Résumé

Portrait de Érasme Érasme Lettre d’Érasme à Dorpius (1936)

Pourquoi ne dirai-je pas que j’ai traité autrefois dans une prière le Christ de « mage » et d’ « enchanteur » ? Saint Jérôme appelle le Christ samaritain, bien qu’il ait été juif. Paul le nomme le « péché », comme si c’était plus que de dire le pécheur ; il le nomme le « maudit ». Quel outrage impie, si on veut l’interpréter méchamment ! Quel pieux éloge, si on le prend dans le sens où l’a écrit Paul ! Se conformant à cette mode, si on appelait le Christ voleur, adultère, ivrogne, hérétique, n’arriverait-il pas que tous les gens de bien se boucheraient les oreilles ?
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Portrait de Érasme Érasme Lettre d’Érasme à Dorpius (1936)

Qu’y a-t-il en effet de plus impudent, ou de plus obstiné que l’ignorance ? Ils conspirent avec un grand zèle contre les belles-lettres. Ils briguent d’être quelque chose dans le sénat des théologiens, et ils craignent que, si les belles-lettres renaissaient et que le monde se ressaisît, tels passent pour ne rien savoir qui jusqu’alors passaient communément pour ne rien ignorer. De là leurs clameurs, de là leur soulèvement, de là leur conjuration contre les hommes qui ont le culte des belles-lettres. La Folie ne leur plaît pas parce qu’ils n’entendent ni le grec ni le latin.
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Portrait de Érasme Érasme Lettre d’Érasme à Dorpius (1936)

Tu déplores l’édition peu opportune de la Folie, tu approuves fort notre zèle à restituer le texte de Jérôme, tu nous détournes de l’édition du Nouveau Testament. Cette lettre de toi, mon Dorpius, est si loin de m’avoir le moins du monde offensé, que tu m’es devenu depuis beaucoup plus cher, bien que tu m’aies été toujours très cher, tant il y a de sincérité dans tes conseils, d’amitié dans tes avis, de tendresse dans tes objurgations. C’est le propre de la charité chrétienne, même lorsqu’elle est le plus sévère, de garder la saveur de sa douceur native.
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