié de moi qui mourais de soif et qui étais trop faible pour me traîner jusqu’à cette eau !... » La respiration de Morris sifflait dans sa poitrine oppressée. Ce mal affreux que dépeignait la pauvre Jessy, Morris le sentait au décuple. ”
Edouard Schuré,
La Légende de Zoroastre
“ « Celui qui boira de cette eau sera brûlé d’une soif inextinguible, — et seul un Dieu peut l’étancher ! » Il avait soif dans le sang de ses veines, dans la moelle de ses os, soif de revanche et de justice ; soif de lumière et de vérité, soif de puissance pour délivrer Ardouizour et l’âme de sa race ! II. — LA VOIX DANS LA MONTAGNE ET LE VERBE SOLAIRE Le cheval galopait ventre à terre à travers plaines et collines. Ardjasp regagna les monts de l’Albordj. Il retrouva, à travers maint rocher, la route du vallon aux herbes fleuries, entre les cimes de neige. ”
Hermann Oldenberg,
Le Bouddha : sa vie, sa doctrine…
(1934)
“ Celui qu'elle dompte, la soif, là méprisable soif, fortement attachée à ce monde, de celui-là la douleur croît comme l'herbe croît. Celui qui la dompte, cette soif méprisable-, à laquelle il est difficile d'échapper en ce monde, de celui-là la douleur se détache comme la goutte d'eau de la fleur du lotus. ”
Maurice Arthus, Précis de physiologie (3e édition… (1927)
“ Comme la sensation de faim, la sensation de soif est d'une analyse difficile. On peut distinguer une soif vraie ou soif curative, sensation générale se produisant quand l'organisme est appauvri en eau et qu'on satisfait en rendant l'eau aux éléments anatomiques, et une soif précoce ou soif préventive, sensation plus spéciale, qu'on localise dans les premières voies digestives et qu'on satisfait en buvant, sans qu'il soit nécessaire que le liquide absorbé ait passé dans le sang et dans les tissus. ”
Herbé, Traité physiognomonique de la tête… (1840)
“ LA SOIF. Si un besoin impérieux, tel que la soif, tourmente un homme à l'excès, il n'est plus calme; l'œil tendu et ardent, la bouche desséchée, les lèvres agitées, et les membres raidis, il se meut avec vivacité. ”
Louis de La Vallée-Poussin, Bouddhisme, études et matériaux
“ La soif est, par définition, désir, complaisance dans ce qui est agréable ; mais on distingue plusieurs catégories de soif : a. Elle est sextuple, puisqu’elle naît à l’occasion des six espèces de vedanâs causées par les six organes et les six objets des organes. b. Elle est triple, puisqu’elle naît à l’occasion de la vedanà agréable, désagréable, ni désagréable ni agréable (ou neutre) : la soif samyogàrthani, à l’égard de la vedanà agréable, pour la garder ou la posséder : c’est-à-dire ràga, attachement ”
Emile Nolly, Gens de guerre au Maroc (Septième éd… (1913)
“ Cette formule fut sans doute inventée par des gens de guerre, un jour que soufflait le sirocco. La soif!. J'ai commis l'imprudence grave de penser à la soif, et la soif me torture. C'est elle qui impose invinciblement à mon imagination surexcitée ces visions d'eaux limpides et glacées, de sources jaillissantes, de ruisseaux clairs chantonnant sur les silex arrondis et polis, de buée ennuageant le cristal des coupes, de jets murmurant dans les vasques, d'oasis baignées d'ombre suave et de silence et de paix. ”
Novalis,
Les Disciples à Saïs et les Fragments
“ Pour combien d’hommes ce pressentiment de la jouissance et de la vie suprême ne s’est jamais élevé tout au fond de l’âme enivrée ! Dans la soif se manifeste cette âme universelle, ce violent désir de la fluidité. ”
“ La soif, en tant que soif, est-elle simplement dans l’ame le désir de boire et rien de plus ? En d’autres termes, la soif en soi a-t-elle pour objet une boisson chaude ou froide, en grande ou en petite quantité, enfin telle ou telle boisson ? ”
François Coppée,
Vingt contes nouveaux
(1883)
“ Alors La-Soif , de sa voix gouailleuse : – C' est vrai , mon général ... Mais vous savez , le premier zouaves !... Il n' y en a plus que pour une fois . – Je t' embrasserais pour ce mot-là , s' écria le général ... Tu auras la croix , tu sais ... Et répétant toujours : « Quels hommes ! quels hommes ! » il dit encore à son aide - de - camp une phrase que je n' ai pas comprise – vous savez , moi , je suis un ignorant – mais que je me rappelle bien tout de même : – N' est -ce pas , Bricourt ? C' est du Plutarque ! Mais , en ce moment , mon bras me faisait trop de mal ”
George Sand,
Évenor et Leucippe
“ Le besoin instinctif de sortir de l’ignorance les sollicitait faiblement. Ils vivaient si bien dans leur immense verger, descendant ou remontant sans cesse sa douce inclinaison pour chercher l’ombre ou le soleil, causant, folâtrant ou travaillant avec une égale ardeur, que la soif du mieux ne pouvait pas se révéler encore. ”
Jean de Pontevès de Sabran, Notes de voyage d'un hussard, un raid en Asie… (1890)
“ Nous dînons d'une omelette et d'un quart de boite de conserves. Notre fièvre continue et aussi une soif exagérée causée par l'eau saumâtre qu'il nous faut absorber. Gaffar-beg finit par découvrir trois grenades superbes et fraîches comme des lèvres de jeunes filles. Happer chacun la nôtre est l'affaire d'un instant, — mais le partage de la troisième en deux parts égales est cause d'une violente altercation entre nous deux. — Devant la soif, l'homme devient une bien étrange brute ! ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ C’est drôle comme ton discernement a des berlues quelquefois ! De même que : Il eut la soif qu’on puise dans l’ivresse. est très plat, quoique tu prétendes que ça fasse une image. Comment ne t’aperçois-tu pas que c’est une phrase banale, toute faite : « la soif qu’on puise dans l’ivresse ! » la soif qu’on puise, métaphore usée et qui n’en est pas une ! On va puisant la soif dans l’ivresse ? Non, non, mille fois non ! Sacrée Muse, va, que tu es drôle ! ”
