“ « Nous ne pouvons pourtant pas les laisser périr ! » répétait Kéraban, qui ne se contenait plus à la vue de ce spectacle. Ahmet et tous ses compagnons, épouvantés comme lui, comme lui étaient réduits à l’impuissance. Tout à coup, un cri, parti du pont de la tartane, fit bondir Ahmet. Il lui sembla que son nom, — oui ! son nom ! — avait été jeté au milieu du fracas des lames et du vent. Et en effet, pendant une courte accalmie, ce cri fut répété, et, distinctement, il entendit : « Ahmet... à moi !... Ahmet ! » ”
Ahmet
Définition et enjeux
Le thème de “Ahmet” a été abordé par des auteurs tels que Jules Verne, Jean-Jacques Ampère, Narcisse Cotte, Grandville ou Edmont Dutemple. Il est souvent associé à des termes comme le sultan, Kéraban, Amasia, Ahmed ou Odessa.
Citations sur “Ahmet”
“ Ahmet était consciencieusement vêtu à la turque, et pouvait-il en être autrement du neveu d'un oncle qui se serait cru déshonoré en s'européanisant comme un simple fonctionnaire? Sa veste brodée d'or, son chalwar d'une coupe irréprochable, que ne surchargeait aucune passementerie de mauvais goût, sa ceinture qui l'enroulait d'un pli gracieux, son fez entouré d'un saryk en coton de Brousse, ses bottes de maroquin, lui faisaient un costume tout à son avantage. ”
Narcisse Cotte, Le Maroc contemporain (1860)
“ Ahmet se leva. Je sortis au milieu d'un nuage de parfums dont l'àcreté pénétrante exaltait encore la folie d'Atika. Ahmet me dit plus tard que souvent, pendant les longues nuits d'hiver, il prenait plaisir à s'enivrer ainsi avec sa charmante moitié. C'est surtout à lui, c'est à ses confidences, que je dois d'avoir pu connaître les idées précises des musulmans sur. leurs femmes, et le genre de vie auquel ils les soumettent. Parmi eux, il s'en trouve qu'une générosité naturelle élève à des mœurs plus humaines ”
“ Eh bien, seigneur Ahmet, avons-nous ce matin une lettre de Constantinople ? — Non, répondit Ahmet, pas même une lettre d’affaires de mon oncle Kéraban ! — Oh ! le vilain homme ! s’écria la jeune Zingare. — Je trouve même assez inexplicable, reprit Ahmet, que le courrier n’ait apporté aucune correspondance de son comptoir. C’est le jour où, d’habitude, sans y manquer jamais, il règle ses opérations avec son banquier d’Odessa, et votre père n’a point reçu de lettre à ce sujet ! ”
“ Le mariage d'Ahmet et d'Amasia, on le sait, allait être célébré à Odessa. La fille du banquier Sélim n'était point destinée à devenir la première femme d'un harem, partageant avec de plus ou moins nombreuses rivales le gynécée d'un Turc égoïste et capricieux. Non! Elle devait, seule avec Ahmet, revenir à Constantinople, dans la maison de son oncle Kéraban. Seule et sans partage, elle était destinée à vivre près de ce mari qu'elle aimait, qui l'aimait depuis son enfance. ”
“ Entre Trébizonde et Scutari, à travers cette province, presque déserte, traversée par l'itinéraire, les périls ne pourraient-ils être accumulés, les pièges tendus, les embûches préparées?Ahmet prit donc la résolution de veiller avec le plus grand soin. Il ne se séparerait plus d'Amasia; il prendrait la direction de la petite caravane et choisirait, au besoin, quelque guide sûr, qui pourrait le diriger par les plus courtes voies du littoral. ”
“ Ah! cet oncle Kéraban! C'est bien à lui seul qu'il faut s'en prendre! Et s'il arrive quelque accident, c'est lui seul qui en sera responsable! Et quand je pense que c'est pour ne pas payer dix paras qu'il fait le malheur du seigneur Ahmet, le vôtre ... et, par conséquent, le mien. Je voudrais, oui!... je voudrais que la mer Noire débordât jusqu'aux dernières limites du monde, pour voir s'il s'obstinerait encore à en faire le tour!—Il le ferait! répondit Amasia d'un ton de conviction profonde. Mais parlons d'Ahmet, Nedjeb, et ne parlons que de lui! ”
“ « Qu’en penses-tu, Ahmet ? » demanda le seigneur Kéraban en interpellant son neveu. Ahmet ne répondit pas. Il avait certainement des préventions contre ce guide, — préventions qui, il faut bien l’avouer, s’étaient accrues, non sans raison, à mesure qu’on se rapprochait du but. ”
“ « Oui ! c’est indigne ! répondit Ahmet, qui pensa que c’était ou jamais le cas de ne pas contrarier son oncle. — Oui, indigne ! ajouta Van Mitten, mais, après tout, ami Kéraban, il ne vous est rien arrivé de grave... — Ah ! prenez garde à vos paroles, monsieur Van Mitten ! s’écria Kéraban. Rien de grave, dites-vous ? » Un signe d’Ahmet au Hollandais lui indiqua qu’il faisait fausse route. ”
“ Ahmet, saisi au passage, s’était échappé des mains des gardes, disant qu’il aimait mieux mourir que de renoncer à un pélerinage qui devait lui assurer le ciel. Les autres malheureux mirent en avant des prétextes semblables pour ne pas renoncer à leur malheur. ”
“ « Seigneur Ahmet, dit-il en s’adressant au jeune homme, un étranger est là, qui désirerait vous parler. — Quel est-il ? demanda Ahmet. — Un capitaine maltais. Il insiste vivement pour que vous vouliez bien le recevoir. — Soit ! Je vais... répondit Ahmet. — Mon cher Ahmet, dit Amasia, recevez ici ce capitaine, s’il n’a rien de particulier à vous dire. — C’est peut-être celui qui commande cette charmante tartane ? fit observer Nedjeb, en montrant le petit bâtiment mouillé dans les eaux mêmes de l’habitation. — Peut-être ! répondit Ahmet. Faites entrer. » ”
“ «Quelle femme! dit à mi-voix Van Mitten.—Et quel homme!» répondit le seigneur Kéraban, en montrant le frère Yanar.Et alors celui ci de s'écrier:«Encore un nouvel attentat! Qu'on arrête tout le monde!—Tenons-nous bien, murmura Ahmet à l'oreille de son oncle, car je crains que nous ne soyons cause de tout ce tapage!—Bah! personne ne nous a vus, répondit Kéraban, et Mahomet lui-même ne nous reconnaîtrait pas!—Qu'y a-t-il, Ahmet? demanda la jeune fille, qui venait d'accourir près de son fiancé.—Rien! chère Amasia, répondit Ahmet, rien!» ”
Jean-Jacques Ampère,
Une course dans l’Asie-Mineure
“ En Turquie, un homme est batelier ; un jour le sultan l’entend chanter, trouve sa voix agréable, et le fait ministre de la marine. Le ministre n’aura rien à changer aux manières du batelier. Nous avions dans Ahmet, notre postillon, une preuve frappante de ce que j’avance. Ahmet était un garçon très ignorant, ne connaissant que ses chevaux, En Europe, il eût été un grossier manant. Eh bien ! Ahmet avait tout naturellement l’aplomb sans rudesse, l’air posé et insouciant d’un jeune homme de bonne maison de Paris. ”
“ Ahmet, après avoir interrogé ce guide et bien qu’il y eût, dans sa figure froide, dans son attitude réservée, cet on ne sait quoi qui ne prévient guère en faveur des gens, ne jugea pas qu’il y eût lieu de ne point lui accorder confiance. Rien de plus utile, d’ailleurs, qu’un homme connaissant ces régions pour les avoir parcourues toute sa vie, rien de plus rassurant au point de vue d’un voyage qui devait s’exécuter dans les plus grandes conditions de célérité. Le loupeur était donc le guide du seigneur Kéraban et de ses compagnons. À lui de prendre la direction de la petite troupe. ”
“ Ahmet observa avec la plus extrême attention l’horizon sur tout son périmètre. Quelque feu, ce soir-là, allait-il apparaître encore à la crête des collines environnantes ? Quelque signal serait-il fait que le guide viendrait plus tard surprendre ?... Aucun feu ne se montra sur la lisière de la prairie. Aucun signal ne fut envoyé du lointain de la plaine. Ahmet recommanda à Nizib de veiller avec la plus grande vigilance. Il lui enjoignit de revenir sans perdre un instant, pour le cas où quelque éventualité se produirait avant que les attelages n’eussent pu être ramenés au campement. ”
“ Ahmet, lui-même, allait intervenir pour soutenir son oncle, lorsque le juge dit simplement : « Rangez-vous tous, et qu’on apporte des lumières ! » Maître Kidros, à qui s’adressait cet ordre, s’empressa de le faire exécuter. Un instant après, quatre serviteurs du caravansérail entraient avec des torches, et la cour s’éclairait vivement. « Que chacun lève la main droite ! » dit le juge. Sur cette injonction, toutes les mains droites furent levées. Toutes étaient noires à la paume et aux doigts, toutes, — excepté celles du seigneur Kéraban, d’Ahmet et de Van Mitten. ”
“ En même temps, Ahmet résolut de mettre le banquier Sélim, le père d'Amasia, au courant de ce qui s'était passé depuis l'enlèvement de sa fille. Il importait, avant tout, que Sélim apprît qu'Amasia était sauvée, et qu'il eût soin de se trouver à Scutari pour l'époque convenue, c'est-à-dire dans une quinzaine de jours. Mais une lettre, expédiée d'Atina ou de Trébizonde, eût mis trop de temps à parvenir à Odessa. Aussi, Ahmet se décida-t-il, sans en rien dire à son oncle,—que le mot télégramme eût fait bondir,—à envoyer une dépêche à Sélim par le fil de Trébizonde. ”
“ Comme il vous aime ! Combien vous serez heureuse avec lui ! Ah ! il serait parfait s’il n’avait pas un pareil oncle ! Mais en quoi est-il bâti, cet homme-là ? Savez-vous qu’il a bien fait de ne point prendre de femme, ni une ni plusieurs ! Avec ses entêtements, il aurait fait révolter jusqu’aux esclaves de son harem ! — Voilà que tu parles encore de lui, Nedjeb ! dit Amasia, dont les pensées suivaient un tout autre cours. — Non !... non !... je parle du seigneur Ahmet ! Comme vous, je ne songe qu’au seigneur Ahmet ! Eh, tenez ! ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ « Ahmet!. Ahmet! » Ce nom fut, une dernière fois encore, jeté à travers l'espace. Il n'y avait plus de doute possible. « Amasia!. Amasia!. » s'écria Ahmet. Et se lançant dans l'écume du ressac, il disparut. A ce moment, une des trombes venait d'atteindre la tartane par l'avant ; puis elle l'entraînait dans son tourbillon, elle la jetait sur les récifs de gauche, vers la roche même, à l'endroit où elle émergeait près de la pointe nordouest. Là, le petit bâtiment se broya avec un fracas qui domina le bruit de la tourmente ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Oui!. C'est lui!. C'est Yarhud! dit-elle. C'est le capitaine de la Guïdare ! — Yarhud? s'écria Kéraban. — Ah! j'avais donc raison! dit Ahmet. — Oui!. reprit Amasia. C'est bien cet homme qui nous a enlevées de la maison de mon père ! — Je le reconnais, ajouta Ahmet, je le reconnais, moi aussi! C'est lui qui est venu à la villa nous offrir ses marchandises, quelques instants avant mon départ!. Mais il ne peut être seul!. Toute une bande de malfaiteurs est sur nos traces!. Et pour nous mettre dans l'impossibilité de continuer notre route, ils viennent d'enlever nos chevaux! ”
“ Il était visible que le seigneur Kéraban se débattait contre sa conscience, et qu’il sentait bien que les conséquences de cet entêtement, absurde au fond, retomberaient sur d’autres que lui ! « Oui !... reprit-il, mais Ahmet voudra-t-il accepter ?... Il est parti désolé et furieux de mon entêtement !... Je le conçois !... Il est fier !... Il refusera tout de moi maintenant !... Voyons !... Je suis un honnête homme !... Vais-je par une stupide résolution empêcher le bonheur de ces enfants ?... Ah ! que Mahomet étrangle le Divan tout entier, et avec lui tous les Turcs du nouveau régime ! » ”
“ Heureusement, son cheval était un vieux bidet, incapable de s’emballer, et dont il serait facile d’avoir raison. Les deux chevaux de Van Mitten et de Nizib n’étaient pas non plus pour les inquiéter. Seul, Ahmet avait un assez fringant animal ; mais, bon cavalier, il ne devait avoir d’autre souci que de modérer sa vitesse, afin de ne point distancer ses compagnons de route. ”
“ à la vue de cette araba, Van Mitten, si philosophe qu'il fût, et Bruno, absolument éreinté, ne purent dissimuler une certaine grimace qu'un simple regard du seigneur Kéraban dissipa en un instant.«Voilà tout ce que j'ai pu trouver, mon oncle! dit Ahmet en montrant l'araba.—Et c'est tout ce qu'il nous faut! répondit Kéraban, qui, pour rien au monde, n'eût voulu laisser voir l'ombre d'un regret à l'endroit de son excellente chaise de poste.—Oui ... reprit Ahmet, avec une bonne litière de paille dans cette araba....—Nous serons comme des princes, mon neveu!—Des princes de théâtre! ”
“ Eh bien, Ahmet, s’écria-t-il, tu reviens seul ? Faut-il donc que nous allions chercher la chaise au relais ? — Ce serait malheureusement inutile, mon oncle ! répondit Ahmet. Il n’y a plus un seul cheval ! — Pas de chevaux ?... dit Kéraban. ”
“ Mon oncle, reprit Ahmet, c'est mal ce que vous faites là! ... Cet entêtement, en pareille circonstance, permettez-moi de vous le dire, ne peut s'expliquer d'un homme tel que vous! ... Vous allez causer le malheur de ceux qui n'ont jamais eu pour vous que la plus vive amitié! ... C'est mal!—Ahmet, fais attention à tes paroles! répondit Keraban d'un ton sourd, qui indiquait une colère prête à éclater.—Non, mon oncle, non! ... Mon coeur déborde, et rien ne m'empêchera de parler! ... C'est ... c'est d'un mauvais homme!—Cher Ahmet, dit alors Amasia, calmez-vous! ”
Jules Verne,
L’Invasion de la mer
(1905)
“ Voilà ce que Djemma tenait tant à savoir avant de reprendre la route vers le pays des chotts. Mais Ahmet ne put rien apprendre, tandis qu’il rôdait aux approches de Gabès. Il s’avança même jusqu’en vue du bordj ; il repassa par la maison du mercanti, lequel sut alors que la tentative avait réussi et que, libre enfin, Hadjar courait à travers les solitudes du désert. ”
“ Voilà qui n’était pas pour rassurer Bruno. Si son maître revoyait le seigneur Kéraban, s’il lui faisait part de son projet, il y aurait discussion, et Van Mitten ne serait pas le plus fort. Mais comment faire ? S’adresser directement au jeune Ahmet ? Non ! ce serait inutile ! Ahmet ne prendrait jamais sur lui de fournir à Van Mitten les moyens d’abandonner son oncle ! Donc il n’y fallait point songer. Enfin, voici ce qui fut décidé entre le maître et le serviteur, après un long débat. On quitterait Poti en compagnie d’Ahmet, on irait rejoindre le seigneur Kéraban à la frontière turco-russe. ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ En arrière! En arrière! cria Ahmet, qui fit reculer tout son monde jusqu'à la lisière du campement. Il était trop tard pour abandonner les gorges de Nérissa, trop tard pour aller chercher sur les plateaux supérieurs une meilleure position défensive. ”
Jules Verne,
Kéraban-le-Têtu
(1883)
“ Cet intendant du seigneur Saffar, suivant ce qui avait été convenu à l'entrevue de Constantinopple, devait être depuis quelque temps à Trébizonde. Aussi, fut-ce une lieue avant d'arriver à cette ville, au caravansérail de Rissar,.que Yarhud lui avait donné rendez-vous pour le lendemain, sans lui rien dire du naufrage de la tartane ni de ses conséquences si funestes. Donc, Ahmet n'avait que trop raison de veiller. Ses pressentiments ne le Yarhud s'aperçut qu'Ahmet faisait bonne garde. ”
“ Mais il m’a répondu que, pourvu qu’il arrivât avant six semaines, on ne pouvait rien lui demander de plus ! — Il nous faudra donc attendre son bon vouloir Ahmet ! — Attendre, Amasia, attendre !... répondit Ahmet ! Ce sont autant de jours de bonheur qu’il nous vole ! — Et on arrête des voleurs, oui ! des voleurs, qui n’ont jamais fait pis ! s’écria Nedjeb, en frappant du pied. — Que voulez-vous ? reprit Ahmet. J’essayerai encore d’attendrir mon oncle Kéraban. Si demain il n’a pas répondu à ma lettre, je pars pour Constantinople, et... ”
“ Ahmet n’avait point négligé d’adresser à Odessa une lettre datée de la bourgade d’Aleschki. Quand ils eurent repris place dans la chaise, lorsque l’attelage fut lancé à fond de train sur la route de Pérékop, le seigneur Kéraban demanda à son neveu s’il avait eu l’attention d’envoyer ses meilleurs « allahs », en même temps que les siens, à son ami Sélim. ”
“ Non! par Allah! Non! par Mahomet! se disait-il. Ce serait indigne de moi! ... Avoir fait le tour de la mer Noire pour ne pas payer cette taxe, et, au retour, tirer de ma poche ces dix paras! ... Non! ... Plutôt ne jamais remettre le pied à Constantinople! ... Je vendrai ma maison de Galata! ... Je cesserai les affaires! ... Je donnerai toute ma fortune à Ahmet pour remplacer celle qu'Amasia aura perdue! ... Il sera riche ... et moi ... je serai pauvre ... mais non! ”
